A mon sens, en ce qui concerne la chasse, il est bon d’aller au-devant des questions plutôt que d’attendre que celles-ci soient posées, parfois de manière insidieuse. Car tout le monde n’est pas forcément disposé à prendre le temps de lire des textes qui expliquent le pourquoi et le comment de la chasse. Mais quand les devantures des restaurants affichent: «La chasse est arrivée», le pourcentage de gens favorables à notre activité augmente toujours de manière significative et l’intérêt est plus marqué. Les questions sont alors axées sur la provenance de la venaison plutôt que sur la manière dont elle a été prélevée, mais l’important est de susciter la discussion. Car à l’heure de l’engouement pour les produits du terroir, de la recherche de circuits courts et de la certification d’origine, la chasse a une véritable carte à jouer pour élargir sa reconnaissance.

Les bonnes questions au bon moment

Remercions donc les personnes qui prennent le temps de s’intéresser à la chasse, et savent poser les bonnes questions. Pas comme ce personnage qui s’arrête de rouler à ma hauteur, alors que je suis à la chasse du cerf dans le Jura. En pleine traque, ma carabine en main et posté en bordure d’une route: «Dites-moi, monsieur, vous êtes chasseur ?». J’ai eu une furieuse envie de lui rétorquer que je faisais une partie de tennis et que j’attendais impatiemment qu’une balle arrive !

A contrario, dans le même secteur, nous allons prendre notre poste avec un ami et rencontrons trois joggeurs qui reprennent leur souffle en marchant tranquillement. Un salut cordial, et la discussion s’engage, conviviale, intéressante et les questions fusent. Il ne s’agit pas de convaincre, mais d’informer sur notre activité et de rappeler l’importance du partage de la nature pour ses usagers.

Prendre garde à la sensibilité

Lorsque l’on a affaire à des inconnus sur le terrain, il est important de ne pas se dérober mais de faire attention à ne pas heurter les interlocuteurs. Il ne s’agit toutefois pas de les tromper sur le sujet. Un jour, deux dames accompagnées de trois chiens de petite taille croisent notre route et un de mes chiens libres me devance. Je le rappelle et le mets à la laisse pour qu’il n’importune pas les toutous qui me paraissent déjà âgés. Ces dames s’arrêtent, la discussion s’engage sur la chasse et le gibier. Le chevreuil, que nous chassons ce jour-là, est très présent dans la région. Elles le confirment et reconnaissent en voir souvent lors de leurs fréquentes balades en ces lieux. Questions et réponses animent cette rencontre et au moment de reprendre notre route, l’une d’elles m’avoue ne pas aimer du tout la chasse, ni la viande. On se quitte sans un mot de travers. La divergence d’avis n’exclut pas la discussion, sauf parfois avec les extrémistes, avec qui aucun dialogue n’est possible.

Au cœur de l’action

Chaque année dans le canton de Vaud, mais également ailleurs en Romandie, «Passeport-vacances» organise des activités pour les jeunes lors des vacances d’automne. Le concept propose une grande diversité de sujets ; des sports, des jeux ou la découverte de professions. La chasse fait partie des possibilités et j’ai été accompagné cette saison par Basil, 11 ans, fils d’un agriculteur-éleveur de gros bétail de la région. Mon petit-fils, Charles-Henri, 14 ans, complétait le trio pour une journée de chasse à la bécasse.

Basil et Charles-Henri profitent du Passeport-vacances pour participer à une journée de chasse à la bécasse.

Gaillardement, mes deux acolytes du jour ont pu suivre le travail d’Ebène et de son père Cody dans le Jura, voués à la quête de la mordorée. Après un petit topo sur la biologie de l’oiseau, une explication sur la méthode de recherche et ce que l’on attend du chien, Ebène a arrêté une bécasse dans la première heure. Il nous aura fallu environ trois minutes pour localiser le chien qui restait de marbre sur la chaude émanation. Malheureusement, alors que je pensais trouver le «chasseur» et le gibier dans le bois, l’oiseau était tout à fait en lisière de pâturage et a profité de la situation pour nous fausser compagnie.

Au début de l’après-midi, c’est Cody qui s’y colle, rapidement il montre un grand intérêt et je préviens mes accompagnants. Sans pouvoir localiser son gibier, Cody s’éloigne et c’est moi qui fais voler la dame au long bec, sans que je puisse la prélever. A la relève, la bécasse repart deux fois sans prévenir et un tir hasardeux ne fera pas mouche. Mes deux gamins commencent à fatiguer et il est temps de terminer nos recherches pour retourner à la maison. Nous ne manquerons toutefois pas d’aller voir un petit sanglier prélevé par un couple d’amis. Je souhaite que Basil et Charly, plein les yeux et la tête de visions et d’émotions, se rappellent de ce que j’ai tenté de leur apprendre.

Chercher à faire comprendre, mais pas à convaincre !

Comme beaucoup de sujets sensibles, la chasse doit être comprise dans son ensemble. Il faut expliquer pourquoi elle fait partie de notre vie depuis la nuit des temps et pourquoi elle est nécessaire ! Notre rôle est bien de la faire connaître sans toutefois chercher à convaincre ceux qui ne sauraient ou ne voudraient prendre la vie d’un animal. Il est aussi très important de montrer combien il est nécessaire de connaître le gibier, son comportement et ses possibilités de survie dans un environnement parfois hostile. Le respect de la loi et de l’éthique sont aussi deux points importants, pour que les prélèvements légaux assurent la pérennité des espèces. Il s’agit là de théorie, certes. Mais une pratique irréprochable favorise la crédibilité de la chasse, particulièrement auprès des personnes non-habitées par de fausses idées protectionnistes, basées sur une sensibilité exacerbée par les mouvements écologistes.

La cynégétique n’est pas seulement un moyen de régulation des espèces, c’est aussi un ensemble de pratiques culturelles qui reste l’allié de la protection de la nature et des espèces animales sauvages. La biodiversité doit être respectée, mais pas à n’importe quel prix. Les grands prédateurs s’installent, qu’ils marchent ou qu’ils volent, l’agriculture est indispensable et les éleveurs doivent pouvoir compter sur la protection de leurs animaux de rente pour gagner leur vie. Cela aussi, le grand public doit l’apprendre en se rapprochant des exploitations et des gens de la terre.

Texte et photos Alain Rossier

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.