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Chasser 2(0) lièvres et perdre son lopin…

Chasser 2(0) lièvres et perdre son lopin…

​La chasse au lièvre n’est pas passée loin d’une interdiction dans le canton de Neuchâtel. Elle a heureusement été sauvée de justesse, grâce à l’engagement de certains, mais au prix de plusieurs concessions.

Texte de Henri-Armand Meister

Comment un bécassier peut-il se soucier de la chasse du lièvre ? Tout simplement parce qu’avant d’acquérir un chien d’arrêt, j’ai chassé le lièvre. A la botte ! Honteusement. Je peux l’avouer car, aujourd’hui, il y a prescription.

La pratique avec mon chien d’arrêt m’a fait comprendre l’hérésie de mes agissements du passé. Ce gibier mérite mieux qu’un coup de fusil lâché suite à une rencontre hasardeuse et impromptue. La quête, organisée, systématique, en collaboration avec son auxiliaire, fait partie intégrante de la chasse, elle en sublime l’action finale et y apporte tout son sens.

Lorsqu’il ne s’agit pas d’être le plus efficace possible pour survivre, on peut, on a même le devoir de respecter son gibier en le chassant dans l’art de la tradition, dans l’art du respect des règles établies, dans le respect de l’éthique de chasse.

Ma sympathie pour le bossu est également née de nos rencontres lorsque, arrêté par mon Gordon, il se tapit dans son gîte, lissé, poils et oreilles collés contre le corps, prêt à exploser dans une fuite zigzagante. Animal solitaire dès sa naissance, il a appris à se méfier de tous les « bécus, crochus et autres goulus » qui n’ont d’autre idée que de se le mettre sous la dent. Je l’admire pour son courage et sa stratégie de survie…

Éthique de chasse

Lorsque au petit matin, le chasseur mène son chien dans les pâtures à la recherche de subtils effluves laissés par le lièvre lors de ses festins nocturnes, lorsque le chien lâché remonte la piste et s’approche patiemment du gîte, déjouant les fausses traces, lorsque le lièvre comprend qu’il a affaire à un obstiné et qu’il vaut mieux quitter son fort, lorsque le chien en prend plein le nez et qu’il n’en peut plus de joie, la criant à pleine gorge, lorsque le lièvre va au-devant de son poursuivant, le menant par le bout du nez dans ses pièges, lorsque le canidé aguerri ne s’en laisse pas compter et retrouve la trace malgré les défauts instinctifs, alors le chasseur a le droit de presser la détente, de prélever quelques intérêts de ce fantastique capital renouvelable de la Nature.

Son acolyte de chasse appréciera et comprendra sa fonction.

Ses amis de ripaille apprécieront et comprendront la démarche cynégétique.

Biodiversité

Aujourd’hui, je m’émerveille de voir les vignes encombrées de toutes sortes de plantes vertes que l’on coupait par le passé ou pire que l’on brûlait à l’aide de produits indignes. Je m’enthousiasme à observer des plantules curatrices parmi les cultures.

Nombreux sont les organismes qui bénéficient de cette diversité, le lièvre en tête de peloton. Les grands défrichements moyenâgeux lui ont ouvert nos régions, lui, natif de la steppe. Depuis le temps, on peut le considérer intégré… Tout comme ces chiens revenus dans les bagages des mercenaires suisses, ils ont été sélectionnés pour leurs qualités recherchées, patiemment, générations après générations, intelligemment, expériences après expériences. Ils font partie de notre patrimoine culturel, de nos traditions, de NOTRE biodiversité.

La menace

Oui, le lièvre fait partie des espèces dont tous rêvent d’en gober la substance. Cela est bien connu et même prévu car Mère Nature a équipé la hase d’armes secrètes pour se multiplier : superfétation, séparation des petits après la naissance, camouflage naturel, ruses instinctives pour échapper aux prédateurs…

Il est impossible de concevoir sa chasse si on ignore tout ce qui précède. Ceux qui ne se donnent pas la peine de comprendre, ceux qui jugent sans savoir, ceux qui crient « haro sur le chasseur » en pensant sauver la biodiversité de la peste cynégétique représentent la PIRE menace sur notre bossu : l’interdiction de chasse avec comme conséquence le désintérêt et l’abandon.

Le lièvre sombrera dans l’oubli dès que le nemrod ne s’en occupera plus. Tout comme la bécassine, le grand tétras, la grive n’intéressent plus personne. On les a laissés disparaître sans intervenir, les pistes d’envol totalement inutiles par rapport aux sempiternels dérangements.

Neuchâtel, le mauvais élève ?

La chasse du lièvre à Neuchâtel a suivi une courbe descendante depuis les années 70 où était annoncé le record de 1314 lièvres prélevés en 1977. Les statistiques de chasse diminuent de façon impressionnante et se situent à environ 300 au milieu des années 80, 60 dix ans plus tard, 35 au milieu de la première décennie de 2000 et se maintiennent à environ 30 jusqu’à l’année passée. Parallèlement à cette baisse des tirs, une réduction du nombre de jours de chasse et du nombre de chasseurs explique aussi leur diminution. Evidemment, les dénombrements printaniers sont également en baisse.

Ce phénomène s’est inversé il y a quatre ans puisque nous avons vu les populations de léporidés régulièrement augmenter, très certainement grâce aux efforts effectués par l’agriculture mais aussi grâce à des fins d’hivers et des printemps très secs qui ont favorisé le développement des levrauts.

Cette situation réjouissante rassure ceux qui sont dans le terrain et qui ont le privilège de s’en rendre compte. Ainsi depuis quatre ans, je vois plus de lièvres que de chevreuils durant la période automnale et hivernale. Et lors des comptages printaniers, ces trois dernières années, il n’a pas été rare de voir plusieurs capucins bouquiner, ce que je n’avais pas vu depuis… longtemps.

Attaque sous la ceinture

Du coup, nous avons été très surpris d’apprendre qu’une motion pour fermer la chasse du lièvre avait été déposée en novembre dernier auprès des instances neuchâteloises, ceci sans qu’aucun contact préalable n’ait été pris avec la Fédération des chasseurs neuchâtelois. Mme Chollet, du parti des Verts, a pris l’initiative de vouloir sauver les lièvres en interdisant leur chasse, faisant fi de toutes les mesures prises par les chasseurs depuis une bonne trentaine d’années pour améliorer les conditions de l’espèce ou pour mieux l’étudier. Plus grave, elle a produit des chiffres de recensement ne correspondant pas à la réalité, elle annonçait cinq cents lièvres dans la République alors que l’on peut compter deux à trois fois ce chiffre. En effet, des recensements effectués avec une caméra thermique démontrent que les capucins vus au phare peuvent être multipliés par deux ou trois, car il est très difficile de voir leur œil dans le faisceau lumineux.

Ce procédé nous a déçus et inquiétés pour l’avenir de cette chasse traditionnelle.

Collaborer plutôt que résister

En réponse, la FCN a proposé une alternative sous la forme d’un postulat. Dans ce postulat, les chasseurs acceptaient de réduire le nombre de jours de chasse, le nombre de prises et la surface réservée à la chasse du lièvre. Ainsi vingt lièvres, deux jours de chasse ont été conservés et le lopin préservé augmenté à 30% du territoire de chasse. Dans notre proposition figurait surtout une intensification des comptages tant dans l’espace que dans le temps, comptages dont les chasseurs se chargent en collaboration avec la section faune du SFFN, dans l’optique de mieux connaître les populations de léporidés.

Il était aussi essentiel de ne pas couper le dialogue et de marquer le fait que nous avions entendu les soucis des Verts avec lesquels nous partageons les mêmes buts de conservation des espèces. Pour cette raison-là, nous leur avons proposé des collaborations sur différents projets de revitalisation, d’entretien, d’amélioration des biotopes, plutôt que de se tirer dans les jambes…

Ce postulat a été présenté par M. le conseiller d’État Laurent Favre, chef du DDTE lors de la séance du 19 février. La version proposée a été acceptée par 65 voix contre 32 et 11 abstentions.

Les médias ont annoncé, de manière erronée, que la chasse du lièvre avait été fermée à Neuchâtel. C’est dire à quel point les désirs de ceux qui imaginent arranger le monde selon leurs convictions et leur doctrine sont pris pour des réalités. Alors que justement, il ne s’agit pas de détruire l’autre mais de construire avec lui dans le sens de l’intérêt général, dans le sens de la conservation de toutes les espèces, lièvre, chien courant, naturaliste, et surtout en améliorant les milieux naturels dans lesquels tous pourront vivre et mourir dans l’harmonie et le respect mutuel.

Toutes les forces réunies y parviendront peut-être mais l’exclusion, la dispersion des énergies, le mépris et la haine aboutiront au chaos, à coup sûr.

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