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LA PALOMBE, OISEAU SAUVAGE PAR EXCELLENCE

LA PALOMBE, OISEAU SAUVAGE PAR EXCELLENCE
Le pigeon ramier fascine depuis toujours chasseurs et observateurs. Sa migration fait l’objet de nombreuses études et sa chasse exige une habileté particulière. Présentation d’un oiseau pas si commun que ça!
Texte et photos de Daniel Girod
La palombe est l’espèce de pigeon européen la plus grande par sa taille et la plus commune par sa population. Son poids évolue entre 450 et 550 grammes, tandis que son envergure s’établit aux alentours de 80 centimètres. Il ne faut pas le confondre avec le pigeon des villes ou pigeon biset (Columba livia). Le ramier est plus grand et plus beau: il a une tache blanche sur la nuque, et deux barres blanches bien visibles sur ses ailes ouvertes. En vol, il claque parfois ses ailes l’une contre l’autre pour signaler sa présence. Le ramier niche plutôt dans les arbres et pille, souvent en bandes, les champs fraîchement semés.

Présence continentale

La population européenne est estimée à environ vingt-trois millions d’oiseaux répartis sur le paléarctique occidental selon son statut de migrateur. En période estivale, on le retrouve particulièrement dans les pays du nord et du nord-est de l’Europe ainsi qu’en Sibérie occidentale et en Irak. En hiver il migre vers le sud et le sud-ouest de l’Europe. On peut cependant le trouver toute l’année dans ces derniers pays du fait qu’il est malgré tout un migrateur partiel. Cette présence hivernale accrue est due notamment au fait que les variations climatiques sont moins importantes au sud-ouest de l’Europe. Néanmoins, les récentes évolutions climatiques incitent de plus en plus les oiseaux à rester sur les zones d’estive. La migration n’est donc apparemment plus ce qu’elle pouvait être et évolue avec le climat.

Migration suivie 

La méthode CMR (capture, marquage, recapture) a été mise en place depuis de nombreuses années par les spécialistes pour tenter de modéliser les déplacements saisonniers de l’espèce. Basée sur le baguage d’un certain nombre de pigeons, ce modèle a permis, et permet encore, de connaître le point de départ et le point d’arrivée des oiseaux. Les données récoltées représentent un grand progrès pour la connaissance de la migration, mais le trajet reste, avec cette méthode, toujours inconnu. Pour mieux connaître les zones de reproduction et d’hivernage, et avec l’objectif de permettre des prélèvements respectueux des populations, le GIFS France (association qui étudie les colombidés) mène depuis quinze ans des études sur cette espèce en posant notamment des balises argos sur des individus. Une cinquantaine de palombes a ainsi été équipée de ces merveilleux traceurs, avec alimentation solaire, ce qui permet un suivi sur plusieurs années. 

Bien que réalisées sur un nombre restreint d’oiseaux, ces études ont permis de confirmer quelques suspicions: celles que les oiseaux sont fidèles à leur site de nidification, et également qu’ils quittent leur site d’hivernage pour la migration prénuptiale de fin février à fin mars, avec un pic lors de la deuxième décade de mars. La migration postnuptiale voit quant à elle son pic entre mi- et fin octobre. Trois axes de migration principaux ont encore pu être identifiés, avec une prédilection pour le couloir central, clairement orienté sud-ouest / nord-est.

Chasse populaire 

La palombe est la première espèce de gibier chassée chez nos voisins français où le tableau avoisine les cinq millions d’oiseaux. Les prélèvements ont lieu pour la plupart durant la migration postnuptiale. 

La palombe est également chassée en Suisse, de manière évidemment plus confidentielle, parfois à la chasse au vol. Le mode de chasse le plus usité pour cet oiseau est l’affût ou à la billebaude. On trouve les palombes dans les territoires peuplés de hêtres ou des chênes. Elles raffolent en effet des faines et des glands et en consomment parfois jusqu’à se faire péter le jabot. 

Les suivis de palombes avec des balises ont confirmé qu’elles volent très vite et loin. Leur vitesse atteint aisément 50 km/h, et elles parcourent entre 50 et 100 kilomètres par jour. Dans son livre La Chasse édité en 1954 chez Larousse, G. M. Villenave écrit même que, lors d’un vol de travers, le pigeon ramier peut atteindre aisément 20 mètres par seconde, soit un peu plus de 70 km/h. 

Tir technique

Pour pouvoir les tirer, deux solutions sont dès lors possibles: soit par interception, soit par le swing de l’arme. Dans le premier cas, le tireur projette le bout du canon devant le bec de l’oiseau en appliquant une correction avec laquelle il espère que la gerbe va couper la trajectoire du pigeon. Mais ce type de tir passe souvent derrière l’oiseau. 

La deuxième solution, plus fiable, consiste à remonter le corps de l’oiseau, à le dépasser et à tirer sans arrêter l’arme. Le geste n’est pas facile à acquérir mais peut se travailler en passant des heures à l’entraînement sur un parcours de chasse.

Conscients de cette difficulté, certains fabricants de cartouches ont développé des munitions qui facilitent ce tir. C’est notamment le cas avec Winchester qui propose une cartouche dont la charge contient un objet visuel permettant de matérialiser la gerbe par rapport à la cible. Baptisée AA Traacker, cette munition est disponible avec un objet appelé Wad, soit noir soit fluorescent orange.

Le pigeon ramier reste le prototype de l’oiseau sauvage dans le sens où il ne fait pas l’objet d’élevage et de lâcher, et qu’il garde sa méfiance naturelle. L’évolution climatique va probablement tendre à augmenter ses zones de présence continue. Tant mieux pour cet oiseau dont les crochets en vol vont encore dérouter longtemps les meilleurs tireurs.

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