Tous les pays industrialisés dotés d’un important réseau routier sont confrontés au problème des accidents impliquant du gibier. En Suisse, plus de vingt mille animaux meurent chaque année sur les routes. Une moitié appartient à des espèces de grande taille comme le chevreuil, le cerf élaphe ou le sanglier. Le tribut payé par la faune sauvage sur les routes peut peser lourd sur les populations de certaines régions. Par ailleurs, l’impact économique des dommages matériels et aux personnes est estimé entre 40 et 50 millions de francs chaque année. Il pourrait d’ailleurs augmenter, dans la mesure où le risque de collision croît proportionnellement avec celui du réseau routier.

A l’heure actuelle, trois types de mesures sont mises en place pour éviter ces accidents. Elles visent la modification du comportement des animaux ou des automobilistes ainsi que l’installation de dispositifs permettant à la faune de traverser les routes.

Influencer le gibier

La première approche mise sur des moyens olfactifs, optiques et acoustiques qui permettent d’éviter que les animaux ne traversent la route lorsque des véhicules s’approchent. Ces mesures partent du principe que des odeurs, de la lumière ou des sons vont augmenter l’attention des animaux au bord de la route, qui vont adapter leur comportement à la situation.

Pour former une barrière odorante, on enduit des troncs d’arbre ou des poteaux d’une mousse parfumée qui peut être humectée d’un nouveau concentré de parfum selon les besoins. Ces parfums, qui imitent l’odeur de l’homme ou d’un prédateur, sont censés effrayer le gibier et le faire renoncer à traverser. L’évaluation de cette méthode est mitigée, elle est considérée selon les cas comme inutile, ou très efficace. La réalité est que le trajet sur lequel se produisent les accidents s’est souvent déplacé dans le voisinage non traité.

Pour éviter les accidents au crépuscule et durant la nuit, là où ils sont le plus fréquents, des réflecteurs qui renvoient la lumière des phares ont été développés. Ceux-ci forment une barrière lumineuse de part et d’autre de la route, censée dissuader les animaux de traverser lors du passage des voitures. Contrairement aux barrières olfactives, cette méthode n’induirait pas d’accoutumance, puisque les stimuli lumineux se limitent aux dangers imminents. Diverses études se sont attachées à évaluer l’efficacité de tels réflecteurs, avec des résultats allant d’efficace à inefficace.

Les signaux acoustiques, activés eux aussi par les phares des voitures qui s’approchent, sont également utilisés. A une «barrière lumineuse» vient s’ajouter une «barrière auditive» dont l’évaluation est encore divergente selon les utilisateurs.

Divers facteurs, comme la fréquence du trafic, le relief du terrain, la végétation, etc., déterminent si l’espace routier est évité, exploité comme élément du territoire ou traversé par le gibier. Lorsqu’une bête choisit de traverser une route, indépendamment du motif (nourriture, zone de repos, sexe), elle le fera, sans qu’une odeur nauséabonde, la lumière ou le bruit ne puisse l’en dissuader. Un état de fait qui amène toujours les responsables d’aménagement à reconnaître que l’efficacité de toutes ces mesures n’a jamais pu véritablement être prouvée scientifiquement.

Vingt mille animaux, dont la moitié de grand gibier, périssent sur les routes suisses chaque année. © Shutterstock / Benjamin Clapp

Viser les automobilistes

Une autre approche vise plutôt l’influence du comportement humain même si l’effet d’accoutumance existe aussi chez nous. Les panneaux qui signalent le passage d’animaux sauvages ne font en effet presque plus d’effet sur les automobilistes dans la mesure où ils ne préviennent que d’un danger potentiel. Et comme les usagers de la route ne voient qu’extrêmement rarement du gibier, le message transmis par les panneaux n’est pas clairement reçu.

Les systèmes avertissant directement de la présence de gibier conviennent mieux, notamment ceux qui s’allument lorsque des animaux se trouvent sur la chaussée et limitent la vitesse à 40 km / h. L’avantage de cette mesure, dont le coût ne saurait être négligé, réside dans l’information claire d’un danger immédiat avec, simultanément, des instructions concrètes indiquant qu’il faut ralentir.

Il a été prouvé que, installés de manière optimale, ces systèmes de détection sont en mesure de prévenir tous les accidents avec des ongulés durant plusieurs années. En Suisse, le modelé du paysage convient parfaitement à leur utilisation. Dans la plupart des cas, les éléments comme des falaises ou des constructions (murs de soutènement, ponts installés à flanc de coteaux) obligent les animaux à traverser les routes à des endroits précis. Ces emplacements peuvent ainsi être sécurisés relativement aisément. Pour bien fonctionner, il est essentiel que les animaux soient tous repérés par les senseurs infrarouges passifs qui déclenchent le système d’alarme, et que les panneaux lumineux soient disposés de manière à ce que les automobilistes puissent réagir à temps. Là où le terrain est relativement plat et où les animaux peuvent traverser sur de longs tronçons, des installations auxiliaires doivent être aménagées pour diriger le gibier vers les zones équipées de systèmes de détection.

Un aménagement adéquat doit permettre à l’animal de surmonter sa crainte de pénétrer dans un couloir sombre. © Wildtier Schweiz

Bâtir des ponts

La troisième possibilité consiste à construire des passages souterrains ou des ponts afin de séparer la chaussée des endroits de passage du gibier. Les constructions doivent être adaptées aux espèces présentes. Ce procédé permet non seulement d’éviter les accidents, mais il atténue et même supprime aussi complètement l’effet barrière induit par les voies de circulation.

En Suisse, pour éviter les accidents, toutes les autoroutes sont clôturées, de même que de nombreuses lignes ferroviaires. Des ponts ont été construits aux emplacements clés, afin de préserver les grands couloirs migratoires suivis par les animaux.

Adapter à chaque espèce

En Suisse, les accidents de gibier se produisent essentiellement sur les routes secondaires ou principales. De nouveaux passages sont régulièrement créés lors des travaux de construction, et les existants sont améliorés lors des
assainissements.

Les dimensions des installations dépendent évidemment de la taille des espèces concernées. Un aménagement adéquat doit permettre à l’animal de surmonter sa crainte de pénétrer dans un couloir sombre. Le sol devra comporter des matériaux naturels et proposer aux petits animaux des structures guides et des cachettes. Il est important que l’animal voie ce qui l’attend de l’autre côté du couloir. S’il se sent attiré, il traversera plus volontiers. Tous ces tunnels et passerelles permettent à de nombreuses espèces différentes d’exploiter la totalité de leur territoire et l’effet de cloisonnement induit par certaines infrastructures peut ainsi être atténué. Le Plateau suisse, qui compte jusqu’à sept kilomètres de chaussée par kilomètre carré, est particulièrement concerné par les besoins de points de passage et en nécessite un maximum pour pallier cette importante densité.

A noter encore que des infrastructures existantes (petits ponts, tuyaux, etc.) peuvent souvent être aménagées pour être exploitables par la faune. Le potentiel est important, et les bons exemples ne manquent pas.

Texte Béatrice Nussberger, photos Wildtier Schweiz, Shutterstock, Benjamin Clapp et Focus Dzign

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.