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ZONES DE PROTECTION DU CHAMOIS : SITUATION GAGNANT-GAGNANT POUR LA FAUNE ET LES CHASSEURS

ZONES DE PROTECTION DU CHAMOIS :  SITUATION GAGNANT-GAGNANT  POUR LA FAUNE ET LES CHASSEURS
Le maintien de populations locales de chamois bien équilibrées constitue un défi considérable pour les responsables cantonaux. Plusieurs exemples du canton de Berne démontrent comment des zones de protection ont permis d’arriver à des résultats plus que satisfaisants pour tous.

Texte d’Anton Schmid, Niklaus Blatter, Maik Rehnus. Photos de Peter Schwendimann. Article de courtoisie de Jagd&Natur, traduction Claude Wenger.

 

La planification de la chasse vise à maintenir des populations d’animaux sauvages présentant les structures d’âge et de classes sociales les plus naturelles possibles, à empêcher les effondrements des cheptels et à garantir la chasse sur le long terme. Dans cette optique, les objectifs de populations et les contingents de tir libérés sont examinés et renouvelés tous les deux ans, basés sur des comptages standards et des observations complémentaires. Ils concernent toutes les zones de gestion du gibier du canton de Berne, pour le chevreuil, le cerf et le chamois. Afin de soutenir les objectifs de planification cynégétique des différentes espèces d’ongulés, ils peuvent être accompagnés d’autres mesures fixées sur le long terme, tels que les zones de protection du bouc chamois.

Populations localement en déclin

Dans le canton de Berne, comme dans de nombreuses autres régions des Alpes, les populations de chamois déclinent localement, de même que les tableaux de chasse. Le capital chamois a atteint son apogée vers la fin des années nonante. Depuis lors, il s’est effrité peu à peu, en dépit de systèmes de comptage meilleurs qu’autrefois. Le tableau de chasse moyen du canton se montait à plus de 2400 chamois dans les années septante, pour à peine 1600 bêtes autour de 2010. L’analyse d’informations récoltées sur le gibier prélevé (par exemple détermination de l’âge exact) apporte des indices importants quant aux facteurs qui ont pu influencer cette évolution.

Faible part de boucs socialement mûrs

Le tableau de chasse bernois présente une part élevée d’animaux jeunes, âgés tout au plus de 4 ans. Ceci indique un prélèvement unilatéral de boucs de la classe d’âge moyenne dans le passé, qui peut conduire à des conséquences négatives pour les populations régionales. Les expériences faites sur l’ensemble de l’Arc alpin montrent qu’un nombre trop faible de ces boucs chamois socialement mûrs conduit à ce que de jeunes boucs prennent part au rut. La sollicitation des faveurs des chèvres est très gourmande en énergie et, par manque d’une hiérarchie claire, conduit à une dégradation de la condition physique de ces boucs encore immatures, qui se marque par une perte de poids et peut conduire à un épuisement total. Au contraire, si une part de boucs socialement mûrs est présente, on observe un rut plus calme et plus court, du fait que la hiérarchie entre les mâles a été établie bien avant, au printemps et en été.

Soutien de la classe d’âge moyen

Pour le renforcement de la part des boucs d’âge moyen, différentes mesures sont à la disposition des responsables cantonaux. Par exemple, la planification cynégétique permet de limiter la ponction par la chasse d’animaux précisés en fonction de leur âge et / ou de leur masse corporelle (par exemple poids et longueur des cornes). Il n’existe dans le canton de Berne aucune prescription de ce type qui permettrait de soutenir la classe d’âge moyen. Le contingent de tir de base comprend une pièce de gibier, qui peut être soit une chèvre soit un / une éterle. Sur la base du cheptel et des habitats présents dans une zone de gestion du gibier donnée, des patentes supplémentaires peuvent être délivrées. Un contingent de deux chamois ouvre le tir des catégories chèvre, bouc et éterle, mais au maximum une bête par catégorie. La même règle s’applique pour un contingent maximum de trois chamois octroyés.

Zones de protection du bouc chamois

Pour le soutien des populations de chamois, le canton de Berne établit des zones de protection du bouc, en tant que mesures complémentaires à la planification cynégétique régulière. Leur mise en place se fait sur l’initiative des gardes-faune locaux et nécessite une implication et un enthousiasme importants de ceux-ci. Selon nos expériences, ce sont principalement les chasseuses et les chasseurs qui émettent des réticences lors de l’établissement de telles zones, parce qu’une partie de territoire leur est retranchée pour l’exercice de la chasse. La plupart du temps, ces points de vue évoluent déjà assez vite, pour complètement changer à long terme.

Les conditions de base pour la mise sur pied d’une zone de protection du bouc chamois sont les suivantes : de bons quartiers d’été d’une certaine étendue, entrecoupés de rochers, semi-ouverts avec une bonne couverture boisée, de bonnes possibilités de repli, peu soumis aux dérangements, de bonne exposition. Jusqu’à ce jour, quatre zones ont été créées, réparties dans l’ouest de l’Oberland bernois. Les incidences à long terme des zones de protection du bouc chamois sur les structures d’âge, et l’évolution des populations rupicaprines seront présentées ici pour les cas de figure de la zone « Walpersberg - Bremenhorn », dans la vallée de la Simme, érigée en 2008, et de la zone « Achsetberg - Elsigenalp », aux confins des vallées de l’Entschlige et de la Kander, érigée en 2013.

Progression du nombre de boucs socialement mûrs

Dans les 22 kilomètres carrés du périmètre de comptage autour de la zone de protection du bouc chamois « Achsetberg - Elsigenalp », de plus nombreux boucs d’âge moyen (4 à 7 ans) et de vieux boucs (8 ans et plus) ont pu être observés depuis la création de la zone. Le nombre de boucs d’âge moyen a passé de 8 à aujourd’hui 26 au moins et le nombre de vieux boucs de 0 à 8 (voir graphique1).

Dans le secteur « Walpersberg - Bremenhorn » également, il est aujourd’hui plus régulier d’observer de gros boucs d’âge moyen ainsi que d’autres mâles plus âgés dans la zone de protection et ses alentours qu’autrefois lors de la création de la zone. Grâce à une densité suffisante de boucs socialement mûrs, un second rut tardif n’a plus pu être observé ces dernières années dans les deux secteurs.

Augmentation nette de la population

Le périmètre de comptage autour du site « Walpersberg - Bremenhorn », qui s’étend sur environ 15 kilomètres carrés, révélait une population de 65 chamois lors de la création de la zone de protection du bouc. Après sept ans, elle se montait à 200 animaux et, après treize ans, plus de 270 chamois ont pu y être observés (voir graphique 2). Le développement du cheptel est limité avant tout par la rigueur de certains hivers. Il en fut ainsi par exemple lors de l’hiver très enneigé de 2019, où la population subit un net fléchissement.

Dans le périmètre de comptage « Achsetberg - Elsigenalp », on s’attend à une augmentation des chamois ces prochaines années, comme le suggère la dynamique d’évolution du secteur présentée ci-dessus. Dans les deux périmètres, l’équilibre des sexes s’est amélioré. Il a passé de plus de trois chèvres pour un bouc lors de la création des zones à moins de deux chèvres pour un bouc.

Bénéfice pour les chasseuses et les chasseurs

Les chamois ne sont pas les seuls à profiter des zones de protection du bouc chamois dans ces deux secteurs, c’est aussi le cas des nemrods. La classe dorénavant bien présente des boucs d’âge moyen est propice à une répartition des bêtes à l’extérieur de la zone, dans l’espace vital adjacent. Ceci est confirmé par les observations des gardes-faune et l’analyse des tableaux de chasse. Les jeunes boucs, sous la pression de ceux d’âge moyen, émigrent vers d’autres territoires pour se trouver leur propre fief. La population accrue dans le « Walpersberg - Bremenhorn » a de plus conduit à la libération d’un contingent de tir supérieur pour la zone correspondante de gestion du gibier.

Conclusions

Sur la base de ces expériences remarquables, la mise en place de zones de protection du bouc, en complément à la planification de la chasse, s’est révélée être une mesure adéquate. Elle l’est aussi bien pour les chamois eux-mêmes que pour les chasseuses et chasseurs concernés. Par la promotion à venir de telles mesures, l’Inspection de la chasse du canton de Berne vise une évolution générale positive des populations de chamois et une proportion plus élevée de vieux boucs.

 

Informations complémentaires: Maik Rehnus, Direction de l’économie, de l’énergie et de l’environnement du canton de Berne,
Office de l’agriculture et de la nature
/Inspection de la chasse, Schwand 17, 3110 Münsingen, courriel: maik.rehnus1@be.ch, tél. 031 636 40 45.

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