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SAUVER LA CHASSE AU PETIT GIBIER ET AUX COURANTS SUISSES

SAUVER LA CHASSE AU PETIT GIBIER ET AUX COURANTS SUISSES
La défense des races de chiens courants suisses est entièrement liée au maintien
de certaines formes de chasses, qu’on appelle souvent chasses traditionnelles.
Texte d’Eric Sarrasin, photos du CCC

Dans l’aube naissante, un chien renifle le sol avec insistance. L’herbe fine des hauts pâturages semble dégager quelques subtiles émanations qui trahissent les pérégrinations nocturnes d’un lièvre. L’odeur est si légère qu’une simple brise l’emporte au loin. Le lièvre a fait de nombreuses allées et venues. La voie est bien difficile à remonter. Soudain, quelques aboiements brefs retentissent. Ils trahissent l’excitation du chien. Le battement de son fouet se fait plus rapide. Il semble avoir démêlé l’enchevêtrement des odeurs laissées par notre lièvre. Son petit trot élégant a laissé place à un galop énergique. Le lièvre n’est pas loin, sans doute. Déjà le chien gagne les mélèzes rougeoyants qui bordent le pâturage. Ses aboiements se font plus insistants. On devine sa course rapide dans le bois, et puis soudain, le lancer! Maître capucin a quitté son gîte. La montagne tout entière résonne d’une musique venue du fond des âges. Les récris du chien, amplifiés par l’écho, nous parviennent distinctement dans l’air glacial de la fin octobre. On peut suivre à l’oreille la fuite du lièvre. Il semble avoir décidé de ruser, il essaiera certainement de brouiller sa piste. Il traversera un éboulis, un névé, ou passera plusieurs fois sur ses propres traces. Le chien devra faire preuve d’une remarquable finesse de nez et d’une grande intelligence. La chasse s’annonce difficile. Mais notre chien n’est pas n’importe quel chien. Il chasse le lièvre depuis des temps immémoriaux. Notre chien est un chien courant suisse. 

La plus belle
La chasse du lièvre au chien courant est sans aucun doute l’une de nos plus belles chasses. Elle est la raison d’être de nombreux cynophiles disciples de saint Hubert. Ce mode de chasse a façonné depuis les temps les plus anciens un chien aux qualités inégalées, adapté aux exigences et aux besoins des chasseurs de notre pays: le chien courant suisse avec ses quatre variétés, le lucernois, le bernois, le schwytzois et le bruno du Jura. La pratique de cette chasse représente un patrimoine immatériel et culturel d’une valeur inestimable. Il est de notre devoir de faire perdurer et de défendre à tout prix cette chasse traditionnelle. Si elle venait à disparaître, nos quatre variétés de courants suisses disparaîtraient avec elle tant leur élevage et la chasse du lièvre sont intimement liés.

Le chien courant suisse, un bien culturel helvétique
Nos chiens courants sont employés dans toute la Suisse: aux Grisons, au Tessin, dans le canton de Berne, en Suisse centrale, sur le Plateau, dans le Jura, en Suisse romande, en Valais. Ils sont la fierté des chasseurs de notre pays. Les chiens courants suisses ont des origines très anciennes. Leur présence au temps de l’Helvétie romaine est attestée sur une mosaïque découverte à Avenches en 1735. Au 15e siècle, les chiens courants suisses sont recherchés par les cynophiles italiens et au 18e siècle, par les Français pour leur aptitude exceptionnelle à la chasse difficile du lièvre. En 1882, un standard est établi pour chacun des cinq «types» de chiens courants suisses. Ces standards sont révisés en 1909 et on constate la disparition totale du chien courant de Thurgovie, variété connue jusqu’alors. Le
22 janvier 1933, un standard unique, reconnu par la Fédération cynologi-
que internationale, est établi pour les quatre variétés de chiens courants suisses. Elles partagent tou-
tes, en dehors de la couleur de la robe, les mêmes caractéristiques morphologiques.

Le chien courant suisse est un chien de taille moyenne (taille au garrot
de 49 à 59 cm pour les mâles et de 47 à 57 cm pour les femelles) dont
la conformation indique tout à la
fois vigueur et endurance. Le poil est court, lisse et fourni. La tête
allongée, sèche et étroite, confère un cachet de noblesse. Les oreilles sont attachées basses, plissées et tire-bouchonnées. L’ensemble cou, dos, croupe et fouet forment une ligne harmonieuse et soutenue. La poitrine est profonde. Les membres sont très musclés, mais sans lourdeur. 

Conservation de la race
Un club de race dynamique est
engagé au niveau national dans la conservation et la promotion des quatre variétés du chien courant suisse: le Club suisse du chien courant (CCC) qui compte environ sept cents membres répartis en sept groupes régionaux sur l’ensemble de la Suisse.

L’élevage du chien courant suisse fait pourtant face, depuis plusieurs années, à des difficultés grandissantes, malheureusement.

Les contraintes en la matière sont multiples. Faire naître des chiots demande des infrastructures et du temps. Notre mode de vie actuel, plus éloigné de la ruralité, explique en partie la baisse d’intérêt pour l’élevage. D’autres raisons, moins évidentes, expliquent cette situation. Les restrictions édictées récemment concernant les terrains et périodes d’entraînement des chiens courants sont un exemple.

 

Menacé d’extinction
Aujourd’hui, malgré ses qualités exceptionnelles, le chien courant suisse est menacé d’extinction. En 1981, il naissait 359 chiots de nos chiens courants. Depuis ce temps, la courbe de natalité du chien courant suisse ne fait que décroître. En 2019, ils n’étaient plus que 74 à naître. Les statistiques tenues par M. Jean-Pierre Boegli, président de
la commission d’élevage du CCC durant des décennies, récemment remplacé par M. Georg Burchard du Haut-Valais, sont sans équivoques. Elles sont disponibles sur le site du CCC: www.laufhund.ch.

Il subsiste dans notre pays environ 300 chiens, admis à l’élevage selon les critères du standard de race FCI, 

pour sauver les quatre variétés de courants suisses représentant l’ensemble de la race. Avec un sex-ratio moyen d’un mâle pour une femelle, nous ne pouvons compter que sur 150 chiennes environ pour garantir la pérennité de la race. 

Le nombre de portées annuelles diminue de manière catastrophique. La moyenne calculée sur les dix dernières années ne se situe qu’à
18 portées annuelles. Les problèmes de consanguinité, découlant d’une population aussi restreinte, exigent de gros efforts de la part des éleveurs. Les temps sont durs pour nos quatre variétés de chiens courants suisses.

Tirer tous à la même corde !
Toutes les chasses représentent de vraies valeurs inscrites dans la tradition, basées sur des prélèvements raisonnés, définis par un suivi approfondi des populations animales qui constituent notre faune.

Les chasses traditionnelles avec nos chiens courants ou d’arrêt sont

soumises à des conditions strictes qui permettent des prélèvements sensés. Leur maintien dans le respect de la tradition doit être l’objet d’un engagement de tous les chasseurs qui doivent être unis et solidaires. Nos élus, concitoyennes et concitoyens ne doivent pas pouvoir juger de nos pratiques et atteindre à nos traditions sans les connaître! Il s’agit de ne pas être naïfs, car au-
delà des diverses chasses du petit gibier, c’est la tradition millénaire de la chasse qui est aujourd’hui attaquée de toutes parts. 

Il est temps d’être proactifs, de communiquer et de faire connaître nos traditions auprès de nos élus, de la population et des jeunes en particulier. Les interdictions ne résolvent rien, elles sont tout au plus le signe d’une dictature naissante dans laquelle certains s’arrogent des droits dont ils ne sont pas les seuls garants. Ces interdictions-là ne sont pas dignes de notre démocratie, car elles rompent l’équilibre des valeurs qui constituent le bien commun.

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