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La montagne, l’eldorado du cerf

La montagne, l’eldorado du cerf

L’ALTITUDE CONVIENT AU CERF, TANT AU NIVEAU QUANTITATIF QUE QUALITATIF. AVEC DES TROPHÉES COTANT PARFOIS PLUS DE DEUX CENTS POINTS ET DES POIDS DÉPASSANT LES DEUX CENTS KILOS, LES COIFFÉS FONT PLUS QUE SOUTENIR LA COMPARAISON AVEC LEURS CONGÉNÈRES DE LA PLAINE.

«Le cerf est assez commune bête, aussi n’est-il pas nécessaire de dire comment il est fait, car il y a peu de gens qui n’en aient vu. » Ainsi s’exprimait Gaston Phébus, comte de Foix et vicomte de Béarn, dans son fameux Livre de la Chasse écrit en 1387. Et pourtant, depuis ce temps du Moyen-Age où le cerf abondait sur les contreforts pyrénéens, ce bel animal choyé des seigneurs et des rois avait quasiment disparu des plaines et des montagnes.

Recherche de quiétude

Cependant, pour ce qui concerne les cerfs de montagne, les deux dernières décennies démontrent que les populations n’ont jamais cessé de progresser tant   numériquement que qualitativement. Les raisons de cette progression sont multiples et variées. Il y a tout d’abord la qualité des biotopes. Pour abonder dans ce sens il est utile de citer à nouveau Gaston Phébus dans son Livre de la Chasse, où le comte de Foix s’exprime en ces termes : « Quand les herbes sont hautes, ils montent sur les plus hautes montagnes qu’ils peuvent trouver, pour les belles pâtures et les belles herbes qui s’y trouvent, et aussi parce qu’il n’y a ni mouches ni autres vermines. » Herbivore avant tout, le cerf trouve donc en montagne tout ce dont il a besoin du point de vue alimentaire, à savoir une herbe riche en abondance et des arbustes en quantité suffisante. Si la nourriture a son importance, la quiétude en a tout autant, si ce n’est davantage. En effet, les populations peuvent bien souvent évoluer sur des dizaines de milliers d’hectares complètement vierges de toute présence humaine, même temporaire. Il s’agit bien là de la triple clef de voûte du succès du cerf en montagne. La nourriture, l’espace et la quiétude.

Un rut qui traîne

Le brame est bien entendu influencé par la grandeur des espaces. Certains mâles n’hésitent pas à passer d’une vallée à l’autre pour rejoindre leurs places de brame situées quelquefois à plus de dix kilomètres de leur territoire habituel. En cela, ces déplacements ne diffèrent guère de la plaine. Pourtant, en montagne la dénivelée à franchir est importante, cela peut varier entre cinq cents et deux mille mètres de différence d’altitude entre le point de départ et la place de brame. Mais cette apparente difficulté est aussi un atout dans le sens où les voies de circulation routière passent souvent bien loin des places de brame. Les animaux sont donc relativement tranquilles, bien à l’écart des curieux qui répugnent à avaler la dénivelée pour participer au spectacle. Et quel spectacle ! En montagne le raire roule d’un vallon à l’autre, comme s’il rebondissait d’un versant à l’autre. Et il n’y a pas que le son, il y a aussi l’image. Un cerf qui se profile sur une arête reste une image inoubliable. Parfois, quelques chutes de neige précoces viennent encore enjoliver le décor. Quant à la durée du brame, elle peut être très variable car, outre la météo, le tableau de chasse influe énormément sur elle. Les territoires qui tuent un nombre important de coiffés voient automatiquement le rut traîner en longueur car il n’y a alors pas assez d’individus pour saillir les biches.

Ce cerf, dont les origines proviennent de Chambord, totalise un peu plus de 205 points. On peut noter le diamètre important des meules et des merrains de ce cerf tué à plus de 1500 mètres d’altitude.

Quelles différences ?

L’arrivée du cerf en montagne pose inévitablement la question de la morphologie des animaux. Les cerfs montagnards sont-ils différents des autres ? Pour la majorité d’entre eux, surtout les mâles, les animaux respirent la rusticité et la puissance. Cela tient essentiellement à l’adaptation du génotype Chambord à la montagne car, comme cela a été dit précédemment, les cerfs profitent d’une alimentation suffisamment riche et abondante. Seuls des hivers très durs comme celui de 2012-2013 peuvent entraîner des pertes.

En l’espace de deux décennies, le cerf a véritablement conquis les montagnes où il a démontré sa formidable capacité d’adaptation. Profitant des espaces et de la nourriture, il a atteint de tels niveaux de populations qu’il pose parfois des questions relatives à l’équilibre avec le milieu et avec les autres ongulés. En effet, pour les chasseurs, il faut dans certains cas gérer la cohabitation de six ongulés, le chevreuil, le cerf, le chamois, le sanglier, le mouflon, voire… le bouquetin, un vrai défi.

Texte et illustrations Daniel Girod

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