Dans le cadre de son 100e anniversaire, la Société romande d’étude et de protection des oiseaux «Nos Oiseaux» a décidé de lancer un projet de réintroduction du balbuzard pêcheur en Suisse. La dernière nidification du balbuzard pêcheur (Pandion haliaetus) dans notre pays remonte à 1914. Cet oiseau avait, à l’époque, subi les persécutions de l’homme (dénichages, collectionneurs d’œufs, tirs à des fins de taxidermie, etc.).

La translocation

Le balbuzard pêcheur est un rapace diurne se nourrissant exclusivement de poissons qu’il capture à la surface de l’eau. A l’heure actuelle ce rapace ne s’aperçoit chez nous qu’au moment de la migration, soit au printemps (mars-avril) ou en automne (août-septembre). Le nord de l’Europe abrite une population relativement forte, voire en expansion tandis qu’en Europe centrale et dans le sud, l’espèce a disparu. Pour pallier ce manque, des pays tels que l’Espagne, le Portugal, l’Italie et même l’Angleterre se sont lancés dans des programmes de réintroduction. Le balbuzard ne se reproduit pas en captivité, il a donc fallu utiliser une autre méthode appelée «translocation». Cette méthode avait déjà auparavant fonctionné avec merveille aux Etats-Unis.

Il s’agit en fait de prélever un poussin par nid, là où les populations sont abondantes dans le nord de l’Europe (Ecosse, nord-est de l’Allemagne, Norvège, Finlande) et de le placer dans une volière d’acclimatation où il prend connaissance de son nouvel environnement. Ces oiseaux sont nourris sans être au contact de l’homme afin qu’ils conservent un caractère sauvage. Lorsque le plumage est suffisamment développé, les portes des volières sont ouvertes et les jeunes prennent leur premier envol. Ils sont alors très vulnérables et sensibles aux perturbations; ils ont besoin du calme absolu dans cette période d’émancipation. Petit à petit l’expérience du vol leur permet de découvrir leur nouvelle région d’adoption. Le balbuzard étant une espèce philopatrique, il reviendra, à l’âge adulte s’installer dans la région qui a vu son premier envol.

Un jeune Balbuzard écossais lors de son arrivée à Bellechasse, juillet 2015.

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Région des Trois-Lacs

En Suisse, le programme de réintroduction a débuté en 2015 avec l’arrivée de six poussins en provenance d’Ecosse. En 2016, ce sont douze poussins en provenance d’Allemagne et de Norvège qui ont été accueillis sur le site du lâcher à Bellechasse. Le programme devrait s’étaler jusqu’en 2020 avec, chaque année, le lâcher de douze poussins. Le départ des jeunes vers l’Afrique s’échelonne de la mi-août jusque vers la fin septembre. A l’âge adulte, les jeunes qui auront survécu viendront s’installer sur leur nouvelle terre d’accueil, la région des Trois-Lacs.

Un projet d’une telle envergure n’aurait jamais pu avoir lieu sans l’appui des Etablissements pénitenciaires de Bellechasse qui ont non seulement mis à disposition ces surfaces agricoles interdites à toute pénétration humaine, mais qui ont construit, dans leurs ateliers, les six volières d’acclimatation.

Le projet a aussi bénéficié de l’expérience du Musée d’histoire naturelle de Fribourg en ce qui concerne les installations de télésurveillance et les obtentions vétérinaires nécessaires à l’importation des jeunes ou à la collecte d’ADN. Notons encore que des pêcheurs professionnels des lacs de Morat et Neuchâtel fournissent gracieusement le poisson blanc nécessaire au projet.

La réintroduction du balbuzard a pour objectif de favoriser la biodiversité et de renforcer la population au niveau européen. Ce projet a reçu les autorisations du Canton de Fribourg et de la Confédération, il est entièrement financé par des fondations privées ou par des dons. Vous trouverez plus d’informations sur ce projet sur www.balbuzards.ch.

Texte et photos Michel Beaud, Pascal Rapin

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