Tony Roduit était chauffeur pour la compagnie TMR, Transports Martigny Région, et fils d’un chasseur avec 45 permis au compteur. Il avait aussi hérité de sa passion et chassé lui-même pendant treize ans quand l’opportunité lui fut offerte d’intégrer la petite équipe des gardes-chasse valaisans. Activité qu’il a pratiquée avec passion pendant trente-trois ans avant de prendre sa retraite au début de l’année.

En plus de la surveillance habituelle de la faune et des contrôles pendant la chasse, Tony a fait partie d’un groupe restreint qui a testé et développé les techniques de capture de gibier dans le but de créer de nouvelles colonies et de répartir judicieusement les effectifs de bouquetins entre autres. Une activité qui l’a amené à collaborer pendant des années avec une légende du milieu de la chasse, l’ex-braconnier redoutable devenu lui aussi garde-chasse, Oscar Darbellay.

Dans les années 90, Tony Roduit a ainsi participé à la création de colonies de bouquetins notamment dans la région de Valsorey.DSC_0270

Transport de trois bouquetins: un dans la cage en osier sur le dos de Tony et les deux autres sur la luge en bois devant les gardes.

De véritables pionniers

«Oscar avait expérimenté le matériel, un fusil hypodermique qui permettait des tirs à une trentaine de mètres environ. Son expérience en avait fait un spécialiste, non seulement dans le dosage de l’anesthésiant – le Rompun – qui variait en fonction du poids et du genre d’animal (cerf, bouquetin, chamois ou chevreuil), mais aussi dans la gestion des imprévus: désinfection des plaies ou piqûres pour soutenir un animal donnant des signes inquiétants ou qui avait de la peine à respirer…»

Tony a conservé le document dactylographié en 1974 par Oscar Darbellay à l’intention du commandant de la police et chef du Service cantonal de la chasse Ernest Schmidt et qui a servi à la formation des gardes appelés à effectuer ces captures d’animaux.

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Bouquetin endormi avec son masque sur les yeux. Tony tient le fusil hypodermique.

 

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Les bouquetins dans l’écurie de Praz-de-Fort.

 

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Biberon de bébé pour un nouveau-né…

 

Socialisation à l’écurie

«30 minutes après le tir, la bête s’endormait, nous lui posions alors un masque sur les yeux avant de lui entraver les pattes et de la placer dans une cage en osier que nous transportions sur le dos ou sur une luge. Il fallait attendre environ 20 minutes avant de s’approcher de l’animal en veillant à surtout ne pas faire de bruit. Nous devions emporter ensuite les bouquetins rapidement: l’anesthésiant faisait effet durant une heure et demie à deux heures. Nous en capturions entre trois et quatre par jour pour les placer dans une écurie de Bourg-Saint-Pierre où les bêtes étaient nourries avec du foin et des pommes. Quand nous avions rassemblé huit à dix bouquetins, nous les laissions encore une à deux semaines ensemble afin de les habituer les uns aux autres…»

Les techniques de capture, de détention et de remise en liberté se sont améliorées avec le temps. A chaque nouveau problème, il fallait inventer une solution, comme ce matin-là, où, en arrivant à l’étable, Tony Roduit eut la surprise de découvrir un nouveau petit bouquetin inattendu: «Une femelle avait mis bas pendant la nuit, nous l’avons nourrit en lui donnant du lait à l’aide d’un biberon pour bébé…»

Technique de la brouette…

Après cette période de socialisation, les bêtes étaient chargées dans une bétaillère pour être relâchées, toutes ensemble, dans un biotope qui semblait favorable. La recapture se faisait sans problème pour les femelles qui étaient prises à bras-le-corps. «Pour les mâles, plus lourds et plus puissants, nous avions développé une technique particulière, dite de la brouette: l’un de nous s’approchait de face pour attirer l’attention du bouc, l’autre arrivait sans bruit par-derrière et le saisissait par les pattes arrière en le soulevant comme une brouette que nous dirigions alors vers la bétaillère…»

Ces deux colonies de Valsorey, créées au début des années 90, ont connu un beau développement puisque aujourd’hui elles comptent environ 95 bouquetins, un tiers de mâles et deux tiers de femelles.

Texte Jean Bonnardphotos Tony Roduit

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