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Avec le temps qui passe !

Avec le temps qui passe !

Inexorablement, les années et les heures passent et dans le même temps, notre vie d’humains est rythmée par nos passions et nos activités. Lors de la période scolaire, une année a pu nous paraître une éternité. En revanche, dès la cessation de notre activité professionnelle, on voudrait parfois que le temps des passions et des émotions ne s’arrête pas. Texte et photos d’Alain Rossier / Adobestock

La vie d’un chasseur, ou d’une chasseresse, ne commence pas qu’au moment où il entre en possession de son premier permis. Avant cela, c’est une période plus ou moins longue, pendant laquelle le futur nemrod imagine, rêve, souhaite vite connaître la rencontre en direct avec le gibier. Evidemment, toutes ces réflexions sont intimement liées à son intérêt avec la cynégétique. Il est fils, ou fille, de chasseur et connaît déjà l’ambiance des quêtes automnales. Ces expériences préliminaires orienteront ses préférences quant aux gibiers qu’il va vouloir traquer. S’il a la chance d’accompagner un groupe qui découple des chiens courants, leurs récris se fixeront dans sa mémoire. Dès lors, pendant le calme des soirées d’après-chasse, le tintement des sonnailles, les longs abois des « rapprocheurs » ou ceux furieux des leveurs l’empêcheront d’oublier la journée. Il en sera de même pour le chasseur plus solitaire, qui au contact de son chien d’arrêt aura eu la chance de « rencontrer ». Pour l’un, c’est dans la quête bécassière qu’il trouvera ses marques et surtout ses émotions. Le silence radio de la campagne lors d’un arrêt subit, présage d’un envol silencieux ou d’un claquement d’ailes agité de la mordorée, le poursuivra. Qu’elle soit manquée ou prélevée, les frissons sont les mêmes ! Pour l’autre, la quête ample d’un chien, qui aborde la montagne avec courage et détermination, ne saura pas s’effacer facilement de son frais souvenir. Dans le décor majestueux des milieux alpins, l’essor fracassant d’une poule de tétras-lyre arrêtée par l’auxiliaire canin fera baisser le fusil, mais pas l’attention. En revanche, celui du vieux coq noir restera longtemps gravé dans les annales de la journée.

Un passé ineffaçable…

Tous ces faits marquants vécus sur le terrain ne sont pas anodins. Ils s’inscrivent à jamais dans l’album personnel de chaque chasseur et chasseresse. Comment oublier la première impression favorable du matin, lorsque le chien de pied indique la présence de sangliers ? L’excitation augmente lorsque, après vérification faite avec minutie, le gibier est resté dans son fort au beau milieu de la sapinière. La coupe est habitée, le gibier est encerclé. La suite sera encore plus attractive dès que les chiens seront découplés. Un traqueur les accompagne, il faut être prêt à affronter le ou les animaux si les chiens les tiennent au ferme. Alors, c’est la montée d’adrénaline ! ! ! Le traqueur tremble peut-être, les chiens ne faiblissent pas, les postés sont au taquet. La suite, c’est l’inconnue qui fera date, ou pas ! Certes beaucoup plus discrets, l’affût et l’approche sont capables de laisser d’innombrables souvenirs et émotions. L’amateur de trophées doit préparer la chasse pour connaître les habitudes du gibier. La découverte du grand cerf, du gros bouc, du brocard dominant de la région ou du keiler vagabond engendre aussi des stress latents. Avant une bonne occasion possible, différents facteurs peuvent perturber la chasse. Un vent se lève soudain et pousse votre odeur en direction du gibier. Un promeneur et son chien qui débarquent intempestivement ou un prédateur en quête de nourriture peuvent balayer subitement vos heures d’attente. Eh oui, il faut faire avec tout cela, mais quoi qu’il en soit, le souvenir s’inscrit ! On le dit souvent : « C’est comme à la chasse » !

Un demi-siècle d’aventures

Le fait d’avoir eu un papa chasseur m’a emmené sur les chemins de la quête dès ma plus tendre enfance. Arrivé sur terre dans une grande ferme, j’ai vécu au milieu d’un élevage bovin de qualité.

Les onze chevaux tractaient encore les engins agricoles, les chars de foin et de paille, ou le traîneau certains hivers. Des porcs, des lapins, des poules, des canards et des pigeons complétaient le cheptel. Jusqu’à l’âge de 9 ans, ils faisaient partie de mon environnement quotidien. Agé de 5 ans, j’accompagne mon père en fin de journée pour un petit moment de chasse. Pas le temps de lâcher Dica, la chienne courante lucernoise. On trouvera bien un lièvre derrière le mur du potager de la maison de maître d’à côté. Distrait par je ne sais quoi, un coup de fusil me fait sursauter.

Le « bossu » est mort, papa le fait pisser et nous rentrons à la ferme. Je viens de vivre ma première émotion cynégétique. Puis les souvenirs s’enchaînent en même temps que je grandis. Je vois encore le premier chevreuil, appuyé contre une haie avec un peu de sang orange qui perlait de sa poitrine, tiré par Elie, compagnon de chasse de mon père, un sacré personnage celui-là. Chasseur, piégeur, pêcheur et pisciculteur, il ne vivait que pour sa passion journalière au contact de la nature et de la faune. Un peu braconnier tout de même, c’était un « érudit » sur le terrain. La première bécasse que je vois s’envole devant mon père entrant au bois pour découpler la chienne. Je me rappelle encore de cette envolée, telle une courbe parfaite, jusqu’au coup de feu qui stoppe l’oiseau dans sa fuite. Puis arrive l’adolescence et ma passion pour la pêche au lac et en rivière. Depuis les bords du Léman, les débarcadères et la digue appelée « brise-lame » des Pâquis, les perches étaient nombreuses pendant toute la belle saison. La friture était facile à prendre. Puis l’appel de la rivière m’amène au bord de la Versoix. Je me souviens avoir presque serré ma première fario de mesure sur mon cœur, truite que j’ai offerte à ma mère. L’halieutique m’a emballé. Je me demande combien de kilomètres j’ai parcouru à vélo, d’abord avec celui de ma sœur, puis avec ma propre bécane, avant le « Vélosolex » puis ma première voiture !

Et le temps de la chasse est arrivé

Avec mon père et son collègue, les deux Ernest, accompagnés de deux chiens courants, c’est la chasse du lièvre qui nous occupe principalement. La recherche, en plaine le matin, prend tout son sens dans les labourés les jours de grand vent. Les chaumes de l’ouverture sont battus systématiquement, les « dérobées » ensuite et les maïs de surface moyenne sont souvent appréciés des oreillards. C’est dans un chaume que j’ai manqué mon premier lièvre. Les deux suivants ont rattrapé ma maladresse et le troisième, sorti du bois, a culbuté du premier coup. Le virus était en moi ! Après la mort de notre Mickey, courant suisse mâtiné d’une griffonne, mon premier épagneul breton m’a accompagné pendant quinze ans. Avec lui, j’ai orienté ma chasse vers une diversité de gibier et appris à connaître l’arrêt sur faisans et perdreaux. La chasse de la bécasse est aussi rapidement entrée dans mes passions. La fermeture de la chasse genevoise m’a obligé à me tourner vers les ACCA françaises voisines. C’est en 1980 que j’ai rejoint les chasseurs vaudois et connu la traque du chevreuil. J’ai eu l’impression de parcourir un paradis cynégétique. Je n’imaginais pas encore pouvoir quêter le tétras-lyre dans les Alpes, approcher le chamois et chasser le cerf avec une équipe formidable.

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