Dnombreux pêcheurs de corégones sont d’anciens pêcheurs de rivière. Probablement parce que ce poisson se prend à la canne, que sa pêche est fine et que les combats s’avèrent passionnants.

De la rivière au lac

Mon parcours halieutique a débuté avec mon père au bord des torrents de la région, puis vint le lancer, la mouche et le montage de mouche. Début 2000, un ami peu expérimenté m’a proposé de l’accompagner sur le lac Léman pour lui donner un coup de main et j’ai vite compris que ce plan d’eau était un haut lieu halieutique: outre de très gros brochets à la traîne, au mort manié et aux leurres, de nombreux corégones ont été mis au sec sur ma propre embarcation. L’attrait du montage de mouche, l’abondance du poisson et la finesse de la pêche m’ont attiré vers les corégones. J’étais l’un des seuls dans la région de Rolle à le pêcher systématiquement. Pour progresser, j’ai abondamment visité le site (en allemand) «Felchenfischer.ch» dont les conseils sont excellents. N’ayant pas trouvé de site pour la pêche des corégones sur le Léman, j’ai créé http://coregone.e-monsite.com. Grâce à cela, j’ai rencontré des passionnés et nous avons partagé nos expériences. C’est aussi une pêche idéale pour l’initiation des enfants, ils captureront de nombreux poissons de belle taille pour leur plus grand plaisir!

La pupille de ce poisson forme un angle.

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Corégone ou féra?

Corégone, du grec «koré» – la pupille – et «gonia» – l’angle: en effet la pupille de ce poisson forme un angle.

On me reprochera de ne pas utiliser l’appellation locale du corégone: la féra. La féra, la vraie, qui peuplait notre lac au siècle dernier, a disparu vers 1920, semble-t-il, par surpêche. On aurait alors repeuplé le Léman de corégones provenant du lac de Neuchâtel, les palées. Puis des alevinages systématiques réalisés avec des géniteurs du Léman ont abouti à la situation actuelle: on ne sait pas avec exactitude quel(s) est (sont) le(s) corégone(s) qui peuple(nt) notre lac, mais il est certain que ce n’est plus notre féra originelle. De nombreux pêcheurs méconnaissent la féra. Certains la classent dans les poissons «blancs», car sa chair est blanche. Cependant, il s’agit d’un salmonidé, sa nageoire adipeuse le prouve; c’est donc un poisson «noble».

Un plan d’eau de 600 km2.

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Abondant et de belle taille

Il n’est pas rare de piquer des poissons dépassant les 3 kilos même si ces spécimens sont parfois gastronomiquement moins prestigieux. Le rapport de la CIPEL 2015 mentionne une taille moyenne située entre 40 et 45 cm, avec une taille maximale de 57 cm. L’échantillonnage comprend des poissons pêchés au filet au large et ne tient pas compte des énormes femelles présentes plus près des côtes et qui, probablement, ne se prennent pas dans les mailles de filets prévus pour de plus petits poissons. Ce que je veux dire, c’est que des poissons de plus de 60 cm à la canne ne sont pas exceptionnels!

C’est le poisson du Léman le plus abondamment pêché (amateurs et professionnels confondus). Anecdotique dans les années 80, la pêche a passé à 400 tonnes en 2000 pour franchir les 1000 tonnes en 2014! Le site de la faune du canton de Vaud publie les résultats de la campagne 2015: 835 445 kg de corégones capturés contre 171 623 kg pour la perche! Pour les professionnels, les Français sont particulièrement efficaces (environ quatre fois plus que les Helvètes). Quant aux amateurs, les Suisses ont pêché 8027 kg contre 1404 kg pour nos amis français. Vous conviendrez que le corégone justifie une attention particulière…

Une pêche idéale pour initier les enfants.

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Classification: un casse-tête!

Le corégone est un salmonidé dont il existe des dizaines d’espèces, certains affirment qu’il y en aurait plus de septante en Europe dont une trentaine en Suisse. Pour faire bref, il est intéressant de souligner les points suivants: les corégones sont apparus lors de la fonte des glaciers: chaque population est restée enfermée dans son bassin, s’y adaptant spécifiquement. Les premiers «mélanges» de corégones ont été effectués par l’homme, dans le but de rentabiliser les stocks, car le genre représente, encore aujourd’hui, un intérêt commercial.

Les premières traces écrites de ce poisson remontent au Moyen-Âge. La nomenclature des corégones est très riche. En français, citons: féra, palée, bondelle, lavaret, gravenche, bezoule, férit et j’en passe. J’ai trouvé des dénominations encore plus nombreuses en allemand.

Notons que deux espèces différentes du même genre peuvent vivre ensemble (sympatrie) et qu’au contraire, une espèce peut présenter des populations se comportant, se nourrissant de manière différente et présentant une morphologie différente…

Que doit retenir le pêcheur de corégones du lac Léman?

Tout d’abord, il ne pêche pas des féras (C. Ferae), mais vraisemblablement des palées, (C. Paleae), qui à mon avis, se regroupent en populations adoptant des comportements différents: les mâles, plus au large, se nourrissent plutôt de zooplancton à l’opposé des femelles, plus benthophages (se nourrissant d’organismes vivants sur le fond) et plus proches des rives.

Leur nourriture

Selon les études de la CIPEL, les corégones se nourrissent essentiellement de zooplancton et accessoirement de chironomes. Le zooplancton est constitué d’animalcules minuscules évoluant massivement. Il est composé principalement des bythotrèphes (corps de l’ordre du mm) qui se concentrent dans une strate propice à leur développement, souvent à une vingtaine de mètres de fond au large des rives. On perçoit souvent au sonar des corégones à 22 m de fond, en banc, là où le lac est beaucoup plus profond.

Dans l’estomac des poissons, les concentrés de zooplancton ressemblent à une purée beige parsemée de petits points noirs (comme des grains de vanille), les yeux. Les chironomes (corps de l’ordre du cm) sont des insectes dont les larves se développent sur le fond du lac, de quelques mètres à 30 m, dans de la «vase». Il s’agit en fait de ce petit insecte ressemblant à un moustique et qui pullule lorsque les jours se font plus chauds. Les larves sont communément appelées «vers de vase» rouges de 1 à 1,5 cm, que les corégones vont chercher au fond du lac, probablement en remuant la boue pour les en extraire. La larve se transforme en nymphe qui va remonter à la surface pour éclore et s’envoler, ce que l’on peut observer lors des éclosions massives. Le défi consiste à imiter l’insecte à son stade d’évolution, à la bonne profondeur, avec la bonne animation. Ainsi la larve sera présentée très proche du fond et de manière statique alors que les nymphes doivent évoluer plus haut avec des mouvements de bas en haut.

On distingue parfaitement la consommation de chironomes dans l’estomac d’un poisson au point de reconnaître le stade d’avancement de l’insecte: larve, nymphe, ou émergente, ce qui fournit de précieuses informations quant à la stratégie à adopter.

Comme vous le comprendrez aisément, il est impossible d’imiter le zooplancton dont la taille est trop petite. On ne peut se contenter d’imiter que les chironomes sous leurs différentes formes et comme je le mentionnais ci-dessus, les corégones ne se nourrissent qu’accessoirement de chironomes, malheureusement! En outre, il est fréquent que les corégones se nourrissent de petits mollusques (escargots, moules) que l’on peut tenter d’imiter.

Le corégone est le poisson de loisir le plus abondant sur le Léman.

Texte et photos Fabrice Haldeman

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