Il est tout d’abord important de signaler que, contrairement à de nombreuses idées reçues, ces deux protubérances sont présentes chez le mâle et la femelle. Quasiment imperceptibles au toucher en période de repos sexuel, les deux glandes rétro-cornales atteignent généralement la taille d’une noix au moment du rut. C’est pour cette raison qu’elles sont également baptisées glandes de rut, comme le signale le défunt et réputé Docteur Couturier1. Il ne faut cependant pas inverser les rôles. En effet, les glandes rétro-cornales ne commandent pas le rut, elles n’en sont que la manifestation.

La barbe hirsute sur les épaules dénote bien l’activité de rut.

Marquage du territoire

En se frottant à l’herbe, aux arbustes et aux rochers, les mâles imprègnent leur territoire de leur odeur particulièrement musquée à l’apogée du rut. Sur ce point, les émanations dégagées par les mâles en rut sont largement aussi fortes que celles produites par les cerfs. Ce marquage odoriférant a deux objectifs. Pour un bouc il s’agit tout d’abord d’interdire autant que faire se peut l’accès des autres mâles à son territoire. Par ailleurs, ces placettes odoriférantes permettent aux femelles de savoir où sont situés les boucs. Dans son ouvrage Le Chamois, le Docteur Couturier indique «qu’on peut penser que cette odeur musquée des mâles excite les femelles et favorise chez elles l’acceptation du coït.» Cette excitation des chèvres reste donc supposée.

Au niveau physiologique, les glandes du bouc sécrètent un liquide relativement abondant, gras, gluant, collant un peu comme de la poix. L’odeur est très prégnante et surtout persistante sur le support sur lequel ce liquide épais a été déposé. Il en va notamment de même pour le chasseur dont les mains peuvent entrer en contact avec cette sécrétion très musquée dont l’odeur peut persister pendant plusieurs jours, même après des lavages répétés. Au plus fort du rut, les testicules des boucs sont loin de dégager une exhalaison aussi forte que celle des glandes rétro-cornales, véritables concentrés d’odeurs puissantes. En ce qui concerne le calendrier annuel, même si cela dépend de la situation géographique et de la météo, les glandes commencent à gonfler fin septembre pour quasiment disparaître vers la mi-décembre. Au début de cette période, les boucs cherchent à marquer leur territoire en frottant la base de leurs cornes sur l’herbe et la végétation arbustive, voire sur les rochers quand le biotope est vraiment rupestre. Dans une attitude typique, les mâles penchent la tête sur le côté pour permettre aux glandes de frotter sans être gênées par le crochet des cornes. Plus tard, dès que les chèvres commencent à entrer en chaleur, les boucs mettent le nez à terre en quête d’une éventuelle piste. C’est aussi le moment où, malgré le bornage supposé de leur portion de territoire, les boucs se poursuivent dans des courses folles et effrénées. Au pic du rut, c’est-à-dire vers la mi-novembre, l’odeur laissée par les glandes rétro-cornales est perceptible partout où se trouvent les animaux. Ça pue le chamois! Certains chasseurs passionnés vont même jusqu’à enduire un peu leurs vêtements du sébum issu des glandes prélevées sur un animal précédemment tué dans le secteur. Quelle que soit l’efficacité de cette technique, cela suppose que la chasse du chamois ou de l’isard est ouverte pendant le rut. En effet, la réglementation peut différer d’un territoire à l’autre et les textes traduisent bien les différentes sensibilités qui subsistent vis-à-vis de la chasse pendant le rut.

Un acharnement de tous les instants.

Outre leur signification génitale, les glandes rétro-cornales du chamois et de l’isard ont un prolongement sociétal, dans le sens où elles permettent aux individus de s’identifier entre eux et d’organiser par la même occasion leur vie en groupe, à savoir l’installation de la hiérarchie au sein de la harde.

1 Le Docteur Couturier a publié en 1938 son célèbre ouvrage «Le Chamois» dont on peut encore trouver, avec un peu de chance, quelques exemplaires sur Internet. Cette «bible» de 855 pages reste une référence en termes de connaissance du chamois et de l’isard.

Texte et photos Daniel Girod

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.