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UN BOUQUETIN EN MONGOLIE

UN BOUQUETIN EN MONGOLIE
L’envie d’une nouvelle exploration asiatique me titillait à nouveau.
Il faut dire que la chasse au chamois dans l’Oberland bernois m’avait donnéle goût de la montagne.

Texte et photos d’Henri Baumgartner

 

Mes premières expériences lointaines se déroulèrent au Kyrghistan, avec des territoires si vastes qu’il arrive que vous ne puissiez parfois pas rentrer, et soyez forcés de passer la nuit sur place. Il faut dire que les vallées comptent parfois 30 kilomètres de long, et que les grands bouquetins se trouvent généralement à l’extrémité. Il m’est arrivé une fois d’être recueilli par une famille de bergers qui avait dressé sa yourte dans la vallée, et la nuit arrivait. Je garderai toujours le souvenir de ces deux enfants un peu hébétés et surtout curieux de voir cet étranger entrer chez eux, avec de plus une carabine! Ces gens m’ont accueilli, nourri, logé de façon très hospitalière, bien que la conversation ne fût pas possible. J’étais accompagné bien sûr d’un guide local, ce qui facilitait le contact.

Nouvelles montagnes

Nous sommes en 2009, une expédition en Mongolie me tentait. Il s’agissait de chercher un bouquetin dans le Hohen Altai, soit les dernières montagnes au sud, avant le désert de Gobi. Le voyage passe par Ulan Bator, la capitale et son fameux palais présidentiel. C’est une de ces grandes villes qui marient le moderne avec l’ancien, de façon plus ou moins heureuse. Un vol interne me pousse ensuite jusqu’à la ville d’Altai, et c’est en jeep durant quasiment toute une journée que l’approche finale a lieu. Le campement de yourtes est à 3000 mètres d’altitude, et le lendemain nous prenons connaissance du terrain de chasse. Je dis nous parce qu’un dentiste de Chicago est de la partie. Surprise, nous chassons par le haut, c’est-à-dire que nous sommes sur un haut plateau avec les montagnes devant nous en contrebas. Le territoire est désertique, sec, rares sont les touffes d’herbe, à se demander s’il y a du vivant dans ces pierres. Cette première prise de contact nous dévoile une petite harde de femelles
et jeunes ibex, un jeune loup au loin (nous y reviendrons), un aigle, deux gypaètes et surtout des vautours.

 

 

Action

Le deuxième jour, à force de scruter le terrain à la jumelle, nous repérons au loin une petite harde de cinq bouquetins qui s’approchent lentement. Il y aurait un spécimen intéressant, soit du genre asiatique avec des cornes assez courbées. Précisons que lors de précédentes expéditions, j’avais choisi de récolter une bête au trophée de type alpin, parce que ça m’interpelait davantage, donc avec des cornes plutôt droites. Et le genre typiquement asiatique me manque, c’est peut-être l’occasion. Mais la harde fait dans le suspense. Elle disparaît derrière une arête un long moment, si bien que je crois qu’il faut l’oublier. Le temps me paraît long… et voici que mes bêtes réapparaissent un peu comme par miracle, là où je ne les attends pas, mais dans une ligne favorable. Et comme elles ont tendance à monter, il n’y a plus qu’à laisser aller. Le bouc convoité mène le groupe. Et c’est à distance raisonnable que je peux le stopper (150 mètres) avant qu’il ne franchisse une arête. Il fait ses 11 ans et porte des cornes de nettement plus d’un mètre.

Troisième jour

J’ai mon compte et ne convoite rien de plus, j’accompagne l’équipe du collègue. Nous repérons facilement une harde intéressante, mais farou-
che comme l’est le gibier de là-bas. Elle disparaît. A force de ne rien trouver d’autre, nous prenons le parti de tenter une traque. Le chasseur se pose sur un rebord avec large visibilité et à deux nous crapahutons la montagne, donc de haut en bas, en prenant un important recul. Un coup de feu retentit au loin, ça a marché. Le dentiste américain a son compte, soit un magnifique bouc aux cornes plutôt droites, du genre alpin, de 10 ans. Ajoutons que selon les explications reçues, ce sont d’abord les plus âgés (12 ans et plus) qui font essentiellement les frais des attaques de loups. Un loup d’ailleurs, nous en avons à nouveau vu un, assez bien observé (mais question loup nous y revenons). Et après le tir d’un ibex, les vautours arrivent on ne sait d’où, sachant qu’ils disposeront d’un petit régal puisque nous vidons les carcasses sur place.

Le loup

Nous y sommes. Ayant du temps, avec mon guide, nous flânons dans ces montagnes arides, pour observer essentiellement les oiseaux. Bien sûr des vautours, mais aussi les gypaètes et l’aigle, le même que les Mongols dressent pour chasser. En prime, des gallinacés du genre bartavelle. Nous nous déplaçons et repérons une yourte au loin. A cent mètres de nous se trouvent des chèvres cachemire élevées pour leur précieuse laine, il y en a une vingtaine. C’est alors que des vautours se manifestent, je les admire et montre mon intérêt à mon accompagnateur. Il me fait comprendre qu’il se passe quelque chose au sol. Je repère alors ce que je crois être un grand chien accompagnant les chèvre.Mais ce pseudo chien les attaque, saute sur la dernière et en un rien de temps la tue. Il n’en faut pas plus pour comprendre que nous avons affaire à un gros loup. Mon guide me dit «schiessen» (c’est d’ailleurs le maître-mot qu’il doit connaître en tant que guide de chasse), et comme j’ai par chance ma carabine avec moi, il me demande de m’occuper du prédateur qui risque de décimer le troupeau. Je me couche sur mon sac et vlan, le loup a fini de prélever des chèvres. C’est un beau gros, aux crocs impressionnants, il git à côté de la chèvre dont il a déjà eu le temps de manger les gigots. Nous allons à la yourte expliquer ce qui s’est passé, l’occupant des lieux prend son cheval et se rend sur place. Nous le laissons. Fait particulier, il ne présente aucun état d’âme face à ce qui s’est passé. Est-il de ceux qui estiment que le prédateur a droit à son compte ? Car j’ai entendu deux versions: ici le loup est vénéré et on lui accorde un certain tribut, là il est l’ennemi juré.

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