LA NATURE EN TERRASSE

LA NATURE EN TERRASSE
De la Riviera vaudoise à la Provence méditerranéenne, en passant par les adrets valaisans, les cultures en terrasses témoignent de la remarquable capacité de l’homme à investir le territoire pour ses besoins. Petit tour de ces aménagements séculaires créés à la force des bras.

Texte et photos d’Alain Rossier

 

En dehors des plaines et des plateaux riches en terres cultivables, les coteaux sont investis pour toutes sortes de cultures fourragères ou simplement destinés à la pâture des animaux de rente. Dans les secteurs bien exposés, les fenaisons sont le plus souvent rentables, mais elles nécessitent un investissement physique important de la part des récoltants. Ces «inclinaisons» sont caractéristiques des régions de montagne et les images des faucheurs et faucheuses alpestres de l’époque ne sont pas près de disparaître, tout comme celles des grands ballots de jute remplis du précieux foin qui fera le repas du bétail tout l’hiver.

Actuellement, des engins mécanisés spécifiquement adaptés facilitent la tâche des exploitants dans tous ces secteurs particuliers. La côte lémanique et la Riviera vaudoise abritent un secteur viticole de grande valeur connu internationalement. Pour la seconde, elle est protégée et inscrite au patrimoine culturel de l’UNESCO. Son exposition exceptionnelle et son terroir particulier permettent l’élaboration de très bon crus de blancs qui réjouissent tous les amateurs de bons vins. Pour permettre de cultiver ces parcelles très pentues, il a été nécessaire de créer des terrasses en élevant des murets de pierres sèches.

Ces constructions ont été nécessaires pour éviter l’érosion du terrain lors des grosses averses de pluie. En remontant la vallée du Rhône et en parcourant la plaine valaisanne, région de cultures arboricoles et maraîchères, on peut aussi admirer les terrasses qui s’appuient contre les flancs rocheux. Ici, les pieds de vigne sont en plein soleil et profitent encore de la réverbération renvoyée par les roches. En revanche, on peut imaginer que toutes les variétés de fruits ne peuvent pas être élevées dans de telles conditions. A l’automne, les vendangeurs prennent l’allure de montagnards grimpeurs lorsque les plus hauts ceps livrent leurs belles grappes dorées. Parfois, les brantes sont vidées dans des «toboggans» passant au-dessus d’une route, livrant ainsi la récolte à bon port!

En Provence, fleurs et légumes investissaient les terrasses

Chaque année, nous avons la chance de profiter de quelques semaines au bord de la Méditerranée et de résider proches de l’eau, au pied d’une forêt typique de la région. Adossées à cette forêt et ressemblant un peu à une large combe jurassienne pentue en forme d’arène demi-circulaire, les cultures de fleurs et légumes profitaient aussi d’un bel ensoleillement. C’était un feu d’artifice printanier très coloré que l’on pouvait découvrir lorsque les narcisses bouquets, les tulipes et autres plantes à bulbes fleurissaient les terrasses. Il devenait estival avec l’éclosion des œillets de Nice, des glaïeuls, des marguerites et immortelles qui composaient la culture florale locale.

À côté de ce grand bouquet de fleurs, les maraîchers mettaient en place les melons, les aubergines, les poivrons, les courgettes et les tomates pour les traditionnelles ratatouilles à manger froides ou chaudes. Dans les poêles parfumées à souhait par le duo incontournable ail et oignon, les couleurs des ingrédients légumiers ouvraient aussitôt l’appétit! Sur certaines petites restanques, les herbes de Provence avaient leur place et le basilic, acteur principal de la soupe au «pistou», le thym, le romarin, le persil et la ciboulette parfumaient l’atmosphère.

Ici, l’eau indispensable provient du Canal de Provence et permettait une irrigation nécessaire, aujourd’hui elle est souvent remplacée par l’arrosage goutte à goutte, ou aérien automatique. Malheureusement, ce petit paradis cultivé et étagé a presque totalement disparu. Beaucoup de cultures florales et maraîchères se font actuellement sous serres ou sous tunnels. Une grande partie de ces restanques sont abandonnées. Certes, le travail des cultivateurs d’ici était très pénible sur ces terrains pentus. Depuis plusieurs années déjà, les petites entreprises ont disparu, leurs propriétaires âgés sont en retraite et les enfants ont pris des directions professionnelles bien autres.

prise rurale locale

Alors, que deviennent ces terrasses? Pour la plupart, elles sont laissées à l’abandon et la nature sauvage a pris le dessus, certainement pour la satisfaction des adeptes de la biodiversité végétale.

En effet, en lieu et place des fleurs et légumes, le fenouil de la garrigue s’y rencontre partout. De jeunes arbustes en devenir ont pris place, issus d’un semis naturel fait par les oiseaux et le vent. Des pins, des mimosas quatre saisons, des figuiers et des amandiers poussent au milieu des herbes folles, le tout faisant un couvert assez dense pour la faune sauvage et le gibier. Alors, les faisans de lâchers des alentours sont souvent présents. On peut entendre régulièrement des coqs qui affirment leur dominance sur un secteur en chantant régulièrement le matin et le soir. On a pu parfois découvrir des compagnies de perdrix rouges piétant sur les murets comme si elles allaient faire leurs courses journalières! Un ou deux petits ruisseaux sortis de terre serpentent du pied de la colline jusqu’à la mer. Ils sont capables de gonfler leur débit lorsque les orages font rage, et emportent beaucoup de déchets végétaux sur leur passage. Leurs berges humides sont envahies de grands roseaux créant ainsi des haies naturelles protectrices du vent d’est ou du mistral, qui peuvent souffler violemment. Ces lieux humides abritent de grandes couleuvres de Montpellier.

Mais, on pouvait s’y attendre, les goinfres opportunistes que sont les sangliers ont investi la place. Toutes les nuits en mouvement et en recherche de nourriture, ils passent d’une restanque à l’autre et s’aventurent très près des résidences et des cabanons proches du bord de mer. Un potager bien arrosé et non clôturé électriquement devient un champ de mines lorsqu’ils s’y aventurent. Au petit matin, les indices de leurs passages sont très visibles sur les bords de la petite route qui mène au bourg. Lorsqu’ils fouissent le sol, des cailloux éjectés sur la bande de roulement peuvent se révéler dangereux pour les cyclistes en balade! On le voit, la nature a de la résilience, elle n’attend pas pour prendre ses quartiers partout où elle trouve de l’espace vital. Mais les animaux aussi sont toujours prêts à profiter de chaque opportunité pour se nourrir, pour se reproduire ou tout simplement trouver la tranquillité nécessaire à leur survie. C’est un cycle qui perdure sur notre terre et n’est pas près de s’éteindre, mais à condition que l’homme ne se comporte pas continuellement en conquérant égoïste!

Terres abandonnées convoitées

Le littoral méditerranéen est très prisé des touristes et estivants qui cherchent des hébergements face à la mer. Les promoteurs sont à l’affût de la moindre parcelle de terrain susceptible d’être déclassée et vouée à la construction. Jusque-là, les propriétaires terriens peuvent céder du terrain à un membre de la famille, mais pour autant que celui-ci le cultive s’il veut construire sa résidence.

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