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LA CHASSE AUX TROPHÉES EST-ELLE  UN  OUTIL DE  CONSERVATION ?

LA CHASSE AUX TROPHÉES EST-ELLE  UN  OUTIL DE  CONSERVATION ?
Largement controversée, la chasse aux trophées qui vient d’être interdite en Valais peut dans de nombreux cas jouer un rôle important dans la préservation de la biodiversité.
Texte et illustrations de Bernard Reymond

Lorsque des critères stricts sont respectés, la chasse aux trophées a tout son rôle dans la conservation de la biodiversité. Son apport financier permet aux communautés locales de donner la priorité à la conservation des habitats et de la faune sauvage plutôt qu’à l’élevage de bétail et l’agriculture extensive. Le WWF International affirme qu’une chasse aux trophées rigoureusement contrôlée peut être un outil de conservation efficace dans le cadre d’un large éventail de stratégies.

Un rapport de l’UICN a été réalisé lors de discussions européennes concernant les restrictions d’importation des trophées de chasse. La réponse des experts est nette: la supprimer provoquerait un sérieux déclin des populations d’animaux menacés et
emblématiques ! 

La Fondation SCI (Safari Club International) finance et dirige des programmes mondiaux consacrés à la conservation de la faune et de la flore sauvages. Ceux-ci concernent quarante-trois espèces dans plus de vingt-sept pays. De nombreuses sous-sections nationales du SCI soutiennent, localement, des projets de conservation et de lutte contre le braconnage. Cette organisation internationale, qui compte cinquante mille membres, a été créée en 1973 aux États-Unis. 

 

 

Un moteur économique

La chasse est dans de nombreux cas le moteur économique d’une conservation durable de la faune. Sans cette pratique si décriée, la grande faune pourrait avoir déjà disparu dans plusieurs pays. Les exemples présentés ci-après démontrent les bienfaits que peuvent générer une chasse au trophée bien encadrée.  

Fin 2015, 90 % des rhinocéros d’Afrique se trouvaient en Afrique du Sud et en Namibie. Uniquement 0,34 % et 0,05 % des rhinocéros blancs et noirs avaient été chassés. Depuis l’introduction de la chasse aux trophées, les populations de rhinocéros blancs n’ont fait qu’augmenter. Il restait 30 rhinocéros blancs sur le globe au début du XXe siècle pour plus de 21 000 aujourd’hui. Rien qu’en Afrique du Sud, 18 400 rhinocéros blancs ont été recensés alors qu’ils n’étaient plus que 1800 en 1968 ; 2520 rhinocéros noirs avaient été comptés en Afrique du Sud et en Namibie en 2004, alors qu’ils sont 3500 aujourd’hui.

L’exemple de Gulzat en Mongolie a démontré qu’une chasse aux trophées très encadrée permet une augmentation des populations d’argalis plus conséquente que lorsque la gestion est confiée aux communautés locales. La réhabilitation de la chasse aux trophées a permis de doubler le cheptel d’une espèce tout en ramenant des bénéfices financiers très importants. En levant l’interdiction de la chasse en 2010, le tir de 12 argalis a amené 123 000 dollars localement alors même que la population de l’argali a doublé.

La population du mouflon d’Amérique du Nord a connu une grande diminution lors de la colonisation euro-américaine, avec l’augmentation de l’élevage de bovins ainsi qu’une chasse non contrôlée. De 1 million en 1800, il ne restait que 25 000 animaux en 1950. Aujourd’hui 80 000 mouflons ont été recensés, et 100 millions de dollars issus des taxes de chasse et de dons de chasseurs ont permis la mise en réserve de milliers d’hectares qui ont aussi été bénéfiques à d’autres espèces. Les ventes aux enchères des droits de chasse du mouflon d’Amérique rapportent 350 000 dollars par an: 70 % sont consacrés à la conservation du mouflon et 10 % à d’autres espèces sauvages.

Au Zimbabwe, la chasse aux trophées a toujours été un des moteurs de la conservation de la faune sauvage.
Elle représente une alternative à l’élevage de bétail et profite aux espèces comme les éléphants, les rhinocéros, les lions, etc. Le Conservatoire de la vallée de la Savé (344 000 ha) a été créé en 1990 par des éleveurs de bétail qui ne voyaient plus ces espèces. Aujourd’hui 1500 éléphants d’Afrique, 117 rhinocéros noirs et 43 rhinocéros blancs ainsi que 280 lions et plusieurs meutes de chiens sauvages africains ont été dénombrés. Une des zones cynégétiques rapporte environ 600 000 dollars par an et emploie 120 locaux à temps plein. 

En 1990, la faune sauvage était considérée par de nombreux résidents namibiens comme un obstacle à leur
subsistance (destruction des cultures et de certaines infrastructures ainsi qu’attaques de bétail et d’hommes). Aujourd’hui, 82 conservatoires communaux couvrent 162 033 km2 et abrite plus de 184 000 personnes engagées dans la conservation (y compris les communautés indigènes et tribales). Sans les revenus de la chasse aux trophées, la plupart des organismes de conservation seraient incapables de couvrir leurs coûts de fonctionnement. 

Au Pakistan, l’apport de la chasse aux trophées aux communautés locales (santé, enseignement, préservation) a été évident. Constatant le déclin du markhor de Suleiman (moins de 100 animaux) et de l’urial afghan (environ 200), et devant le manque d’implication du gouvernement, les dirigeants locaux ont proposé à leurs tribus de renoncer à la chasse et de devenir gardes-chasse. Le projet a été financé par la chasse aux trophées réservée aux chasseurs étrangers. Entre 1986 et 2012, sur un territoire de 1000 km2 peuplé de 4000 âmes, la chasse de ces deux espèces a généré près d’un demi-million de dollars pour le gouvernement provincial et 2 712 800 dollars pour la communauté locale (salaires de 80 gardes-chasse, projets communautaires, etc.). En 2005, 2540 urials ont été dénombrés et 3500 markhors en 2012.
Au Tadjikistan, en 2004, des chasseurs locaux traditionnels ont décidé de protéger les quelque 300 markhors restants du braconnage. Ils ont créé des petites sociétés de conservation communautaires financées par les revenus de la chasse aux trophées (100 000 dollars pour tuer un markhor). Aujourd’hui, quatre sociétés de conservation communautaires (trois entreprises familiales et une ONG communautaire) assurent la gestion durable des populations. En 2014, 1300 markhors ont été dénombrés.

Des centaines d’ours sont chassés dans le nord du Canada pour la subsistance et les trophées (viande dédiée aux locaux). Plusieurs communautés indigènes proposent des chasses aux trophées de l’ours polaire, les quotas sont stricts, et décidés en fonction de l’état des populations. Les ours à tirer sont répartis entre les chasseurs traditionnels et les chasseurs de trophées encadrés par des guides. L’interdiction de l’importation de ces trophées dans certains pays a occasionné une perte économique importante pour les Inuits, sans pour autant diminuer le nombre d’ours prélevés. Un séjour de chasse aux trophées rapporte entre 20 000 et 50 000 dollars aux organisateurs locaux. La moitié est destinée aux communautés. Pourvoyeurs, guides et assistants inuits sont les principaux bénéficiaires de ces chasses.

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