En réunissant fin mars tous les acteurs concernés et intéressés à la question des corridors faunistiques pour un congrès, l’association Pro Natura a souhaité favoriser la communication entre les aménagistes, praticiens et décideurs afin d’inverser la tendance de la fragmentation du territoire. Comme nous l’évoquions dans notre numéro de janvier, la faune paie un lourd tribut à la route. Vingt mille grands animaux meurent chaque année des suites d’accidents avec le trafic. Et ce chiffre ne compte pas les batraciens, reptiles, petits mammifères, etc.

Morcelage

En Suisse, en moyenne, chaque kilomètre carré du territoire national est entrecoupé par 2,7 kilomètres de routes. Sur le Plateau, ce chiffre monte jusqu’à 7 kilomètres. Cette réalité, en plus de la problématique des accidents, limite les déplacements des espèces, augmente la vulnérabilité de certains groupes et favorise la consanguinité. La fragmentation est une des raisons du recul des espèces, et les corridors faunistiques sont une des solutions pour limiter l’impact de nos voies de transport.

Si ce sujet est pris en considération depuis les années 70, ce n’est qu’au début des années 2000 que la question a véritablement été ancrée, suite à un arrêté du Tribunal fédéral, dans l’aménagement du territoire. En 2003, l’OFROU s’est engagé à construire quarante projets. Une dizaine d’années plus tard, le constat n’était pas très réjouissant. Le bâti augmente trop vite par rapport à l’aménagement, et les corridors passent souvent au second plan.

Par ailleurs, les infrastructures sont souvent mal entretenues ou considérées, et un important travail de suivi doit être réalisé sur ce qui existe. Certains passages sont par exemple encombrés pour le stockage de matériel agricole, à l’abri des intempéries, une situation qui limite clairement le passage des animaux.

Plusieurs moyens

Mais dans ce domaine, les solutions simples n’existent pas, et il y a une véritable complexité politique pour intégrer ces couloirs dans l’aménagement du territoire. Le comportement des animaux n’est pas standard selon les endroits. Il apparaît par exemple que les cerfs se sont très bien accommodés d’une route dans une zone de la campagne genevoise, et qu’à Soleure, dans une configuration similaire, ils créent régulièrement des accidents. L’attractivité de ces passages est également difficile à prévoir. Car si ces couloirs permettent à une espèce de traverser, il faut savoir si celle-ci sera motivée à le faire à cet endroit. La question de la continuité doit soigneusement être étudiée, ce qui fait parfois défaut.

Ce que les intervenants et participants du congrès ont surtout retenu, c’est qu’il n’y a pas de solution unique pour ces passages, mais un choix de mesures qui doivent être utilisées en fonction des paramètres d’un site ou d’une région. La coordination avec tous les acteurs du territoire est essentielle lorsque des projets sont envisagés. Des approches pluridisciplinaires doivent être faites pour garantir des aménagements qui satisfassent tout le monde. Il est arrivé que des dizaines de millions soient dépensés pour faire un pont, qui n’était au final pas utilisé par les animaux.

Dossier prioritaire

«Il est urgent d’agir», a déclaré Sara Wehrli de Pro Natura, en faisant référence à l’inertie qui existe encore sur ces dossiers. La Confédération et les Cantons sont responsables de ces aménagements, et la nouvelle Loi sur la chasse comporte plusieurs éléments qui doivent favoriser l’amélioration de la situation actuelle. Gageons que cette rencontre favorise les projets, et une meilleure coordination entre les acteurs du territoire.

Texte Vincent Gillioz, photo Pro Natura

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