Trompes et chasse, binôme indissociable
Si le son des trompes de chasse nous est à tous familier, peu de chasseurs connaissent leurs origines et leur pratique. Diana, chasse et nature vous propose d’en apprendre plus sur cet instrument incontournable des cérémonies de chasseurs.
Texte Vincent Gillioz avec les Trompes du Pays de Fribourg
Lorsqu’on entend les trompes de chasse pour la première fois, on se demande comment on peut faire de la musique avec un seul grand tube de cuivre, sans pistons ni coulisse. C’est justement ce qui fait toute la richesse de l’instrument, à la fois simple dans sa forme et extraordinairement exigeant dans sa pratique.
La trompe de chasse est un instrument à vent de la famille des cuivres. Le son est produit par la vibration des lèvres du musicien, qu’on appelle un sonneur, dans une embouchure métallique. Cette petite pièce, dans laquelle on pose les lèvres, est essentielle : c’est elle qui met l’air en vibration et donne vie à la colonne d’air. Le pavillon, lui, amplifie et colore le son, d’où cette résonance si puissante et caractéristique, capable de porter à plusieurs kilomètres en extérieur. Cette vibration met en mouvement la colonne d’air à l’intérieur du long tube en laiton, d’environ 4,5 mètres de long, enroulé sur trois tours et demi. Comme il n’y a pas de mécanisme pour changer la longueur du tube, seules ces harmoniques sont disponibles : environ 13 notes distinctes dans la tonalité de ré.
Ainsi, la trompe fonctionne entièrement grâce au souffle, à la technique labiale et à l’oreille musicale du sonneur : un équilibre entre maîtrise physique et justesse acoustique.
Elle peut produire un son très puissant – jusqu’à 115 décibels – et sa tessiture couvre près de trois octaves et demie.
La trompe est le seul instrument français où le musicien tourne totalement le dos au public. Sonner en formation exige un placement précis : les sonneurs sont alignés sur deux rangées en formant un V, la trompe légèrement tournée vers l’intérieur afin d’obtenir une convergence du flux sonore.
Aux origines : un instrument de communication
Dès l’Antiquité, on utilise des cors et des trompes naturelles pour donner des signaux : à la guerre, dans les cérémonies ou à la chasse. Ces instruments étaient faits de bois, d’ivoire, de corne ou de métal, selon les régions et les époques. Leur fonction première était ainsi utilitaire : ils servaient à avertir, rassembler ou signaler.
Au Moyen Âge, les chasseurs emploient déjà des instruments proches de la trompe, mais c’est vraiment au XVIIᵉ siècle que l’histoire de la trompe de chasse telle qu’on la connaît commence à s’écrire.
C’est à la cour du roi Louis XV que la trompe connaît son essor. Un homme en particulier marque cette époque : le marquis de Dampierre, musicien, compositeur et grand veneur. C’est lui qui codifie les premières fanfares et fait de la trompe un instrument à la fois fonctionnel et musical.
Les fanfares de Dampierre servaient à rythmer la chasse, et chaque signal correspondait à un moment précis : le départ, la vue, la mort de l’animal, la curée, etc. On distinguait ainsi les fanfares d’animaux, les fanfares de circonstances (le départ, la vue, la curée, le retour de chasse) ou encore les fanfares d’honneur. À cette époque apparaît la trompe Dampierre, plus longue et plus puissante que les modèles précédents. Elle devient un symbole de prestige à la cour de France et son usage s’étend peu à peu aux grandes maisons nobles d’Europe.
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