Depuis le début de l’année, l’emploi des silencieux par les chasseurs est désormais légal en France. Ces réducteurs de son peuvent ainsi être utilisés pour la chasse en battue ou en approche. Ces dispositifs, dont l’accès est soumis à des autorisations cantonales exceptionnelles en Suisse, seront-ils aussi bientôt autorisés dans notre pays? Cette question était sur toutes les lèvres, le jeudi 12 avril, à l’occasion d’une démonstration menée près de Kandersteg (BE) en présence de représentants de l’Office fédéral de l’environnement, et de la Caisse nationale d’assurance en cas d’accidents (Suva).

«Je veux lancer le débat, car des pays changent leurs législations partout en Europe», lâche d’emblée Stephan Schneider, à l’origine de cette présentation. Le Bernois est concerné à double titre, tout d’abord en tant que chasseur, puis comme médecin spécialiste en otorhino-laryngologie, par la question des nuisances sonores causées par les armes de chasse. Il voit ainsi chaque année défiler dans son cabinet à Thoune de nombreuses personnes souffrant de lésions de l’audition irréversibles, conséquences indésirables d’années de pratique de la chasse. «Il faut que ça cesse», tranche l’organisateur, qui estime que l’ouïe des chiens et des personnes se trouvant à proximité méritent aussi d’être protégée.

Une éventuelle autorisation des silencieux, notamment dans les stands de tir, n’est pas un sujet nouveau en Suisse. Interpellé sur la question en fin d’année 2016 par le conseiller national Jean-Luc Addor (UDC/VS), le Conseil fédéral refusait alors toute entrée en matière. En substance, le collège gouvernemental mettait en avant la possible utilisation criminelle des modérateurs de son et le fait que l’usage de tels dispositifs étouffe presque complètement la détonation, rendant difficile la localisation du tireur. Des arguments que Stephan Schneider bat en brèche. «Tout cela tient d’un mythe digne de James Bond», assène-t-il. Selon le médecin ORL, les silencieux n’ont qu’un effet réduit sur les déflagrations produites par les armes. Si un coup dégage gé-
néralement une charge sonore de 150 à 180 décibels, un réducteur de son n’entraîne qu’une perte de 20 à 30 décibels.

Cette baisse peut sembler peu significative, à tort. En effet, exposer ses oreilles à une énergie sonore dépassant les 140 décibels entraîne des lésions auditives irréversibles. «C’est en fait une grosse différence, surtout du point de vue de la protection de la santé, confirme Heinz Waldmann, ingénieur de sécurité et acousticien auprès de la Suva. Une diminution de l’énergie sonore de 30 décibels correspond à une réduction d’un facteur de 1000.»

A la question de savoir si des silencieux achetés par des chasseurs pourraient être détournés à des fins criminelles, Stephan Schneider oppose un rapport de l’Office fédéral allemand de police criminelle de 2013. «Il y est dit que l’autorisation des réducteurs de son n’a eu aucun impact en matière de criminalité», souligne le nemrod, avant de présenter une liste de pays ou d’états ayant autorisé les modérateurs de son. A la France s’ajoutent également la Finlande, la Norvège, l’Autriche, la Pologne, l’Estonie et neuf Länder allemands sur seize.

La Suisse pourrait être la prochaine sur la liste, comme l’espère Peter Zenklusen. «Nous allons profiter de la prochaine révision partielle de la Loi sur la chasse au Parlement, laquelle devrait aboutir en 2019-2020, pour insister sur cette thématique», assure le vice-président de ChasseSuisse. Cette attente risque toutefois de mettre la patience de Stephan Schneider à rude épreuve. Dans l’intervalle, le chasseur a déjà sollicité une autorisation pour obtenir un silencieux, en vue de l’utiliser en France ou en Autriche.

 

Texte et photos Vincent Bürgy

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