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Faire face au keiler

Faire face au keiler

Chargé par un énorme keiler lors d’une battue au sanglier en Tunisie, Laurent Martignoni ne doit son salut qu’à son sang-froid et à plus de soixante années d’expérience cynégétique. Un épisode spectaculaire qui rappelle que, face à un vieux solitaire, tout peut basculer en une fraction de seconde.

Texte de Vincent Gillioz

 

À 88 ans, Laurent Martignoni aurait pu décider que les grands voyages de chasse appartenaient au passé. Le chasseur valaisan, fort de plus de soixante permis, a pourtant accepté de repartir en Tunisie avec son ami neuchâtelois Jean-François Sunier. Une décision qu’il ne doit pas seulement à sa passion…

« Je me disais que ce genre de séjour n’était peut-être plus pour moi, raconte-t-il en souriant. Mais, lors d’un apéritif, alors que le prochain voyage était évoqué, Francine Sunier (épouse de Jean-François) m’a simplement dit : “Tu es en forme, pourquoi ne partirais-tu pas avec eux ?” Et comme je fais toujours ce que me demandent les femmes, j’ai accepté. »

Ainsi, une équipe composée de Jean-François, de ses fils Sébastien et Cédric, de Laurent et de son fils Didier, et de quelques amis fidèles, organise un séjour durant l’hiver 2025.

Des battues hors du commun

Pour Jean-François Sunier, ancien président de la Fédération des chasseurs neuchâtelois (FCN), ces séjours sont bien plus que de simples voyages de chasse.

« Cela fait vingt-cinq ans que je chasse là-bas plusieurs fois par année. Nous sommes installés près d’Aïn Draham, dans le nord de la Tunisie, à proximité de la frontière algérienne. Gérard Contestable, un ami qui a vécu sur place plus de cinquante ans, organise ces séjours avec moi. Il ne s’agit pas d’une activité commerciale, mais de voyages entre amis où chacun partage les frais. Nous ne sommes jamais plus de huit chasseurs. Notre plaisir est de faire plaisir à ceux qui nous accompagnent ! »

En Tunisie, le sanglier prospère. Son statut de gibier haram lui assure une certaine tranquillité, si bien que les populations sont particulièrement abondantes. Les chasseurs européens participent aujourd’hui à leur régulation tout en générant des revenus appréciables pour les habitants.

« Les rabatteurs gagnent en une journée l’équivalent d’une semaine de salaire. Forcément, ils sont heureux de nous accueillir. »

Les battues y sont restées authentiques. Les chiens appartiennent aux villageois. Pas de lignées prestigieuses ni de longues séances de dressage. « Ils chassent par instinct… et aussi parce qu’ils ont faim. Les campagnes sont pauvres, et les chiens ne sont pas toujours bien nourris. Ce sont des bâtards, mais ils sont incroyablement efficaces. »

Cette efficacité a toutefois un prix. Les grands keilers ne se rendent jamais sans combattre, et les chiens paient parfois un lourd tribut. Jean-François s’est d’ailleurs fréquemment reconverti en vétérinaire, et il est équipé pour recoudre les fidèles compagnons malmenés lors d’altercations.

« Lorsqu’un sanglier est au ferme, seuls deux d’entre nous savent intervenir. Les autres restent à distance. Ici, contrairement à beaucoup de territoires européens, il est possible de fermer complètement la traque. Quand l’animal n’a plus d’issue, il ne lui reste qu’une solution : charger dans le tas, qu’il s’agisse d’humains ou de chiens. Et on ne parle pas de bêtes de 40 kilos… »

 

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