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Coutelier d’art, le goût du tranchant

Coutelier d’art, le goût du tranchant

Chasse, pêche ou cuisine, il y en a pour tous les goûts chez Stéphane Anken. Les couteaux de cet artisan passionné de forge sont uniques. Qu’ils soient pliants, fixes, longs ou finement dessinés dans la masse de la lame, en acier damassé, feuilleté composé de 250 couches, toutes ses créations sont issues du feu et de la passion de Stéphane.

Texte et photos de Jean-Guy Python

En allant à la rencontre d’un forgeron, on pense arriver dans le repaire de Vulcain. On imagine pénétrer dans un environnement de feu d’enfer, où fumerolles et braises incandescentes rougeoient et tournoient au-dessus de vos têtes avant d’éclater en confettis pétaradants à vos pieds… Eh bien, il n’en est rien !

En poussant la porte de la Forge du Morget à Etoy, l’endroit clair et spacieux fait penser à un atelier de mécanique rangé tip top !

Dans l’âtre, un tas de braises se consume dans un creuset sécurisé fait de maçonnerie réfractaire et surmonté d’une hotte. A côté, à moins d’un mètre, l’enclume bigorne est posée sur un billot de bois cerclé. Elle est prête à résister aux coups répétés du marteau qui donneront leur forme aux lames rougies dans le foyer. L’antre de Vulcain est une zone lumineuse et agréable.

C’est aussi l’atelier de Stéphane Anken. Ce Morgien de 40 ans est devenu forgeron par passion, coutelier d’art par envie, et créateur par goût. « Devenir professionnel a été pour moi un vrai concours de circonstances, mais je pratiquais la forge depuis plus de vingt ans déjà comme passion. Sur le plan professionnel, ça a été un vrai changement de vie. Et la quarantaine venue, je me suis dit que c’était le moment ou jamais de vivre de ma passion. »

Reconversion professionnelle

Stéphane Anken n’a pas toujours frappé l’acier et donné forme à des lames de couteau. Il a eu une première vie… dans la publicité : « A la base, je suis planificateur media. J’ai travaillé pendant seize ans dans une agence de publicité, dans le conseil et l’achat d’espaces publicitaires.

Mais depuis mon adolescence, j’ai toujours pratiqué la forge à côté de mon métier. Il y a deux ans, j’ai quitté mon travail en agence parce que j’en avais fait le tour et que j’avais envie de voir autre chose.

Le jour suivant ma démission, ma femme m’a annoncé qu’elle était enceinte. J’ai profité d’un congé paternité pour déménager mon matériel de forge aux Ateliers de la Côte. Dans ce nouvel endroit, j’avais la possibilité de faire venir des gens, de transmettre cette passion, et grâce au soutien inconditionnel de mon épouse, je me suis lancé. On était en 2018. » Depuis, les commandes ne cessent d’affluer pour cet artisan inspiré. Couteaux de cuisine, de style santoku, couteaux pour la chasse, la pêche, couteaux fixes ou pliants, les modèles sont divers et les manches variés. Bois de rose, hêtre échaudé et stabilisé, plaquette en genévrier ou en corde, ébène noir et gaïac, plaquette en cade, les manches et gardes sont multiples et nobles. Après un premier ballon d’essai quelques années plus tôt, Stéphane a même participé l’année dernière à la bourse aux armes de Lausanne, avec succès. Nombreux étaient les chasseurs, pêcheurs et amateurs divers à se bousculer devant son stand : « Pour moi, c’était une opportunité de voir comment cette bourse avait évolué. »

Du hobby au métier

Se lancer comme ça pour former l’acier et donner libre cours à son inspiration coutelière, sans apprentissage ni papier de forgeron, ce n’était pas un peu gonflé ?

« En fait, j’étais déjà forgeron depuis longtemps. Dès l’adolescence, j’ai été attiré par la forge. J’ai toujours beaucoup bricolé parce que j’avais la chance d’habiter dans une maison où mes parents avaient un établi et pas mal d’outils. J’avais essayé la sculpture sur bois à cette époque, mais je n’arrivais pas à trouver les outils pour réaliser mes sculptures. J’ai donc commencé à les forger moi-même. J’ai fabriqué une forge et j’ai façonné ma première gouge, j’avais 15 ans. Après, j’ai forgé des couteaux, grâce à des exemples de couteaux scandinaves que j’ai trouvés sur internet, ça m’a beaucoup inspiré. Je les fabriquais devant le garage de mes parents, le samedi matin – au grand bonheur de mes voisins qui ont dû apprendre à apprécier le son de l’enclume.

Lorsque je me suis lancé comme professionnel en 2018, j’avais déjà une vingtaine d’années d’expérience, emmagasiné des sommes de technique, je ne partais pas comme ça de rien. J’avais les outils, j’avais l’endroit, un certain savoir-faire, un bon bagage. Le pas que j’ai vraiment franchi, c’était de faire de mon hobby mon métier !

J’ai appris en allant travailler chez d’autres forgerons et en échangeant beaucoup. J’avais une bonne technique, et déjà une clientèle. Depuis neuf ans, je participe au Salon des couteliers à Vallorbe et je vois que mes créations plaisent et qu’elles se vendent plutôt bien. Je ne suis pas parti dans l’inconnu. »

À chaque besoin son couteau

Est-ce que vous travaillez l’acier différemment pour un chasseur que pour un cuisinier par exemple ?

« Je travaille principalement sur commande, donc les clients me transmettent leurs souhaits. On discute du projet ensemble. Un chasseur voudra plutôt un couteau pour casser la croûte, découper le saucisson ou la viande séchée, tandis qu’un autre voudra spécifiquement une pièce pour vider une bête qu’il aura tirée. Dans ces deux cas, le cahier des charges n’est pas tout à fait pareil. Alors on échange. Je les questionne sur leurs besoins, de façon à être le plus proche possible de l’utilisation qu’ils en auront. En comparaison, pour un couteau de cuisine, on va travailler principalement sur la géométrie de la lame. Je vais tenir compte du genre de choc que le couteau subira et du travail qui lui sera demandé. Pas trop fragile, plus robuste pour certains. D’autres veulent un couteau très effilé pour de la découpe. En résumé, j’aime beaucoup partager avec le client sur l’utilisation finale, parce que ça définit bien le design de base et la dimension de l’objet. La seule limitation existante, c’est la loi, qui détermine la longueur du couteau et l’aspect de la lame (les dagues et les doubles tranchants sont interdits), de façon à ce que ça ne devienne pas une arme. »

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