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Christine Cavalera: contribuer au maintien du pastoralisme

Christine Cavalera: contribuer au maintien du pastoralisme

Biologiste, éthologue, spécialiste de la protection des troupeaux, Christine Cavalera prodigue depuis presque vingt ans des conseils et du soutien aux éleveurs ovins valaisans mis sous pression par la présence du loup dans les alpages.

Texte et photos de Vincent Gillioz

« Petite, je voulais devenir vétérinaire raconte la jeune cheffe d’entreprise originaire de Vétroz. J’ai suivi ma vocation, et j’ai fait deux ans d’études à Berne. Mais j’ai compris que je n’avais affaire qu’à des animaux malades, et que quand ils étaient rétablis, je ne les voyais plus. J’ai donc compris que la perspective de ce métier ne correspondait pas à mes attentes, et j’ai changé de voie. J’ai fait une licence en biologie et éthologie à l’Université de Neuchâtel. Mon travail portait sur des animaux en bonne santé, ce qui était plus proche de mes envies. »

Faune et chasse

Elle termine son diplôme en 2001 avec un mémoire consacré au mouflon du Valais, un projet qui la rapproche du Service de la chasse, qu’elle rejoint pour étudier les populations de bouquetins. En 2003, c’est le Service de l’agriculture du même canton qui la recrute pour s’occuper de la biodiversité et de la protection des troupeaux. « Le loup n’était pas là depuis très longtemps, mais les éleveurs ont commencé à être confrontés à des attaques. Il y a eu le val Ferret, puis le Haut-Valais et rapidement pas mal de travail à réaliser pour conseiller et soutenir les éleveurs qui ont dû s’adapter à cette contrainte. À cette occasion, nous avons collaboré avec nos voisins français, italiens et allemands, pour profiter de leurs expériences. C’était très intéressant, mais on peine parfois à profiter des leçons qu’ont tirées d’autres pays avant nous. »

Issue d’une famille de chasseurs, Christine Cavalera passe son permis de chasse en 2005. « Il y a bien sûr le fait d’avoir eu des parents nemrods, mais mon passage au service a également contribué à me motiver pour le permis. » Elle n’a d’ailleurs pas modéré son intérêt pour la question cynégétique, puisqu’elle participe depuis 2017 à la formation des jeunes chasseurs valaisans en enseignant l’écologie aux candidats.

Elle passe treize ans au service de l’agriculture, et observe l’expansion du prédateur corrélée à l’augmentation des problèmes pour les éleveurs. « Au début, mon travail consacré à la protection des troupeaux allait de mi-juin à septembre. Et au fil des ans, le sujet m’a occupée de plus en plus, tout au long de l’année. » Pour diverses raisons, elle quitte le service public en 2016, et rejoint un bureau privé où elle prend la responsabilité du département « environnement ». Elle réalise plusieurs projets de renaturation et d’aménagement, tout en gardant un œil sur la question de l’élevage, qui la passionne véritablement.

Retour aux sources

Au début de cette année à la faveur « d’un alignement de planète », elle se met à son compte, et ouvre un bureau de conseils avec deux associés. Elle reprend la charge de la protection des troupeaux pour le Service de l’agriculture du Valais, mais sous forme de mandat. « Avec AgriGroupe, j’ai pu recommencer à travailler avec les éleveurs. Il y avait un manque dans la partie francophone du canton, et la personne qui m’avait succédé en 2016 ne pouvait plus couvrir tout le Valais. » Christine Cavalera continue à s’occuper de toutes les questions liées à la biodiversité dans l’agriculture. « C’est intéressant, ça me permet de travailler dans plusieurs domaines. Je dois mettre pas mal de choses en place pour que les procédures fonctionnent, mais les choses se passent bien. Je connais les éleveurs et les gardes-chasses, avec qui je travaille en étroite collaboration. »

Parmi ses tâches, l’entrepreneuse remet à jour les données spécifiques à chaque alpage afin de déterminer leur statut de protection et ce qu’il faut faire en cas d’attaque de loup. « Il y a des critères pour dire si un site est protégeable, avec ou sans infrastructures, ou non protégeables, explique-t-elle. Aujourd’hui, selon une étude réalisée sur cent cinquante alpages, 15% sont considérés comme protégeables, 60% le sont moyennant des infrastructures plus ou moins importantes, et 25% ne le sont simplement pas. Ce sont ceux qui sont isolés, qui n’ont pas d’accès, et qui ne permettent pas raisonnablement la mise en place de filets de sécurité et de parcs nocturnes, ainsi que de chiens de protection. Ces alpages vont probablement disparaître. »

Redonner peur

Sur la question de la présence du loup, Christine Cavalera ne porte pas de jugement. Elle constate simplement que la surprotection de l’animal est incohérente. « On sait que les mesures de protection finissent toujours par être contournées par l’animal. Les chiens de protection sont une fausse liberté. C’est une grosse contrainte pour les éleveurs, et ça pose de nouveaux problèmes, notamment avec les randonneurs. Le Valais est un canton touristique, on ne peut pas lâcher des chiens dans la nature comme ça, en espérant que tout va bien se passer. Nos voisins l’ont bien compris. C’est absurde de vouloir complètement protéger les loups. Il faut leur redonner la crainte de l’homme en prélevant de temps en temps un jeune qui commence à « disperser », qui quitte doucement la meute. Ça donne un signal fort aux autres. C’est une réalité que l’éthologie confirme. Je ne prône en aucun cas l’éradication, mais simplement une saine gestion pragmatique. »

Ce qui la met hors d’elle, ce sont les donneurs de leçons qui ne sont pas sur le terrain. « Les éleveurs sont fatigués d’être toujours critiqués par des gens qui ne connaissent pas leur job, par des citadins qui n’ont aucune idée de leur quotidien. Ils se sentent abandonnés, et je les comprends. La réalité, c’est qu’il va y avoir de plus en plus d’alpages désertés, ce qui est paradoxal dans un monde où on nous parle de consommer local et durable. »

Mettre sa pierre

Mais Christine Cavalera reste optimiste, et malgré un avenir pas forcément radieux pour l’élevage de montagne, elle déclare adorer son travail. « Si je peux apporter ma petite pierre à l’édifice du maintien du pastoralisme, ça me va très bien. J’espère vraiment que le peuple votera en faveur de la révision de la Loi sur la chasse. Je pense que ça donnera un signal aux éleveurs qui se sentiraient enfin soutenus. » Pour le reste, elle déplore évidemment la mauvaise foi de certains milieux qui refusent de voir la réalité en face et qui dénigrent systématiquement ce qui est entrepris pour garantir une meilleure cohabitation. « C’est énervant et lassant. Mais je travaille avec des gens qui ont énormément de bonne volonté. Nous avons tissé des liens forts avec certains éleveurs. Et je crois que je suis appréciée dans le milieu, même si ça a pris un peu de temps. »

Engagée depuis peu en politique en vue des élections communales, Christine Cavalera est également investie dans le comité de campagne valaisan pour le OUI à la révision de la Loi sur la chasse.

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