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Olivier Grieb : force primitive et gestes simples

Olivier Grieb : force primitive et gestes simples

Dans une ancienne filature située au bord de la Venoge, Olivier Grieb donne vie à des pièces uniques, des objets longuement travaillés, arcs droits semi-longbow, à double courbure, arcs hybrides et arcs de chasse (Bowhunter). Rencontre avec un passionné.    

Texte et photos de Jean-Guy Python

Rapidité – souplesse – esthétisme : toutes ces qualités sont hautement recherchées par le facteur d’arcs de La Sarraz (VD). L’arc est un instrument qui vous remet en question à chaque flèche. Et pour un facteur d’arcs, cette phrase pourrait résumer l’essence même de son travail. Fabriquer un arc est au-delà du simple geste technique. Il faut choisir la belle pièce de bois dans la forêt, la débiter, puis la travailler consciencieusement et précautionneusement, un peu comme le ferait le luthier pour un violon.

On le voit tout de suite, la confection d’un arc est pour Olivier une sorte de sacerdoce. Il y a toute une liturgie, un parcours initiatique qu’il convient de comprendre si l’on veut accéder à ce métier particulier. « Je suis tireur à l’arc, c’est une discipline qui me passionne. Un arc est un bel objet, un objet d’art, très compliqué à fabriquer parce que ce n’est pas un objet statique, mais dynamique. On compose, on empile, on colle différents bois précieux pour donner naissance à un arc avec de bonnes performances. Il y a donc beaucoup de contraintes dans la fabrication, d’ordres technique et mécanique. On pourrait le comparer à la fabrication d’un instrument de musique. Cette somme de défis m’intéresse au plus haut point, dans ce travail particulier du bois. Il faut choisir un arbre, un if par exemple, le couper, le débiter en plateaux puis le faire sécher durant de nombreuses années et, par la suite, on va redonner vie à cette pièce de bois. C’est un peu comme une renaissance », détaille Olivier Grieb.

« Dans la facture d’arcs, il faut bien différencier les longbows, qui étaient faits directement dans un chevron ou dans une branche, et les modernes, qui n’ont rien à voir en termes de fabrication. Pour les versions actuelles, on utilise la technique du lamellé-collé et on travaille aussi avec des matériaux qui sont plus contemporains, tels que le carbone ou la fibre de verre qui vont améliorer les performances. Un arc actuel, issu du savoir-faire d’un facteur d’arcs, va garder sa force, sa puissance et son élasticité pendant plusieurs années, en fonction évidemment de la manière dont il a été construit », raconte Olivier.

Comment en est-il arrivé à choisir ce métier particulier et assez exclusi ?

« Le tir à l’arc est profondément lié à l’enfance, ancré dans l’inconscient collectif. J’étais comme les autres enfants, j’étais passionné de nature, tout le temps dans les bois, je construisais des cabanes, je pêchais à la ligne, forcément j’ai donc aussi construit mes petits arcs en noisetier avec de la ficelle.

Devenu adulte, j’ai vu que ce métier existait aux Etats-Unis et en France, et je me suis renseigné pour l’apprendre. Je me suis formé chez Jean-Marie Coche, ce précurseur du métier de facteur d’arcs en France, qui avait son atelier dans la Drôme.

J’ai vraiment un parcours atypique. Au départ, j’ai fait un apprentissage de mécanicien-électricien, puis j’ai travaillé dans cette branche. Plus tard, j’ai repris des études et, à un moment, j’ai rencontré Jean-Marie Coche, ce professeur de tir à l’arc unique au monde. Facteur d’arcs d’exception, homme généreux, disponible et d’une pédagogie à toute épreuve, il était mon maître de tir à l’arc et il m’a formé dans la facture d’arcs dès 1999 », poursuit l’artisan de La Sarraz.

A l’entendre résumer ainsi son parcours professionnel, on ne résiste pas à lui demander s’il est plutôt Robin des Bois ou Cochise… 

« Aucun des deux, c’est important de sortir des schémas. Mais l’archerie, ce n’est pas forcément que Robin des Bois ou les Indiens. C’est ce qu’on connaît de l’archerie, mais c’est loin d’être exemplaire, parce que les Indiens fabriquaient des arcs qui étaient liés à leur culture, à leur continent et à leur utilisation quotidienne. En revanche, en Asie, au Japon ou au Moyen-Orient, on fabriquait des arcs bien plus complexes.

Il ne faut pas oublier qu’au départ, c’est une arme de guerre, qui sert à tuer. Elle servait à conquérir dans les grandes batailles. C’était aussi une arme de chasse prévue pour les grandes étendues.

Plus tard, cette activité est devenue un sport d’aristocrates. À la cour de France ou à la cour d’Angleterre, les nobles tiraient à l’arc. »

Arme de chasse certes à l’époque, mais de nos jours, est-ce que des amateurs chassent à l’arc ?

« Disons-le tout de suite, en Suisse, c’est interdit. Mais en Europe, il y a des gens qui le font. C’est même très en vogue et il y a de plus en plus d’adeptes. Mais il faut bien différencier les chasseurs à l’arc encore actifs dans les peuples traditionnels vivant dans les forêts, comme en Amazonie ou en Papouasie, et les Occidentaux qui s’adonnent à ce sport dans des pays où il est autorisé. En Europe, à ma connaissance, c’est le cas. En France par exemple, si vous avez un permis français d’arme à feu, et en suivant un cours spécifique à la discipline, vous pouvez chasser à l’arc.

Certaines chasses à l’arc sont pratiquées dans des parcs spécifiques, sorte de réserves où les animaux sont en semi-liberté dans de grands territoires délimités par des clôtures. Et les archers-chasseurs peuvent évoluer dans ce contexte. Mais elle est principalement pratiquée en nature, sur le petit et le gros gibier », raconte encore Olivier.

Dans la chasse à l’arc, on pratique le tir instinctif. Quelle est la différence avec le tir sportif sur cible ?

« La différence entre les deux disciplines réside tout d’abord dans le choix des arcs : arc à viseur ou arc traditionnel, puis dans la technique de tir (posture, gestuelle, armement, respiration, visée et décoche) qui diffère beaucoup entre les deux.

Dans le tir à l’arc, il y a une fédération qui gère tous les tireurs. Ils sont homologués et utilisent plusieurs sortes d’arcs. En concours olympique, la discipline la plus connue, c’est le Recurve (arc recourbé) avec viseur à une distance de 70 mètres.

Dans le monde de l’archerie, il y a d’autres types d’arcs, comme l’arc à poulie, et l’arc traditionnel. Cette dernière discipline se pratique avec des arcs sans accessoires de visée.

Le tir instinctif souple est une technique qui peut s’appliquer à plusieurs types d’arcs. Le longbow, le Bowhunter ou arc de chasse et les arcs primitifs. Le tir instinctif se pratique en forêt sur des parcours avec des cibles en 3D, des répliques d’animaux en mousse. Beaucoup de clubs en Suisse proposent des salles destinées au tir à l’arc, des terrains extérieurs ou des parcours homologués en forêt.

Le tir instinctif peut aussi se pratiquer seul dans n’importe quelle forêt, mais sous certaines conditions et sous l’entière responsabilité de l’archer, et c’est à ce moment qu’il retrouve toutes ses lettres de noblesse. Mais à une condition impérative : on doit utiliser des flèches spéciales avec embout en caoutchouc, et dans des lieux loin des sentiers battus, sans nuire à la faune ni à la flore. Il est conseillé quand même de s’inscrire et de tirer au sein d’un club ou d’une association de tir à l’arc. » explique encore Olivier Grieb.

Quels sont les types d’arcs que vous fabriquez ici à La Filature de La Sarraz ?

« Plusieurs types. Tout d’abord le semi-longbow en lamellé-collé. On peut le faire évoluer avec différentes formes, lui donner plus de courbures, ce qui aboutit dans ce cas à un longbow déflexe-réflexe à faible ou forte courbure.

On peut aussi raccourcir l’arc et accentuer davantage la forme des branches. Cet arc qu’on appelle hybride est typiquement à mi-chemin entre l’arc longbow et l’arc de chasse.

D’ailleurs, je fabrique aussi des arcs de chasse. Ce type d’arc est court avec des branches très accentuées, presque à 90 degrés en bout de branches. Il emmagasine énormément d’énergie à l’armement et il a la particularité d’avoir une sortie de flèches très rapide.

Dans la facture d’arcs, on fait du sur-mesure. Dans le commerce, on trouve des arcs étalonnés à des puissances et longueurs standards, mais le facteur d’arcs, lui, va travailler avec le client mesurant son allonge, choisissant la puissance de l’arc et, surtout, en tenant compte de l’utilisation future de l’objet. Il va conseiller le client sur les meilleurs bois d’archerie. Il va aussi travailler sur l’ergonomie de la poignée. On fabrique en règle générale des arcs totalement adaptés à l’usage que veut la personne qui le commande », conclut Olivier.

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