Sélectionner une page

Le combat du village des pêcheurs d’Yvonand

Le combat du village des pêcheurs d’Yvonand

Patrimoine historico-culturel de valeur, le village des pêcheurs d’Yvonand est aujourd’hui menacé de démolition au profit d’une
« renaturation » jugée discutable par ses défenseurs. Visite des lieux en compagnie d’un passionné, déterminé à préserver ce site
emblématique d’une relation ancienne entre l’homme et la nature.

Texte et photo de Vincent Gillioz

 

Nous retrouvons Arnold Ottonin à la plage de Goncerut, à Yvonand, avant de rejoindre le village des pêcheurs, situé à une centaine de mètres. Quelques baigneurs bravent une eau encore glacée, tandis que des familles profitent de ce samedi ensoleillé d’avril.

« Ici, c’est calme aujourd’hui, mais en été, c’est bondé. Et c’est très bien ainsi : je suis ravi que la population profite du lac. Mais je m’étonne que cette plage, pourtant située dans la réserve de la Grande Cariçaie, ne suscite aucune contestation, alors que nos baraques font l’objet d’un acharnement difficile à comprendre. »

Havre de paix

À l’embouchure de la Menthue, le décor change. « Je vous laisse apprécier le calme et le charme », glisse notre guide. Le chant des oiseaux confirme immédiatement que nous sommes en pleine nature. L’endroit, paisible, évoque un autre temps.

« Il y a cinq bâtiments, tous en bois sauf un. Le terme officiel est “baraques”, tel qu’il apparaît dans les textes légaux. L’endroit est aujourd’hui appelé dans le langage courant “village des pêcheurs”. Cette appellation est emblématique de notre cause. Nous défendons la survie d’un village. »

Héritiers des constructions, les propriétaires des baraques, locataires du terrain à l’État, se sont constitués en association après avoir reçu, peu avant Noël 2020, l’injonction inattendue de démonter les cabanes dans un délai de trois mois.

« Vous admettrez que la démarche manquait d’élégance. Ma mère, déjà très malade, qui a travaillé ici pendant soixante ans, est décédée quelques mois plus tard. Cette procédure n’a pas aidé pour son moral. »

Témoignage d’une activité passée

Passionné, Arnold Ottonin détaille chaque élément du site : barques, filets, équipements, aménagements. « Arrêtez-moi si je m’emballe, je pourrais en parler pendant des heures », sourit-il.

De nombreuses photographies témoignent d’une époque où la pêche professionnelle rythmait encore la vie du lieu. « Aujourd’hui, un seul pêcheur vient encore travailler ses filets ici, mais il possède aussi une pêcherie un peu plus loin. »

Il évoque son père, chasseur, qui a bien connu Archibald Quartier, et nous montre les anciens fumoirs où était préparée la bondelle, un poisson autrefois abondant. « Il y en avait tant qu’on ne savait plus qu’en faire. C’est un poisson gras, idéal pour le fumage : cela permettait de le conserver et de le valoriser. » En une heure, c’est toute l’histoire de la pêche professionnelle depuis les années 1940 qui se dessine, chaque objet révélant une mémoire, une pratique particulière qu’Arnold Ottonin décrit avec passion.

 

Pour lire la suite de l’article, merci de vous abonner!

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *