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Le Musée de Bagnes explore nos représentations du loup

Le Musée de Bagnes explore nos représentations du loup

La nouvelle exposition du Musée de Bagnes, « Présences », interroge notre relation avec le prédateur en invitant les visiteurs à prendre de la hauteur, loin d’un sempiternel débat « pro ou anti ».

Texte de Vincent Gillioz et photos de Olivier Lovey

 

Près de 250 personnes, issues des milieux pastoraux, scientifiques et artistiques, mais également représentantes du Canton et de la Commune de Bagnes, étaient présentes le 7 février pour le vernissage de l’exposition « Présences ».

« Nous avons cherché à ébranler les représentations, quelles qu’elles soient, a relevé Mélanie Hugon-Duc, commissaire et directrice du Musée de Bagnes. L’exposition doit inviter les visiteurs à envisager la complexité des relations entre humains et non-humains à la montagne. » Le projet s’affranchit volontairement des clivages sur ce sujet sensible. Jean-Marc Landry trinque avec l’éleveur bagnard Yves Bruchez… rappelant que « Présences » élève la question du loup bien au-dessus des débats trop souvent stériles.

« La disparition puis le retour du loup dès 1994 forcent à réfléchir à notre rapport au sauvage, explique le musée dans son communiqué. Dans un territoire alpin marqué par l’agriculture de montagne et le tourisme, s’interroger sur la figure du loup amène dans l’équation les brebis, les chiens, les pratiques agropastorales, ainsi que les conceptions et façons d’habiter la montagne. Par ailleurs, le titre “Présences” est un terme emprunté à un éleveur de brebis pour parler du loup. »

Mélanie Hugon-Duc souligne encore : « Ce qui nous intéresse, ce n’est pas de représenter le point de vue de la triade berger-écologiste-chasseur, mais d’analyser la façon dont le sujet du loup est saisi pour interroger les fondations de nos représentations. »

Comme à la maison

La scénographie audacieuse conçue par Geoffroy Buthey emmène le visiteur dans les différentes pièces d’une maison : la salle de bain, le débarras, la chambre parentale, celles des enfants ou de l’ado. On traverse le « salon des cohabitations » ou encore la « chambre des attachements ». Il s’agit d’emprunter la perception de certains habitants, éleveurs ou bergers des Alpes pour qui le prédateur est « trop proche ». Chacune de ces pièces nous invite à une réflexion particulière en lien avec sa fonction.

On aperçoit le loup au salon, dans les images et objets issus de son histoire humaine ; à la salle de bain, dans les vidéos prises de nuit au cœur de l’intimité des meutes, notamment lors de scènes de prédation ; dans le débarras, sur les panneaux de mise en garde ; ou encore taxidermisé dans le jardin avec les chiens, où la domestication et l’agentivité de ces animaux sont mises en lumière.

Le musée n’est pas très grand, et le visiteur peut penser que le tour est vite fait. Mais il n’en est rien. La taille ne fait pas la richesse du contenu, et l’on se laisse porter par quantité de textes, disposés sur des panneaux, des coussins, les murs… L’esprit doit être prêt à s’ouvrir aux visions anthropologiques, historiques, zooarchéologiques, éthologiques, géographiques et artistiques. La démarche n’est pas spontanée, mais l’ambiance favorise la réflexion, et l’on se laisse happer !

 

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