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Lynx en Anniviers, un débat démystifié

Lynx en Anniviers, un débat démystifié

En étudiant la perception du lynx en Anniviers, dans une perspective anthropologique, la géographe Laure Huysecom relève dans son travail de master limportance de prendre en considération les habitants, dans toutes démarches liées à la gestion de la faune. Interview.

Propos recueillis par Vincent Gillioz

 

Supposé réintroduit inofficiellement en 1976 dans le val dAnniviers, le lynx na pas trouvé grâce dans ce territoire plutôt hostile à sa présence. Plusieurs actes de braconnage, revendiqués pour préserver la faune, ont été perpétrés. Un individu prélevé dans la vallée et empaillé avait même été présenté lors de lassemblée cantonale des chasseurs en 1983 à Vissoie, pour prouver à tous que le félin était bel et bien présent. Cette histoire na pas manqué dinterpeller Laure Huysecom, qui a analysé la perception du lynx et son évolution dans cette vallée. Intitulé « Construction et déconstruction dun conflit entre humains et prédateurs : le cas de la réintroduction du lynx au val dAnniviers », le mémoire de Laure Huysecom rappelle combien le retour du prédateur a fait lobjet dun débat houleux dans les années 80. « Ce travail met en lumière les enjeux de pouvoir, de légitimité, ainsi que la confrontation de conceptions divergentes de lhumain dans la nature et le rôle du braconnage comme acte de résistance à l’œuvre dans lavènement puis la décroissance du conflit. Il ouvre finalement à limportance d’étudier lacceptation sociale des animaux, et de mieux sélectionner les zones de réintroduction », écrit-elle dans son résumé.

 

Pouvez-vous nous raconter la genèse de votre projet ?

Au départ, j’avais l’intention de faire un travail sur le loup. Laine Chanteloup, qui a dirigé mon mémoire à l’Unil, m’a prévenue qu’il y avait déjà eu beaucoup de recherche sur le sujet, qui était par ailleurs très conflictuel. Elle m’a orientée vers la question du lynx, sur lequel aucun travail n’avait été réalisé en sciences sociales en Suisse depuis vingt ans. La littérature académique sur le sujet était lacunaire, et il y avait un vide à combler. J’ai donc décidé d’orienter ma recherche sur la perception de cet animal. J’avais pour projet de traiter plusieurs cantons, et Kilian Henchoz, qui fait une thèse sur la chasse valaisanne, m’a informée du cas du lynx empaillé qui avait été présenté à l’assemblée des chasseurs valaisans de 1983 à Vissoie. Le cas était emblématique, et j’ai donc décidé de concentrer mon enquête dans le val d’Anniviers.

 

Comment les habitants et les personnes que vous avez sollicités pour des entretiens ont-ils réagi ?

Il faut savoir que nous avons un chalet familial à Ayer, et que je vais régulièrement dans le val d’Anniviers depuis que j’ai quatre ans. J’avais une forme de proximité avec le territoire, même si je ne connaissais pas grand monde. Ça n’a bien sûr pas été facile au début, parce qu’un travail universitaire, qui plus est traitant d’un sujet sensible comme le braconnage, peut être perçu avec une forme de méfiance. Mais j’ai gagné la confiance des gens au fil des entretiens. Il faut avoir une posture claire pour que les personnes s’ouvrent. Je n’avais pas d’a priori et, si quelqu’un me confie avoir tué un lynx, je l’écoute sans parti pris. Les personnes qui ont participé aux entretiens ont vite compris qu’elles pouvaient me parler sans que je porte un quelconque jugement, et j’ai pu créer un climat de confiance. À chaque entretien, j’ai été orientée vers d’autres personnes. En tout, j’en ai mené vingt-six, qui ont concerné un peu plus de trente personnes. Le défi a été de ne pas rester cantonnée dans un seul cercle, mais de trouver des interlocuteurs issus de plusieurs horizons : chasseurs, protecteurs du lynx, etc.

 

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