Ah, si vous voulez parler de Gisèle Sonnard, vous ne la trouverez pas dans un restaurant mais à la vieille forge! Dans ce lieu, quelle surprise: un univers de femmes! Une famille de Dianes chasseresses!

La patronne Gisèle, sa fille Michèle et sa petite fille Gabrielle, nous parlent de chiens, de fusils, de chevreuils, de sangliers et de cuisine. Mais comment tout cela a-t-il commencé? Ecoutons la toute jeune octogénaire, Gisèle Sonnard!

Gisèle, la chasse, une longue histoire familiale?

«Mon grand-père était forestier et exploitait une ferme avec vaches et chevaux. Mon père avait choisi de se spécialiser techniquement dans la mécanique. Tous les deux étaient chasseurs bien que mon père vouât un attrait un peu plus marqué pour le braconnage. C’était en 39-45 et, plus que la volonté de braconner, c’était l’opportunité de mettre de la viande sur la table du dimanche en ces périodes de rationnement. Mais je ne peux pas dire que ce sont eux qui m’ont entraînée à la chasse car je les accompagnais rarement».

Alors, comment la chasse s’est-elle incrustée dans ta vie?

«Après une formation commerciale, j’ai obtenu une licence en sciences économiques et sociales. Cela m’a permis d’être engagée en qualité de secrétaire par M. George de Mestral, inventeur du Velcro en 1950 et chasseur émérite. Souvent, il me disait «Venez Gisèle! Allons chasser!» Il m’emmenait donc à la chasse à la bécasse. Je le suivais avec plaisir et finalement, sur son insistance, j’ai passé mes examens, et mon premier permis de chasse vaudois date de 1985. Notre groupe était alors composé de Georges et Estienne de Mestral, Philippe Gut et moi-même».

As-tu toujours chassé dans le canton de Vaud?

«Non! J’ai le permis français, j’ai chassé en Corse, notamment la perdrix rouge, et j’étais également
titulaire du permis de chasse dans cinq Länder en Allemagne, permis qui a ensuite été généralisé pour l’ensemble du pays».

Quels sont tes gibiers de prédilection?

«J’ai pratiqué avant tout la chasse à la bécasse car c’était la privilégiée de M. de Mestral. Mais je ne dénigre nullement celle du chevreuil ou du chamois que j’exerce régulièrement. J’ai d’ailleurs un merveilleux souvenir d’un prélèvement de deux chevreuils, coup sur coup, en me rendant à la chasse aux canards! Mais aussi celui d’un pairon de bécasses, peut-être avant le doublé».

Ta fille et ta petite-fille chassent. Forcément, ton mari devait aussi y être?

«Non! Mon mari avait appris serrurier puis s’était lancé dans la maîtrise en travaillant à la forge avec son père. Il avait ensuite suivi l’Ecole des Beaux-Arts à Genève et est devenu ferronnier d’art. Il n’était pas chasseur et ne m’accompagnait que rarement. Mais il me laissait faire sans rechigner».

Et la cuisine?

«Jeune fille, j’avais tenté une expérience qui avait raté. Depuis, quand je m’approchais de la cuisine, maman me demandait si je n’avais pas fini mes leçons. J’étais priée d’aller voir ailleurs! C’est dire que la cuisine m’était pratiquement inconnue au moment de mon mariage. Avec mon mari, nous ne savions même pas cuire un œuf. Nous nous y sommes mis en même temps que nous nous sommes mis en ménage. Finalement nous y avons pris goût».

Jusqu’au point de fabriquer des recettes?

«Mon mari avait préparé un menu pour une manifestation de Diana Suisse au Château de St-Saphorin-sur-Morges et Léo Favre, figure dirigeante bien connue, avait suggéré d’écrire cette recette pour le journal des chasseurs dont il était le directeur. C’est depuis lors que j’ai rédigé des recettes qui sont devenues ensuite celles de la Cuisine de la Forge. Cela a duré tous les mois durant près de trente ans».

Pourquoi la Forge?

«C’est historique. En face de la Forge se trouvait le relais de la Diligence. Cette forge pour les chevaux de la Diligence existait déjà avant la Révolution française. Nous l’avons rachetée à mon beau-père et le local est devenu l’atelier de mon mari à Allaman. C’est attenant à la maison que nous avons habitée et dans laquelle je réside encore».

Comment dénichais-tu toutes ces recettes?

«Le samedi matin j’aimais bien aller au marché. J’adorais les couleurs du marché. En voyant les produits, je me disais «Eh ben tiens, c’est une bonne idée, je pourrais faire une recette!» Et puis la chasse, il fallait bien la manger! Donc les recettes provenaient de notre création personnelle à mon mari et moi, en fonction des saisons. Nous revenions du marché avec des ingrédients qui nous permettaient de fabriquer un menu. Chaque proposition culinaire était testée avant publication. A la mort de mon mari en 2001, j’ai poursuivi cette collaboration avec la Revue de Diana Suisse».

Parlons un peu de tes descendantes chasseresses!

«Ma fille Michèle est arrivée à la chasse par pur hasard vers l’âge de 24-25 ans. Elle ne nous accompagnait que peu souvent à la chasse. Un jour que j’avais réservé pour aller dans le terrain avec M. de Mestral, j’étais grippée et il m’était donc impossible de partir en chasse. J’ai donc proposé à M. de Mestral de me faire remplacer par ma fille. Il a accepté. Lorsque Michèle est rentrée le soir, elle m’a déclaré tout haut «Maman, l’année prochaine j’ai le permis!» Elle a tenu promesse et depuis 1982 elle pratique avec passion cette noble activité. Elle privilégie le gros gibier et la chasse aux canards».

La petite fille Gabrielle côtoie les sangliers dès son plus jeune âge.

07.2016. UNE AFFAIRE DE FEMMES

Et Gabrielle?

«Gabrielle, ma petite-fille, donc la fille de Michèle, m’accompagnait depuis toute petite. Tout de suite, elle a eu le virus. Elle avait la vista et finalement en 2012, elle a passé son permis et chasse depuis avec autant de conviction que ses deux ascendantes. Elle n’a pas encore vraiment eu le temps de s’approcher de la bécasse. Elle chasse avec un fusil de mec et en est fière».

Entre vous trois, le sujet de conversation est sûrement la chasse?

«Pas vraiment! Nous ne chassons pas ensemble. Gabrielle et Michèle sont dans le même groupe de chasse. Nous parlons de tout mais aussi de vigne et de vin car Gabrielle est une œnologue passionnée».

Tu as fonctionné dans des comités de sociétés de chasse. Que modifierais-tu si ton pouvoir était exclusif?

«J’ai exercé la fonction de secrétaire de la Diana de Morges durant dix ans, puis pendant quatre années, j’ai eu l’honneur de collaborer avec M. François de Mestral lorsqu’il était président de Diana Suisse. J’ai eu la grande surprise d’être élevée au rang de membre d’honneur de Diana Suisse l’an passé. Si je devais changer quelque chose, j’aimerais qu’on nous laisse la paix avec ces routes! Je mettrais plus d’égalité entre les divers modes de chasse pour ce qui est du système routier. Pour le reste, cela me convient. Ce ne serait pas possible sans réglementer».

Ton avenir et celui de la chasse?

«Je suis toujours directrice et employée unique d’une entreprise de commercialisation des fermetures Velcro, je pratique le golf et la chasse. Je m’occupe de mes chiens et reste amoureuse de la bonne cuisine. Je me sens parfaitement heureuse. Ma crainte principale pour l’avenir de la chasse est que les verts technocrates s’introduisent petit à petit, par-ci par-là, et tentent de supprimer le chasseur par des contraintes exagérées et injustifiées. A défaut de pouvoir abroger la chasse, ils cherchent un autre chemin qui, progressivement, va éliminer les preneurs de permis. Je serais tellement contente si je me trompais!»

Interview Chasie, photos Chasie et collection Sonnard

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.