La question se pose alors de savoir si un éventuel lien existe entre la n­ature du sol et l’ampleur, voire la magnificence du trophée.

Pour les cervidés, a fortiori pour le cerf dont le trophée peut atteindre 10 kilos, la repousse annuelle des bois implique une forte consommation d’éléments nutritionnels parmi lesquels le calcium et d’autres minéraux occupent une place importante. La constitution biologique et mécanique des bois se rapproche très fortement de celle de l’os 1. Pour un cerf, si l’on considère que le poids moyen des bois se situe aux alentours de 5 kilos, un coiffé qui vit jusqu’à 15 ans doit donc produire entre 50 et 60 kilos de masse osseuse sur l’ensemble de sa vie. En termes d’apports en minéraux et autres oligoéléments, la constitution du trophée est donc bien plus coûteuse pour les coiffés que ne l’est la production des faons pour les biches. Sachant que les ongulés consomment la végétation produite sous toutes ses formes par le sol, la question de savoir si la nature des sols influe sur le volume des trophées vient donc tout naturellement à l’esprit. Cependant, une première remarque s’impose, la densité des bois n’étant pas la même d’un trophée à l’autre, leur volume n’est pas forcément un indice probant quant à l’influence déterminante de la richesse minérale des sols.

Le mouflon se contente de terrains pauvres, à condition qu’ils soient secs et ensoleillés.

Bien évidemment, il n’est pas question de recourir à une analyse systématique des sols pour se faire une idée de la nature d’un terrain. La simple observation de la végétation permet de porter un jugement très rapide sur la composition organique du sol. En ce qui concerne les études scientifiques, il n’y a pas de travaux de recherche qui ont peu ou prou porté sur la corrélation entre la nature des sols et les trophées. Dans son ouvrage qui traite du chevreuil 2, le duc de Bavière a néanmoins remarqué que les trophées des brocards suivis au cours de ses différentes études évoluaient favorablement dès lors qu’ils recevaient une alimentation complémentée en minéraux pendant l’hiver. Il peut donc être intéressant de vérifier s’il y a une éventuelle corrélation entre la nature des sols identifiée par l’observation de la végétation et la morphologie des trophées récoltés. Certes, cela n’a pas une influence déterminante sur la gestion des espèces considérées, néanmoins ces observations peuvent aider à la répartition qualitative des bracelets. En effet, surtout quand il s’agit des cerfs, la distribution des bracelets de coiffés n’est pas toujours facile à réaliser.­­

Splendide éterlou dont les cornes dépassent les oreilles.

Autres facteurs…

Cependant, l’éventuelle corrélation entre sols et trophées peut être biaisée par différents paramètres où l’influence du phénotype est loin d’être négligeable. En effet, l’hérédité joue un rôle important au niveau de la géométrie du trophée. Des formes, des particularismes du trophée peuvent ainsi se transmettre de génération en génération. D’autre part, chez les cervidés, l’ampleur du trophée étant soumise au cycle annuel de la chute et de la repousse des bois, de multiples facteurs – notamment météorologiques – peuvent interférer avec l’influence de la nature du sol.

Néanmoins, la végétation restant le premier élément nutritif du grand gibier, la qualité du sol qui permet à cette végétation de croître intervient au premier degré au niveau de la condition physiologique des animaux. Ainsi, les cerfs ou les chevreuils qui vivent sur des sols très acides, par exemple là où la fougère n’a plus de concurrence, ne peuvent pas prétendre avoir la même corpulence et les mêmes trophées que ceux qui vivent sur des prairies luxuriantes où abondent les plantes riches en calcium. D’autre part, cela coule de l’évidence, mais la disponibilité des fruits forestiers dépend tout naturellement de la présence des arbres ad hoc. Et sur ce point, comme les châtaigniers, les chênes ou les hêtres ne poussent pas sur n’importe quel type de sol, la condition physiologique – donc les trophées – restent intimement liés à la nature des sols. Ce qui est vrai pour les arbres l’est également pour les cultures. On ne cultive pas n’importe quoi n’importe où ! Les grands fournisseurs de semences ont parfaitement intégré ce paramètre et savent fournir les graines adaptées aux différents types de sols. Certaines céréales ont ainsi pu gagner des zones où elles n’existaient pas voilà seulement deux décennies. Le grand gibier a su complètement profiter de cette évolution et a gagné des milliers d’hectares devenus plus favorables au niveau de la qualité du biotope. Là encore, une meilleure connaissance de la nature des sols a contribué à l’évolution morphologique du grand gibier.

La myrtille n’apprécie pas les sols calcaires.

Même si les preuves ne sont pas parfaitement établies scientifiquement, la qualité des trophées dépend en partie de la nature des sols sur lesquels évolue le grand gibier. En tout état de cause, c’est l’occasion pour le chasseur de devenir, si ce n’est déjà fait, un observateur averti de l’influence du biotope sur la grande faune.

1 Les bois de cerf, revue de littérature scientifique Crigel, Balligand, Heinen, Faculté de médecine vétérinaire, Université de Liège.

2 A propos du chevreuil, A. et J. de Bavière, traduit de l’allemand par Gilbert Titeux.

Texte et photos Daniel Girod

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.