Au cours des siècles, l’homme a dévasté le biotope de nombreuses espèces animales et végétales. Avec l’apparition des armes à feu, les mammifères sont devenus des proies faciles. Certains on été tout près de l’extinction à la fin du 19e siècle. C’est le cas du bouquetin et du castor qui avaient disparu du territoire helvétique mais qui ont été réintroduits avec succès au cours du siècle suivant.

L’avifaune n’a pas échappé à ce gâchis. L’aigle royal s’est vu déclaré une guerre sans merci par l’homme qui le considérait comme un concurrent indésirable. Depuis 1952, comme tous les rapaces, il bénéficie d’une totale protection, mais si ses effectifs restent actuellement stables, ils demeurent néanmoins fragiles. Sous prétexte que leurs cris annonçaient un malheur, les paysans clouaient les rapaces nocturnes sur la porte de leurs granges pensant ainsi conjurer le mauvais sort.

Ravage de la tenderie

Pour leur chant mélodieux ou leur plumage, la convoitise humaine a coûté la vie à une multitude de petits passereaux tels les bouvreuils, les serins, les fauvettes et les rossignols. D’autres, appréciés par les gourmets, étaient capturés pour finir
dans la casserole. Voici un échantillon extrait d’une Encyclopédie pratique du Naturaliste consacrée aux oiseaux, éditée à Paris en 1929 : «Ce petit oiseau est fort estimé des amateurs de bonne chère, aussi lui fait-on une chasse impitoyable, surtout dans le Midi, où on en détruit un grand nombre. Les Romains, qui étaient de fins gastronomes, élevaient et engraissaient les ortolans qui fournissaient à leurs festins un mets fort délicat. Autre extrait : Lors des grands passages d’alouettes en automne, la chasse au miroir et des pièges de toutes sortes en détruisent des milliers ; à cette époque, elle est un mets particulièrement délicat.» Les grives font également partie de ces oiseaux appréciés en cuisine et sont encore chassées dans le sud de la France.

La tenderie qui causait des ravages surtout lors des migrations est interdite, mais des braconniers continuent de la pratiquer. Certains passereaux étaient très recherchés : les chardonnerets notamment se vendent encore à prix d’or. Très répandue, la capture à la colle constituait une pratique barbare car il n’était pas rare que des oiseaux qui s’étaient posés sur des branches enduites de colle aient les pattes arrachées lorsque qu’on tentait de les dégager. Le pinson des arbres, le tarin des aulnes et le bouvreuil peuplaient couramment les volières, car ils étaient faciles à capturer. La linotte mélodieuse était très appréciée comme oiseau d’appartement, mais en captivité, elle perdait les belles couleurs rouges de son plumage.

La huppe fasciée a fortement régressé en Suisse.  Plus de la moitié de ses effectifs niche en Valais.

Quarante pour cent des nicheurs en danger

Près de cent huitante oiseaux nicheurs ont été recensés en Suisse. Selon une liste établie par la Station ornithologique de Sempach, 40 % de ces volatiles figurent sur la liste rouge. La huppe fasciée, le tarier des prés, le merle à plastron, la grive litorne, le pouillot fitis, le bruant ortolan, le grand tétras, la bécassine des marais figurent en priorité sur cet inventaire. D’autres sont potentiellement menacés : le lagopède, la bartavelle, la gélinotte, le tétras lyre, le coucou gris, la fauvette grisette, le torcol fourmilier, l’hirondelle de fenêtre ou encore le rouge-queue à front blanc.

Nicheur au sol, le pouillot fitis figure en priorité sur la liste rouge.

Ces dernières décennies, en raison de la prolifération de bâtiments en tous genres, le drainage des zones humides, la correction de cours d’eau, l’aire de répartition de l’avifaune s’est rétrécie comme une peau de chagrin. De plus en plus, les oiseaux manquent d’espace pour se reproduire. L’exploitation intensive des surfaces agricoles, l’utilisation des pesticides éliminant les insectes dont les oiseaux se nourrissent, et le fauchage précoce sont également les causes du déclin de notre avifaune.

En altitude, bien au-dessus de la limite supérieure des forêts, le lagopède est en recul. Le réchauffement climatique serait la cause de cette régression qui pourrait toucher d’autres oiseaux montagnards tels le pipit spioncelle, l’accenteur alpin et la niverolle.

Le tarier des prés, une des nombreuses victimes de l’agriculture intensive.

Préserver et entretenir les zones favorables

L’eau attire les oiseaux comme un aimant. Tous les printemps, de 2002 à 2017, j’ai dressé un affût aux abords d’une petite mare située à 1300 mètres d’altitude dans la forêt du Mont-Chemin. Durant ces années, j’ai observé quarante-deux passereaux différents qui venaient s’y désaltérer ou s’ébrouer dans l’eau glacée pour faire leur toilette : des sédentaires et des migrateurs qui faisaient étape autour de ce petit plan d’eau, parfois encore entouré de neige, avant de regagner leur territoire de nidification. Au fil des années, des espèces se sont raréfiées, d’autres ne sont plus apparues. C’est le cas du pouillot fitis, du merle à plastron et du rouge-queue à front blanc qui, les printemps précédents, marquait sa présence toujours à la même date, le 29 avril.

Les oiseaux nichant au sol sont les plus menacés. Sur les conseils de la Station ornithologique de Sempach, des mesures ont été prises pour sauvegarder notre avifaune. Préserver l’aire de répartition des oiseaux est une nécessité absolue, car leur présence nous renseigne sur la santé de notre environnement.

Texte et photos Georges Laurent

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