La presse vient de saluer le geste consenti par Mme Doris Leuthard autorisant les cantons à décider eux-mêmes de l’opportunité de tuer des loups.

Le principe est alléchant dans la mesure où l’auteur du texte est présumé de bonne foi et l’autorité compétente considérée comme totalement informée des visées réelles de prétendus adeptes de consensus helvétiques auxquels Madame Leuthard aurait succombé par gain de paix. Pour faire bon poids, les associations de protection déclarent s’offusquer de cette libéralité alors qu’elles sont assurément bien mieux informées des objectifs que le commun des mortels.

Oui, le principe de tirer des loups est envisagé dans les projets actuellement en consultation. Mais le pilote du train demeure la Confédération qui dicte les conditions à remplir, notamment:

• Le principe de base concerne les loups qui constituent un danger pour les humains en affichant un attrait exagéré pour les zones bâties. Les conditions tant comportementales que d’identification sont telles que la concrétisation n’est qu’illusion.

• S’agissant de dégâts causés au petit bétail, les chiffres sont inchangés: 35 moutons pour un loup clairement identifié. L’obligation faite à l’éleveur de prendre toutes les mesures de prévention ouvre la porte à tous les abus. L’exemple du loup accusé de la mort de quelque 110 moutons dans la vallée de Conches est des plus éloquents: le permis de tirer a été refusé sous prétexte que l’éleveur n’avait pas pris toutes les précautions.

• Le principe de régulation du loup se limite au cas d’une meute au sein de laquelle seuls peuvent être prélevés les jeunes sujets, jusqu’au maximum de 50% de la nichée. La meute qui fait parler d’elle en Suisse orientale a donné naissance, en une seule portée, à 11 louveteaux. A supposer qu’on réussisse à en prélever la moitié, il en resterait encore de quoi donner naissance, ultérieurement, à au moins deux nouvelles meutes.

Les hybrides

ChasseSuisse a eu raison, ô combien, de refuser les textes soumis à consultation. Peut-être les membres de cette association sont-ils au courant de ce qui se trame au sein du comité exécutif de la Convention de Berne? Cet organisme veut étendre la protection du loup non seulement à l’espèce authentique mais également à tous les sujets hybrides donnant naissance à des loups-chiens ou chiens-loups. Si cette proposition est acceptée par l’instance compétente, la couverture est offerte à la protection de tout grand canidé et surtout à la nationalisation officielle du Lupus europaeus qui n’a jamais existé et dont les rumeurs commencent à mettre mal à l’aise les promoteurs du loup dès les années 1990. La proposition, publiée en anglais par le Conseil de l’Europe et non traduite en français, sur mandat du secrétariat du comité permanent de la Convention de Berne, est l’œuvre de Arie Trouwborst, un universitaire d’Utrecht (pays sans doute fortement touché par le loup…) et membre du LCIE (lobby européen en faveur des grands carnivores) ainsi que de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature). Une garantie inviolable d’impartialité…

ChasseSuisse n’est pas seule à s’inquiéter. Des scientifiques italiens, particulièrement le professeur Luigi Boitani qui s’en ouvrait déjà lors de nos rencontres des années 2000, considèrent cette évolution comme une sérieuse menace sur le Lupus italicus authentique, espèce forte d’une centaine de sujets entourés par un million de chiens errants. Oui, le chiffre est bien celui cité par les scientifiques italiens. Le phénomène est le même, mais non dans la même ampleur, en France. Ils n’ont jamais réussi à faire adopter le principe de contrôle de l’authenticité des espèces et de l’élimination des individus hybrides.

Des loups? Non, des chiens!

L’accord secret franco-italo-suisse, qui a valu à notre pays la réception des loups qui s’y trouvent par opération du Saint-Esprit, voit dés­ormais ses effets exportés vers l’Autriche et l’Allemagne. Mais le phénomène de la venue naturelle ignore même la mer. Les pays nordiques le connaissent également et donnent un signal positif: lourdement condamnés en première instance pour le tir de un ou plusieurs loups, des chasseurs-éleveurs ont recouru auprès de l’instance supérieure, arguant qu’ils avaient tiré des chiens et non des loups. L’analyse génétique leur a donné raison; le tribunal les a acquittés. La même démarche a fait blanchir une dizaine de chasseurs de Finlande accusés d’avoir tué trois loups que les analyses génétiques ont fait établir qu’il s’agissait de sujets hybrides donc, pour le moment, non protégés.

Quitter cette «confrérie»…

Le comportement du comité permanent de la Convention de Berne n’offre plus aucun sens à la modification de cette convention, pour le cas où la Suisse devait l’obtenir. Si elle veut se réserver un semblant d’autonomie, la Suisse n’a d’autre choix que de quitter cette «confrérie». Il lui resterait au moins, au cas où le comité en question devait entériner le principe de protection de tout grand canidé, la possibilité de poursuivre selon ses propres vues la protection du vrai loup et de prendre les mesures, réclamées depuis si longtemps, permettant une réelle identification des animaux concernés. Il est vrai que la protection de tout canidé ensauvagé ferait le bonheur des adeptes de la biodiversité. Au lieu d’une espèce de loup, on en aurait une bonne ­dizaine au moins, tenant compte de la variété de chiens sujets à s’accoupler.

Les modalités de fin de vie du loup du Simplon (assommé par le chasse-neige), de celui de l’Oberland bernois (écrasé par le train après la construction du tunnel du Lötschberg qui lui en a ouvert la voie) et de celui qui a récemment connu le même sort en ville de Zurich ne peuvent laisser la majorité de la population ignorante de la réalité. En plus de la peur qui peut habiter également les citadins (un loup n’est pas moins adroit qu’un ­renard pour visiter la ville), le peuple a parfois des réactions salutaires, surtout lorsqu’il prend conscience qu’on l’a enfariné.

Texte Narcisse Seppey

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