Avec fierté, reconnaissance et humilité, il nous raconte la fabuleuse histoire de sa partenaire à quatre pattes.

Martial, quand as-tu commencé à chasser avec un chien?
«J’ai accompagné mon oncle alors que j’avais 18 ou 19 ans et j’ai pris mon premier permis à l’âge de 21 ans. J’ai usé le 55e en 2015. J’ai toujours eu des chiens, mais j’ai aussi chassé le chamois et le cerf, sans le chien bien sûr».

Tes chiens provenaient-ils de ton propre élevage?
«Au début, non. Je n’avais pas d’argent pour acquérir des chiens avec pedigree. Pour payer le premier chien, j’ai remis au propriétaire vendeur un tracteur Agria avec la remorque, puis un peu d’argent. J’ai continué depuis avec des courants lucernois et des brunos du Jura. J’ai conservé tous les papiers. Puis j’en ai élevé et j’ai participé à de nombreuses compétitions en réussissant plusieurs podiums dans les concours combinés de beauté et de chasse sur le lièvre. Un de mes brunos du Jura, Anouck du Mont Perdu, a décroché un 3e prix aux Championnats suisses en 1995.»

Et puis est arrivée Neva von Illhorn?
«C’est une histoire extraordinaire et j’en ai les larmes aux yeux! Neva von Illhorn provient d’un éleveur du Haut-Valais, Daniel Oggier de La Souste. Un chasseur haut-valaisan lui avait acheté Neva à 2 mois et demi et fait un immense travail avec cette chienne. Selon les dires du chasseur, elle avait lancé son premier lièvre à 3 mois et à 4 mois Neva pouvait se prévaloir de cinquante lancers, souvent sur le même lièvre. Je connaissais assez bien les chiens, cinquante lancers à 4 mois, cela était difficile à croire. Pourtant, tous les amis de ce chasseur me certifiaient que s’il avait dit cela, c’est que c’était la réalité. Après une année, le courant entre ce chasseur et Neva ne passait plus. Il avait l’impression que Neva n’en faisait qu’à sa tête et qu’elle partait vagabonder. Il ne comprenait plus rien et voulait s’en séparer. J’ai alors tenté le risque et j’ai acheté Neva! C’était peu avant la chasse 2007 et la chienne avait donc une année et demie puisqu’elle était née le 28 février 2006.»

Martial et Neva, deux complices.

08.2016. LA CHIENNE AUX CENT CAPUCINS (9)

Neva a-t-elle répondu à tes attentes?
«Oh que non! Elle les a dépassées largement et dès les premiers jours. Je voulais lui donner les bases à ma façon. J’ai vite été remis à ma juste place! Tout de suite, Neva a chassé selon son instinct et j’ai rapidement compris qu’il fallait la laisser agir à sa guise. Lors de la première saison de chasse avec cette chienne, nous avons pu aller dans le terrain durant treize journées, la neige étant arrivée durant les deux dernières. Seulement deux fois, Neva n’a pas pu lancer. Durant les onze autres jours, elle a levé chaque fois un à deux lièvres avec des chasses de quarante-cinq minutes à trois heures. Sur les huit lièvres tirés, seulement deux ont été arrêtés avant une heure de traque. Neva est une toute grande, quand je dis une toute grande, c’est par rapport à mon expérience. Avant elle, avec mes compagnons, on pensait presque tout savoir sur  la chasse au lièvre. Neva nous a tout appris. Elle savait tout!»

Quoi donc?
«Tout! Elle nous a tout démontré. Le comportement dans le terrain. Quand la chienne sent un lièvre, elle donne deux à trois coups de gueule. On se met en place et on attend. Le lancer a lieu souvent vingt à quarante-cinq minutes après les premiers coups de gueule. Après une bonne heure de chasse, le lièvre revient généralement dans le secteur où il a passé la nuit. La chienne poursuit sa traque. Si nous ne pouvons pas tirer au premier passage à cause d’une trop grande distance, nous nous rapprochons et souvent nous le tirons au deuxième ou troisième passage. Il a fallu que l’on se fasse avoir plusieurs fois pour comprendre cela. Avec Neva, rien ne sert de l’orienter pour la recherche. Elle inspecte les montées, les descentes puis part en chasse dès qu’elle sent les effluves du lièvre. Tant qu’elle sait qu’un lièvre est à portée de nez, elle ne renonce jamais et nous entraîne à rester en chasse, peu importe les conditions atmosphériques. Si des traces de chevreuils se mélangent aux pas des lièvres, dans la neige, elle détecte et part sur le lièvre. Souvent, on en reste bouche bée!»

Comment se comporte-t-elle avec les autres chiens?
«Elle ignore complètement les autres chiens. Je la lâche d’ailleurs toujours seule. La première fois que je l’ai prise dans le terrain, une chasse est partie avec le chien d’un autre groupe de chasseurs qui avait levé une chevrette. J’ai lâché Neva mais elle n’a fait aucun cas de la chasse en cours. Elle s’est mise à renifler puis elle a lancé un lièvre que nous avons tiré, puis un deuxième que nous avons également arrêté et un troisième mais que nous n’avons pas vu. J’ai su alors que cette chienne ne s’intéressait qu’au lièvre, cela a été le cas depuis 2007 et l’est encore aujourd’hui.»

Jamais le chevreuil?
«Elle est partie une fois derrière un chevreuil dont elle a aperçu le miroir. J’imagine qu’elle a pensé à un lièvre blanc. Après quelques dizaines de mètres, constatant qu’il s’agissait d’un chevreuil, elle a stoppé sa chasse et a poursuivi sa quête du lièvre. Il faut dire aussi que je ne l’ai jamais lâchée après le coup de midi. Pour Neva, à midi la journée de chasse est terminée. Elle en fait assez dans la matinée. Et puis dans l’après-midi, les frais de lièvres diminuent et le chevreuil prend le pas. Dès le début, je ne voulais pas que la chienne se mette à la chasse au chevreuil. Pendant les jours de chasse au brocard, Neva reste au chenil. Sa spécialité, c’est le lièvre…»

Jusqu’au centième?
«Durant la plus belle chasse, nous avons tiré dix-huit lièvres devant Neva. En 2015, elle nous a offert le tir de son centième lièvre. Tous sont répertoriés. J’ai acquis la certitude que les lancers de cinquante lièvres à l’âge de 4 mois n’étaient pas une boutade. Exceptionnel! Mais je n’ai aucun mérite. Tout est grâce à la chienne. Un ami chasseur, artiste, vigneron, encaveur, éleveur de roses, m’avait promis une fresque si j’atteignais le centième lièvre. C’est fait et sa peinture décore depuis peu l’entrée de ma maison!»

Neva et les capucins, la fresque à l’entrée de la maison de Martial.

08.2016. LA CHIENNE AUX CENT CAPUCINS (5)

Cela signifie que malgré tout ce qu’on dit, il y a encore du lièvre?
«Le lièvre avait régressé mais ces dernières années, il remonte la pente. Aujourd’hui, il y en a encore une bonne densité mais on s’en rend mieux compte si l’on a la chance d’avoir un chien qui chasse uniquement le lièvre.»

Neva est dans sa onzième année. Comment la suite?
«Le seul regret est que Neva ne peut pas avoir de descendance. Mais j’ai prévu la suite et j’ai réservé un futur petit d’une nièce de Neva. En fouillant les papiers, j’ai trouvé que Neva était une descendante d’une chienne née chez moi en 1979 du nom de Jita de Longeborgne, que j’avais vendue dans le Jura et qui est devenue la grand-mère de Darius de la Fourchaux, courant lucernois né en 1988 et propriété du juge international de travail et beauté  M. Paul Houriet à La Chaux-de-Fonds. Le palmarès de Darius comporte plusieurs premiers prix dans des expositions nationales et internationales dont un de champion du monde, ainsi que plusieurs podiums dans des Championnats d’Europe et deux titres de champion suisse au classement combiné Beauté et Chasse sur le lièvre. Darius n’est autre que l’arrière-grand-père de Neva. Ce qui est extraordinaire est que tout est une affaire de famille. Neva, comme sa mère, ne chasse que le lièvre. J’espère que sa future petite-nièce en fera de même!»

Interview et photos Chasie

 

 

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