EValais sa régulation est très restreinte et se limite à deux cents individus par an. Les sexes et les âges des animaux à prélever dans les colonies sont étudiés chaque année et sont répartis entre les Dianas (sociétés de chasse) valaisannes. Celles-ci procèdent ensuite à un tirage au sort des chasseurs inscrits pour les tirs. Ceux-ci doivent alors suivre un cours afin d’effectuer le tir sans être accompagnés d’un garde-chasse. Les tirs s’effectuent sur deux périodes entre septembre et octobre.

Lors de l’assemblée de la Diana d’Hérens 2014, c’est avec joie que j’ai eu le privilège d’obtenir le tir d’un jeune mâle de 3 à 4 ans.

Le territoire des chamois et des bouquetins.

Maxime Rey chasse le bouquetin sur au pied des Veisivi dans le Val d'herens.

Repérages

Dès la mi-août je m’affaire donc aux premiers repérages. Plusieurs sorties en haute montagne m’ont déjà permis de repérer quelques groupes auparavant, la plupart encore en haute altitude en raison des fortes chaleurs. Ils se trouvent dans des terrains bien trop escarpés où nous passons en tant qu’alpinistes mais où être chasseur devient trop aventureux. Je décide donc d’attendre la période de tir d’octobre, sachant que la température tombera et qu’avec un peu de chance la neige viendra les pousser à descendre de leurs perchoirs.

Octobre, la neige blanchit légèrement nos sommets, pas de quoi précipiter les bouquetins à descendre mais au moins à les encourager. Je téléphone au garde-chasse pour annoncer ma journée de tir. Celui-ci m’indique la zone se situant sur la rive gauche de Ferpècle, en dessous de l’imposante Grande Dent de Veisivi et la Blanche de Perroc. Un terrain abrupt et difficile d’accès où pourrait probablement se promener un groupe de mâles.

Le grand jour

Matin du 16 octobre, 5h. Le réveil sonne, l’excitation m’envahit immédiatement et c’est sans aucune peine que je m’extirpe des draps. Le rendez-vous est à Ferpècle et c’est avec joie que j’y retrouve mes amis Louis et Nicolas, l’un photographe et l’autre cameraman. Ils vont m’accompagner dans cette journée d’aventure et tenter d’immortaliser ces instants privilégiés. Le temps est magnifique, nous espérons que la chance va nous sourire.

En dessus des feuillus et sous les rochers…

Maxime Rey chasse le bouquetin sur au pied des Veisivi dans le Val d'herens.

Nous préparons nos affaires en attendant le lever du jour, le chemin étant peu marqué et encombré de végétation, cela nous évitera de nous perdre trop longtemps. L’ascension débute par un étroit chemin sinueux qui nous emmène dans un labyrinthe de petits feuillus. Nous nous égarons parfois, confondant celui-ci avec les passages des cerfs tout aussi marqués. Nous atteignons les cordes fixes qui permettent de franchir une barre rocheuse, encore un petit effort et nous voilà à la limite supérieure de la forêt.

Les cordes fixes pour franchir la barre rocheuse.

Maxime Rey chasse le bouquetin sur au pied des Veisivi dans le Val d'herens.

La vue s’éclaircit enfin, nous dévoilant des pentes herbeuses parsemées de rocher sous la menaçante Grande Dent de Veisivi. Nous sommes sur le territoire des chamois et des bouquetins. Nous prenons le temps de nous arrêter pour fouiller les pentes et nous ravitailler un peu. Nous scrutons minutieusement chaque vire et chaque recoin herbeux. Rien à l’horizon! Nous décidons de suivre les derniers pâturages dans la direction de la Blanche de Perroc.

Que des étagnes…

Le pelage beige des bouquetins leur confère un mimétisme quasi parfait, nous avançons donc lentement, nous arrêtant régulièrement pour jumeler et tenter de les débusquer. Il est 11h30 quand nous apercevons enfin les premiers individus. Malheureusement il n’y a que des étagnes. Je décide de me rapprocher pour vérifier si un mâle ne se cache pas dans les alentours. Je pars seul, abandonnant mes amis qui en profitent pour se restaurer et se prélasser au soleil.

Les étagnes sont dans une moraine, couchées sur le bord d’un grand replat qui m’est invisible depuis le bas. Je décide d’y grimper afin de jeter un œil. Je ne me trouve qu’à 100 mètres des femelles quand je distingue enfin l’ensemble du plat, toujours pas de mâles en vue. Ces dames accompagnées de leurs petits s’en vont tranquillement sur une arête des plus effilées, le soleil est rasant et je n’aperçois que leurs silhouettes entourées d’un halo de lumière. Une image magnifique et presque irréelle qui restera gravée dans ma mémoire.

C’est donc après deux heures d’efforts solitaires que je rejoins les collègues, bredouille mais la tête pleine de belles images. Ils me disent avoir aperçu deux bouquetins monter au-dessus d’eux mais n’ont pas pu les identifier précisément. Nous partons à leur recherche. Le terrain devient de plus en plus abrupt et la prudence est de rigueur, mieux vaut avoir le pied alpin. Nico nous impressionne, il grimpe sans sourciller, lourdement chargé de ses caméras et de son trépied sur l’épaule. Sa carrière de freerideur professionnel semble avoir fait de lui un solide montagnard.

Bingo!

Soudain j’aperçois un bouquetin surgir et se dresser sur une arête lointaine. En un éclair, je sors la longue-vue afin d’identifier l’imprudent, c’est un jeune mâle de 2 ans. Trop petit pour notre tir mais trop jeune pour être seul, nous fouillons les alentours, bingo! Nous l’avons trouvé! Un mâle de 3 ans est en train de brouter discrètement en contrebas.

Il est déjà 14h, s’ils basculent de l’autre côté la journée sera finie. Le terrain est trop escarpé pour prendre le risque de se faire surprendre par l’obscurité et aucun d’entre nous ne souhaiterait bivouaquer dans ces pierriers instables. C’est notre dernière chance, il faut y aller!

D’un pas rapide mais silencieux, Nico et moi attaquons l’approche. Il est très difficile de ne pas faire rouler de pierres dans ces éboulis. Nous voilà à 300 mètres, il s’est couché. Nous ne pouvons plus avancer à couvert mais le vent est favorable. Nous continuons notre approche de rochers en rochers, nous arrêtant pour observer son attitude. Soudain un magnifique mâle de 6 ans surgit au-dessus de lui, il se balade un peu et s’en va. Notre jeune mâle menace de le suivre. Nous accélérons le pas, il n’est plus qu’à quelques mètres de l’arête. Je prends mon télémètre, 175 mètres. Nous sommes à bonne distance pour garantir un tir précis, j’ôte mon sac le dépose devant moi et m’allonge pour le tir. Le bouquetin s’arrête juste avant l’horizon, c’est le moment ou jamais. J’expire longuement, bloque mon souffle et presse la détente en douceur. L’animal est traversé par un frisson, il fait quelques pas et disparaît.

Mon tir a été rapide mais je sais que j’ai bien lâché mon coup. Nous faisons signe à Louis de nous rejoindre. Malgré l’excitation et la trépidante envie d’aller trouver notre bouquetin, nous attendons Louis tranquillement. Il est toujours préférable de laisser un moment s’écouler avant d’aller lever le gibier.

L’émotion est grande…

Maxime Rey chasse le bouquetin sur au pied des Veisivi dans le Val d'herens.

Il est là, couché juste à 3 mètres du lieu du tir. Quel magnifique animal! C’est un jeune mâle de 3 ans, un prince des sommets. Nous remercions l’animal comme une offrande qui nous est donnée. L’émotion est grande et une certaine ivresse envahit la troupe mais il nous faut rapidement redescendre de notre petit nuage et repartir. Il est déjà 15h30 et nous avons presque 1000 mètres de descente à travers un dédale de falaises. A cet instant je remarque avoir malheureusement oublié ma corde dans la voiture. La fatigue est bien présente et nous allons devoir être attentifs et prudents, un accident gâcherait tristement la journée.

Nico va devant afin de trouver un chemin et nous indiquer les vires où passer. Louis et moi désescaladons lentement, chargés de notre prince, l’expérience est périlleuse et éprouvante. Après onze heures de marche nous voici enfin aux voitures.

Nous nous serrons la main et rendons un dernier hommage à notre splendide bouquetin. Nous sommes éprouvés mais heureux, remplis de cette joie indescriptible que seule une si belle journée en montagne peut offrir, cette joie que seuls ceux qui l’ont vécue peuvent comprendre.

Témoignages, 

Nicolas Falquet (cameraman)

Quelle est la différence entre un bon et un mauvais chasseur?

Quand mon «pote» Max me proposa de l’accompagner durant une journée de chasse en montagne, je n’avais ni la réponse à cette question, ni aucun préjugé (ou presque), concernant cette activité automnale si souvent décriée. L’opportunité était assez unique, Max avait eu la chance d’avoir été tiré au sort afin de prendre part aux «tirs annuels de régulation du bouquetin». Pour moi, peu importe la «cible», l’idée de passer quelques heures en montagne avec un pote passionné, suffisait à me convaincre et représentait pourquoi pas, un sujet à filmer. Je partais donc, ce matin d’octobre, le cœur léger et le sac à dos bien chargé, à la chasse d’images de chasse… Je ne vais pas décrire ce que j’ai vu, vécu et filmé durant cette longue journée en montagne (les images tournées ce jour-là résument tout), mais j’aimerais juste partager un sentiment; ce sentiment de respect que Max avait pour ce bouquetin qu’il allait tuer après de longues heures d’observation et de «traque». Mérité ou pas (ce n’est pas le sujet), ce bovidé semblait être pour Max un précieux cadeau offert par Dame Nature, et non pas une simple autorisation délivrée par le service cantonal de la chasse. Bref, ce jour-là, j’ai passé la journée avec un «bon» chasseur, je n’ai toujours pas la réponse à cette question universelle, mais je suis aujourd’hui convaincu qu’il existe des bons chasseurs.

Louis Dasselborne (photographe)

Que la chasse soit une passion, une parenthèse au quotidien ou une pratique décriée, aucune appréhension ne peut dénaturer cette journée. D’une randonnée sauvage en passant par un affût lumineux jusqu’à une conclusion empreinte de respect, les images ne sauraient mentir. Nous avons vécu une parallèle empreinte de grandeur sur les traces des rois de la montagne.

Texte Maxime Rey, photos Louis Dasselborne

3 Réponses

  1. Jorge López

    Allo.
    Je m’ appelle Jorge López, de l’Espagne.
    J’avais de chassé un très gros bouquetin de 90-100Cm a l’Octubre.
    Vou connais celui qu’avais de licence au Valais ou an otre lieu de la Suisse?
    Merci beaucoup Excuse moi pour mon français.
    Jorge.

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  2. Olivier Miche

    Bonjour,

    Magnifique leçon d’humilité, de respect et de chasse respectueuse.
    Bravo pour le reportage, images de montagne grandioses.
    Merci & meilleures salutations
    Olivier M

    Répondre
  3. Aya Jomphe

    Bonjour, bravo pour votre article très plaisant! Je suis de bordeaux et je suis passioné par ce sujet. Grâce à votre site que je viens découvrir au hasard d’un surf, je vais en connaître davantage. Amicalement.

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