Les tirs de régulation du bouquetin sont effectués durant la première quinzaine de septembre, en octobre et début novembre. Le chasseur d’un bouquetin conduit sa chasse sans être accompagné d’un garde-faune. Il se voit assigné le secteur où il fera son prélèvement, habituellement dans une zone de chasse du tireur qui connaît bien l’endroit et sa faune. «La chasse au bouquetin se déroulant en haute montagne, elle est très exigeante et requiert de bonnes connaissances du territoire, une aptitude à la montagne et une bonne condition physique» précise la fiche d’information bouquetin 2017… Mais, et c’était une première pour moi, je fus invité à prélever mon bouquetin dans une région que je ne connaissais quasiment pas : la zone du barrage du Rawyl.

Début septembre, je me suis donc rendu sur place pour découvrir la zone et tenter de localiser une colonie. Arrivé au barrage, je tombai sur une énorme colonie… de touristes, pêcheurs et randonneurs, dont certains avec des véhicules équipés pour y passer la nuit… Je me voyais mal tirer un bouquetin à quelques centaines de mètres des vacanciers et décidai de revenir en novembre, quand les touristes auraient quitté les lieux… Mais, en raison de l’été indien, randonneurs et pêcheurs étaient toujours nombreux. La date limite pour le tir étant fixée au 10, le matin du 9 plus question de reculer… j’ai décidé d’y aller.

«Tu attaques où ?…»

Départ du barrage dans la nuit pour une heure et demie de grimpe. A environ 300 mètres de l’endroit repéré la veille, persuadé d’être seul à cette altitude et à cette heure, j’entends, «tu attaques de quel côté ?». Je me retourne et vois trois personnes qui grimpent derrière moi, dont un jeune porteur d’une carabine… Je fais un geste de la main en direction du piton rocheux d’où je pensais avoir une bonne vue sur une colonie, le trio, sympa, part dans la direction opposée. Je reprends l’ascension… quand soudain un gros mâle bientôt suivi de quelques beaux boucs apparaît à une centaine de mètres, suivi par une petite cohorte de jeunes. La troupe marche lentement en direction de l’arête. Pas d’hésitation, il va falloir tirer vite en s’aidant du bâton pour stabiliser la carabine. Je balaie la zone dans la lunette de visée, passant de l’un à l’autre pour dénicher un jeune mâle ayant l’âge assigné. Je crois que je le tiens, mais j’hésite, il semble bien gros… Et pas question de se tromper, question de fierté, et les sanctions en cas de tir non autorisé sont dissuasives : si l’animal est plus âgé que celui attribué, il sera confisqué, trophée compris, et le chasseur devra s’acquitter d’une amende en plus du montant de la valeur de l’animal !

Surtout ne pas se tromper

Re-balayage de la petite troupe et je reviens sur celui déjà repéré. C’est décidé je vais tirer. Je tente de calmer un peu mon souffle court et au moment de lâcher le coup, je vois que derrière «mon» bouc, il y a un des gros qui risque d’être aussi touché. J’attends, l’œil rivé à la lunette, des secondes interminables… le duo se sépare et je tire : il bascule dans le pierrier, les autres accélèrent à peine le pas et disparaissent sur l’arête. Je grimpe rapidement pour m’assurer que c’est bien le bouc prévu. J’appelle le garde-chasse pour l’avertir que j’ai tiré, et convenir de l’endroit où nous nous retrouverons pour lui présenter le bouc et remplir la formule destinée au Service de la chasse. Pour être vraiment rassuré, je lui expédie aussi la photo de la tête du bouc, il me confirme que c’est bien un bouc que je pouvais tirer… Ouf !

Après avoir tiré, reste à passer au stade de l’après coup de feu, avec l’éviscération et l’examen sanitaire. Et là les éboueurs venus du ciel ne se font pas attendre : une nuée de chocards à bec jaune, sortie de je ne sais où, tourne déjà au-dessus, attendant à peine que je m’éloigne de quelques mètres pour passer à table et nettoyer la place.

Reste à ramener le bouc qui doit peser plus 40 kilos… Quelques heures plus tard, je trouve le garde à l’endroit indiqué. Il examine le bouc et mesure ses cornes : 37 centimètres.

Belles soirées en vue…

Un ami, boucher au val d’Anniviers (ma zone de chasse), se chargera de la suite. Je cuisine ma chasse que je réserve aux amis. La fin de l’année ne sera pas triste : le boucher m’a promis du civet, des médaillons mais aussi du pâté en croûte aux pruneaux et des côtelettes de bouquetin. La cuisine et la chasse ont un point en commun : le stress du chasseur puis… du cuisinier.

Texte et photos Jean Bonnard

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