Nous voici à la fin de cette dernière saison de chasse, qui aura connu de nombreuses journées riches en lumière, due à une météo particulièrement clémente pendant les mois d’automne. Les quelques épisodes pluvieux et neigeux n’ont pas affecté fortement les sorties de chasse, tout au moins dans les secteurs de moyenne montagne et de plaine. Dès la fin de la réalisation des plans de tirs des cervidés, la chasse du sanglier a certainement réjoui une grande partie des groupes, tant l’espèce a été bien représentée un peu partout. Pour le petit gibier, le lièvre n’a pas trop fait défaut, mais les chasseurs de plume, en montagne en particulier, ont trouvé la neige assez tôt dans la saison. La reproduction du tétras-lyre a été bonne et les chasseurs aguerris aux exercices physiques sérieux en ont certainement bien profité pendant leurs sorties. Pour le gibier de passage, on aura pu, une fois de plus, remarquer une présence souvent très décalée dans le temps et celle de la bécasse n’y a pas échappé ! Quelques oiseaux sont restés chez nous malgré les intempéries, l’absence de gel important ne les a pas poussés vers le sud et il est fort probable qu’il en subsiste quelques-uns ici ou là. Lors du passage de la Toussaint, les oiseaux ont été nombreux et ceux qui se sont arrêtés sur les sommets du Jura sont restés bien quelques jours les pattes dans la neige. En circulant autour du petit lac, que d’aucuns appellent le «lac de Genève», j’ai été frappé par la présence très modeste, presque inexistante, des canards dans la rade, ainsi que le long de la côte. Mais où sont passés les grands vols de fuligules morillons, de miloins et de garrots à œil d’or, tous ces canards plongeurs qui se gavent habituellement des moules zébrées ? Est-ce la carence de ces mollusques ou une migration particulière qui sont responsables de cette absence ? Si je me réfère aux chasseurs de la Baie de Somme, j’en ai rencontré quelques-uns, il semblerait bien qu’il s’agisse de la deuxième raison.

Le loup ne laisse malheureusement pas que des traces de pas.

Et le loup dans tout cela ?

«Promenons-nous dans le bois, pendant que le loup n’y est pas !». En fait, ce refrain chanté par les enfants lors de leurs jeux n’est plus vraiment d’actualité, car le loup n’est plus de passage, il est réellement en phase d’installation chez nous. En même temps que des meutes se sont formées dans nos pays voisins, la souche «italienne» continue d’essaimer des sujets au-delà de ses frontières. A l’image des grands clubs de football, des «renforcements» s’organisent de plus en plus et l’on ne craint plus la «présence étrangère au sein des équipes», car ce qui compte c’est qu’il faut gagner vite et bien, à n’importe quel prix. Tant pis pour les éleveurs, ils n’ont qu’à faire avec ! Et l’information de certains milieux continue de tenter de faire croire que le prédateur va régler les problèmes causés par le grand gibier. Les loups du Calanda (GR) régulent désormais les cervidés de la région. Et la forêt les remercie ! peut-on lire dans Coopération No 49 du 5 décembre 2017. Si l’on écrit aussi que la population des cervidés du Calanda a diminué d’un tiers, alors qu’elle a augmenté de 18 % dans le reste du canton, on dit aussi : Il faudra encore du temps pour que les effets concrets du rôle de la meute soient vraiment visibles affirme Mme Sara Wehrli, responsable des grands prédateurs chez Pro Natura. Mais l’experte reste lucide : La coexistence avec le loup est une décision politique et non écologique. Dans ce même article, on fait référence à une expérience qui a commencé en 1995 dans le parc national du Yellowstone où l’on a réintroduit quatorze loups. Depuis, l’équilibre de la nature a fait son grand retour, le paysage et la biodiversité ont changé ! Découvrez cette merveille en vidéo sur notre site : www.coopération.ch/loup.

Curieux, je suis allé voir sur ce site et j’ai compris la merveille !

Prédation d’un tétras-lyre, là le chasseur n’y est pour rien et le coupable a laissé la preuve !

Réintroduction réussie, ou pas !

Le repeuplement avec des loups canadiens pure souche en 1995 dans une partie du parc de Yellowstone a permis un rééquilibre intéressant de la biodiversité menacée par une trop forte expansion des cervidés. Un suivi très sérieux de la meute a permis d’assister à de nombreux changements, tels celui d’une forte diminution des coyotes, en même temps que les loups s’en sont pris aux ongulés. Le secteur, hanté par la meute, a donc rapidement trouvé un meilleur écosystème végétal et faunistique. Mais, vingt ans plus tard, le parc fait face à un étrange phénomène, et la population de cerfs diminue trop. Si le grand prédateur semble être, a priori, à l’origine de cette situation préoccupante, plusieurs indices ont amené les scientifiques à chercher ailleurs. D’abord l’âge des biches en gestation est plus important que la normale, soit 9 ans et plus. Et, malgré une très importante mise bas printanière, seul un tiers des jeunes subsiste à la fin de l’été. Après recherches, il s’avère que la cause de ces pertes inhabituelles trouve son origine du côté des ours noirs et grizzlis qui se sont mis à prédater les faons de cerfs, plutôt que les poissons. Après investigation, les biologistes ont finalement trouvé des réponses, et pas forcément là où on s’ y attendait.

En fait, dans la rivière du Yellow-stone, la truite fardée remonte chaque année au moment de la fraie printanière et devient la principale source de nourriture des ours noirs et grizzlis. Mais une autre espèce de truite de lac, réintroduite, très vorace, qui vit et fraye en profondeur, est devenue la prédatrice primaire de la truite fardée. Privés de leur ressource habituelle, les ours se sont donc tournés vers les faons de cerfs pour assurer leurs réserves de nourriture grasse. Ceci explique cela. Pour enrayer le phénomène, les responsables du secteur tentent une pêche intensive de cette truite de lac et la destruction de ses alevins afin de reconstruire l’équilibre de la chaîne alimentaire des différentes espèces. Cet exemple démontre une nouvelle fois combien l’intervention humaine dans la nature peut être tant salvatrice que destructrice !

Discrète, la petite chevrette !

Et plus près de chez nous ?

Une situation qui nous rappelle que l’arrivée «naturelle» du loup en France (on commence à être sceptique sur l’adjectif) ressemble de plus en plus à un essaimage qui rend éleveurs et chasseurs très nerveux et anxieux. Le Nice-Matin du 18 octobre 2017 relève ainsi : «Trente jeunes ovins ont été égorgés, dans la plaine de Valderoure du haut-pays grassois, dans un troupeau de trois cent cinquante moutons d’un parc gardé et fermé par une clôture électrifiée. Le couple d’éleveurs n’a pu que constater la mort d’une brebis, d’un tardon (agneau plus gros, monté en alpage et vendu dès la descente), de vingt-trois agneaux et cinq autres blessés. Il semblerait que ce soit le forfait de jeunes loups qui s’entraînent à la chasse ! L’an dernier, à la même époque, une attaque similaire a été avérée sur un troupeau de huit cents bêtes. Dans le Var, comme ailleurs, des attaques ont lieu proche des habitations et parfois même en plein jour. Les éleveurs ont bien sûr réagi, et le quotidien des Alpes Maritimes du 4 décembre s’en fait l’écho : L’Association des communes pastorales de la région Provence Alpes Côte-d’Azur a adopté une résolution invitant les maires des communes adhérentes, dont les éleveurs sont victimes d’attaques d’animaux errants, à prendre un arrêté original. Celui-ci prévoit que tous les animaux errants sur le territoire de leur commune et susceptibles de représenter un danger grave et immédiat pour les personnes ou les animaux domestiques, et en particulier les animaux d’élevage, devront être appréhendés et placés dans un lieu de dépôt adapté à leur garde pour faire l’objet d’un examen vétérinaire destiné à déterminer leur espèce d’appartenance. Reste à savoir si la mesure aura une quelconque efficacité ? 

A noter encore que l’ACP PACA conteste le nombre de trois cents loups annoncés par l’Etat, et estime qu’ils sont actuellement plus de cinq cents, une situation insoutenable pour la profession. Face à ce fait établi, les éleveurs qui tentent de sauvegarder leur gagne-pain se sentent forcément lésés, au nom d’une certaine vision de la biodiversité de la faune.

Texte Alain Rossier, photos Alain Rossier, Baldeck, Rodolph Rauber

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