A la voir gambader avec le fusil et sa canne, on peut se demander si l’officier d’état civil de l’époque n’a pas vu déraper sa plume! Et pourtant il n’y a, semble-t-il, pas de secret si ce n’est les dons de la providence, le plaisir de la nature et de la compagnie en chasse.

Maryse et son chevreuil 2016.

1 LES SECRETS DE LA LONGEVITE

Maryse, une longue histoire de vie?

«Oh oui! Mais merveilleuse. Elle a débuté à Orbe où je suis née. J’étais fille de brasseur et j’ai donc travaillé à la brasserie familiale. Nous avions aussi de la campagne, dont la culture de betteraves sucrières ou fourragères et l’élevage du bétail. Puis à l’âge de partir, j’ai appris nurse et j’ai exercé cette profession chez des privés puis dans une clinique d’enfants prématurés. J’ai été alors un peu déçue car on sauvait des enfants mais souvent ils finissaient paralysés. Parfois je me disais qu’on aurait mieux fait de les laisser partir. J’ai donc arrêté le métier et suis revenue à la Brasserie d’Orbe qui était exploitée par mon père et ses trois frères. Puis un jour au Comptoir de Lausanne, j’ai rencontré mon mari et tout a changé!»

La famille est arrivée?

«Oui! Je me suis mariée à l’âge de trente-quatre ans et je vis toujours avec mon époux qui est de trois ans mon cadet. Nous avons eu trois enfants, deux filles et un garçon. Cette descendance me comble car ma fille Laurence, mon fils Ghyslain dit Toutoune, mon petit-fils Sébastien sont, avec deux amis, mes compagnons de chasse.»

Pourquoi pas votre mari dans ce groupe?

«Parce qu’il n’est pas chasseur! Il adore l’eau et s’envole aux Canaries ou ailleurs lorsque j’arpente les sous-bois avec mon fusil. Par contre il cuisine aussi très bien la viande de chasse que nous affectionnons tous les deux déguster. Cela me convient parfaitement et, semble-t-il, à lui aussi!»

Comment passe-t-on de la brasserie ou de la nurserie à la chasse?

«Mon père était chasseur et dès mes six ans il me traînait dans les marais de l’Orbe. Il me mettait dans les coins pour voir où passaient les canards. Autour de mes 25 ans, j’ai obtenu le permis de chasse vaudois. C’était la première année qu’il fallait passer des examens. Après mon mariage, j’ai élevé mes enfants. Pour élever mes petits, j’ai fait un break sur le permis de chasse. Mais j’avais un ami neuchâtelois qui était d’Orbe et j’allais beaucoup l’accompagner en chasse. Il m’a souvent dit «Il faut faire ton permis». Dès que les enfants sont sortis de la coquille, j’ai réussi le permis neuchâtelois. Puis départ! Et je n’ai pas encore franchi l’arrivée! Je ne sais même plus compter combien j’ai de permis. Ce n’est pas important car je chasse chaque année!»

La jeune Maryse et son père à la chasse en 1943.

4 LES SECRETS DE LA LONGEVITE

Quels sont vos gibiers de prédilection?

«Avant tout le chevreuil! Aussi le lièvre. Je n’ai jamais été une passionnée du sanglier même si dans ma région il y en a. J’ai pris deux fois le permis chamois et ai tiré mes deux chamois. Je n’étais pas accroc à cette chasse. Je trouvais que c’est un peu criminel car on approche. J’étais trop habituée avec le chien courant. Le gibier a sa chance. Et en cuisine, je préfère le chevreuil au chamois.

Dans la plaine de l’Orbe, on avait des faisans, des perdrix, du coq de bruyère, de la bécasse. On était gâté! Il y avait de beaux oiseaux! C’était merveilleux! Mon père était un spécialiste du chien d’arrêt. J’ai toujours aimé chasser avec le chien. D’abord les chiens d’arrêt puis, avec l’âge je suis venue aux chiens courants.»

Quel rapport entre le chien courant et l’âge?

«Le chien courant est sensé ramener le gibier vers le chasseur. Comme cela le chasseur a moins à trotter car c’est le chien qui court. En vieillissant, c’est quand même un peu plus agréable. On se poste au coin du bois et on attend!»

Vos meilleurs souvenirs de chasse?

«Il n’y en a pas car ils sont tous merveilleux. Dans la plaine de l’Orbe, il y avait des concours de chiens. Il y avait des pointers, des setters, des chiens anglais! C’était extraordinaire! Même lorsque le gibier n’est pas au rendez-vous, la chasse est merveilleuse. Mon plus grand plaisir est la vie avec les compagnons de chasse. Regardez! Autour d’un feu, n’est-ce pas un vrai bonheur? Encore cette saison, j’ai eu la chance de prélever un beau brocard.»

Comment voyez-vous l’avenir de la chasse?

«J’ai été secrétaire de la Diana neuchâteloise durant des années, j’ai fonctionné comme garde-chasse auxiliaire durant une quinzaine d’années, ma fille est présidente de La Saint-Hubert, mon fils aide au gardiennage en qualité d’auxiliaire! J’ai entendu et entends encore parler de chasse! Elle ne va pas dans le bon sens! Les opposants n’y comprennent rien! La réglementation, cela devient de la folie! Je ne sais pas si on pourra continuer à chasser! Mais je n’y pense plus tellement. Ce n’est plus de mon âge! Je chasse et j’ai du plaisir! C’est cela qui compte!»

Les compagnons de chasse, sûrement un des secrets.

2 LES SECRETS DE LA LONGEVITE

Mais encore faut-il pouvoir la pratiquer à la nonantaine! Quel est votre secret?

«Oui c’est vrai! J’ai de la chance. J’ai des compagnons formidables et je n’ai pas d’ennuis de santé! Des secrets? Je n’en ai pas! Il faut vivre pleinement l’instant présent!»

Merci Maryse et bon vent!

Interview Chasie, photos Chasie et Collection Weber

 

 

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