Lsituation géographique et le climat particulier du Valais, notamment certains sites spécifiques, favorisent la croissance de plantes d’origines méditerranéennes qu’on ne trouve nulle part ailleurs, ou seulement en quelques points isolés du Tessin ou des Grisons. Dans son livre Fleurs rares du Valais, Egidio Anchisi qui a parcouru le canton en tous sens dénombre près d’une centaine de ces plantes rarissimes. Grengiols pour ses tulipes, Mund pour son safran, les coteaux de Tourbillon ou les pelouses alpines dans la région de Zermatt sont des hauts lieux floristiques du Valais, mais le site le plus connu des passionnés de la nature se situe au coude du Rhône. Cette région située sur la rive droite du fleuve porte le nom de Follatères. L’arête rocheuse descendant du Sex-Carro, qui culmine à 2091 mètres d’altitude jusqu’en plaine pour servir de butoir au Rhône, marque la limite entre le climat atlantique frais et humide et le climat continental qui bénéficie de plus d’ensoleillement et de moins de précipitations. Ces coteaux battus par le vent et brûlés par le soleil garantissent une diversité exceptionnelle en variétés steppiques et offrent, sur un territoire d’environ 500 hectares entre Dorénaz et Branson, une chance unique de prospérer à une multitude d’espèces végétales.

Certaines années, les bulbocodes apparaissent fin janvier.

Beauté éphémère, loponce ou figuier dInde fleurit sur les pentes rocheuses.

Méditerranée au cœur du Valais

La particularité météorologique des Follatères est telle que même en période hivernale, la végétation n’est pas complètement interrompue. Le bulbocode, l’une des curiosités du site, est là pour le prouver. Fin janvier déjà, mais surtout en février et mars, alors que la neige persiste sur le versant opposé de la vallée du Rhône à pareille altitude, il apparaît sur les pentes, dans les herbes sèches ou dans les sous-bois, parmi les feuilles mortes de la chênaie. Très localisé, mais abondant aux Follatères, le bulbocode est une aubaine pour les papillons en cette période de l’année.

Venue des régions méditerranéennes, la rarissime et très localisée coquelourde qui bénéficie d’une entière protection s’épanouit en lisière des éboulis. L’orlaya, une ombellifère provenant de la même région, constitue également une des curiosités du coude du Rhône. Sur le coteau, cette plante aux délicates fleurs finement découpées déferle en vagues blanches entre les vignes, les taillis et les rochers sous les caresses de la brise printanière. En Suisse, c’est un spectacle que seules les Follatères peuvent offrir car c’est l’unique endroit qui abrite une colonie aussi importante de cette magnifique ombellifère. Le houx est assez commun dans nos forêts où il pousse ça et là, isolément. Aux Follatères, il forme une véritable forêt qui se situe sur le versant de la commune de Dorénaz, un peu en aval de l’arête, à 1000 mètres d’altitude. Elle a fait l’objet de nombreuses études, car la présence d’une telle forêt sous ces latitudes est vraiment insolite.

La région des Follatères est riche en contrastes. Avec les orchidées dénommées acéras homme-pendu, les orchis pyramidal, brûlé, bouffon ou sureau voisine un végétal qui représente même une exclusivité mondiale. Il s’agit du pois élevé de Fully, une plante grimpante à l’état sauvage, fleurissant en mai et en juin. Cette curiosité botanique qui peut atteindre 1,3 mètre de hauteur n’est signalée nulle part ailleurs.

Redoutable prédateur, la mante religieuse a capturé un bourdon et le dévore.

Dès la fin mai, la cigale signale sa présence par son cri strident.

Cactus et lézards

Si la présence de la plupart de ces végétaux date de nombreux millénaires, certains, plus récents, la doivent à l’intervention de l’homme. Pourtant, ces plantes ne peuvent s’acclimater que si elles trouvent des conditions climatiques favorables. C’est le cas d’un cactus appelé oponce ou figuier d’Inde, originaire d’Amérique du Nord, introduit par des Espagnols voici plus de trois cents ans. Capable de supporter de légers gels en hiver, ces cactus prospèrent sur les pentes rocheuses en aval de Branson. Friands de fruits de cactée, oiseaux et lézards ont contribué à leur dissémination.

La diversité de la petite faune des Follatères est également bien connue au-delà de nos frontières. Parmi les insectes les plus remarquables, il faut citer la saga pedo, une sauterelle rarissime qui peut atteindre 17 centimètres de longueur, la mante religieuse appelée ainsi en raison de son attitude de recueillement et qui peut tourner sa tête à 180 degrés, l’ascalaphe aux ailes translucides tachées de jaune ou de blanc, et la cigale qui signale sa présence par son chant stridulant dès la fin du mois de mai.

Texte et photos Georges Laurent

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