L22 novembre 2017, une conférence de presse s’est déroulée à la Chambre d’agriculture de l’Isère à Grenoble dans le but de divulguer les résultats des démarches avancées qu’ont réalisées de leur propre initiative un collectif d’éleveurs du Plateau du Larzac.

Pourquoi une telle démarche ?

Il faut d’abord relever qu’en France, en 2016, près de 10 000 brebis ont été reconnues officiellement et indemnisées comme ayant été victimes des grands prédateurs. En 2015, ce sont également près de 500 caprins et 150 bovins qui viennent s’ajouter à la liste des proies attribuées aux loups. Le nombre d’attaques évolue de manière inattendue puisque les dégâts sur les troupeaux protégés ont largement dépassé ceux causés en zone non protégée. Les éleveurs éprouvent un ressenti de mensonges ou de dissimulations depuis le «retour» des loups en France. Ils ont l’impression que l’estimation officielle du nombre de loups est en décalage total avec la réalité basée sur la quantité d’animaux d’élevage tués ou blessés et sur la présence visuelle des loups. Les constatations du stress des chiens de protection qui n’ont pratiquement aucun repos, qui sont aussi tués ou blessés par les loups ou en fuyant les prédateurs, interpellent. L’évolution du comportement des loups est par ailleurs en contradiction avec les théories académiques. Les attaques se déroulent de plus en plus proches des activités humaines, des chiens de troupeau sont attaqués à la porte des maisons, et s’est installé ainsi le sentiment que le loup n’a plus peur des hommes. L’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) n’a jamais donné suite à la demande des éleveurs qui souhaitaient avoir le retour des résultats des analyses. Il a par ailleurs toujours refusé de procéder à des prélèvements sur les victimes mais s’est limité à analyser uniquement des échantillons sous la forme de crottes ou de poils de loups dans un but de suivi de la population-loups et de son expansion. Ces raisons ont motivé les éleveurs à prendre les choses en mains en organisant des analyses génétiques indépendantes.

L’animateur de la journée : Bruno Lecomte, chevrier et réalisateur de vidéos sur les loups.

Pourquoi des analyses génétiques ?

Seule l’analyse génétique identifie avec certitude l’auteur de la prédation. Elle permet également didentifier l’origine de l’individu et détermine notamment s’il s’agit d’un loup, d’un hybride ou d’un autre carnivore. Le dénombrement des populations et leurs similitudes dans le monde rend possible l’établissement des origines.

Auditoire attentif pendant l’exposé de Grenoble. Une délégation suisse au premier rang.

Procédure et déroulement des analyses

Les prélèvements ont été effectués sur les victimes animales de la prédation, sur les crottes et les poils laissés par les prédateurs ou encore sur des ossements. Ils ont été réalisés par des personnes formées sur la méthode, notamment sur le matériel, les précautions, les consignes et les fiches de renseignements. Les échantillons prélevés ont été remis à un laboratoire indépendant remplissant les critères de capacité à réaliser des analyses génétiques sur les loups, en possession de bases de données sur les canidés et bénéficiant des accréditations et des certifications. Le choix s’est porté sur l’entreprise allemande ForGen qui pratique la génétique médico-légale à Hambourg. Ce laboratoire est certifié par le service allemand d’accréditation selon la norme ISO 17025. Il réalise des tests de filiation et des analyses génétiques même avec des traces minimales. Il procède à de telles recherches sur des animaux pour l’identification des espèces ainsi que pour l’examen de bâtardises des chiens. Il est expert reconnu auprès des tribunaux et les analyses sont effectuées avec des normes de qualité identiques, que les échantillons soient humains ou de provenance animale. Les analyses en laboratoire ont été conduites par des scientifiques : le Dr Nicole von Wurmb-Schwark, auteure de huitante articles dans des revues internationales et plus de cent cinquante rapports et contributions scientifiques, formatrice à l’Ecole de police sur la génétique médico-légale et enseignante universitaire, et le Dr Jan-Hendrik Modrow, expert en génétique animale ayant soutenu une thèse de doctorat consacrée au typage génétique des animaux.

Les types d’analyses

Avec l’analyse mitochondriale, l’ADN du mâle (paternel) fusionne avec l’ADN de la femelle (maternel) dans le noyau de l’ovule mais les mitochondries de l’ovule ne captent pas l’ADN paternel. Il ne subsiste en finalité que l’information génétique maternelle. On ne retrouve donc que la ligne de l’ascendance maternelle.

Ascendance = mère loup et père chien : l’analyse génétique mitochondriale identifie le loup hybride comme un loup normal.

 

 

Ascendance = mâle loup et mère chien : l’analyse génétique mitochondriale identifie un loup hybride.

Autrement dit, si le mâle est loup pur et la femelle chien, l’analyse génétique de la descendance conclura à l’identification d’un loup hybride. Par contre, si la femelle est loup et le mâle chien, l’analyse de la descendance identifiera un loup alors qu’en réalité elle est aussi hybridée. La méthode de l’analyse mitochondriale ne permet pas de détecter une ascendance paternelle chien. Donc, le cas échéant, le résultat sera l’identification d’un loup pur même s’il y a un chien dans l’ascendance paternelle.

Pour les analyses confiées par les éleveurs, le laboratoire a choisi la méthode génétique basée sur dix marqueurs ADN nucléaire. ForGen possède une base de données de 700 chiens sur 100 races différentes et une base de données de 120 loups de différentes origines géographiques. Cette méthode d’analyse permet de détecter la présence des gènes du chien et du loup, peu importe les sexes (père loup / mère chien ou père chien / mère loup) des deux géniteurs. L’identification des hybrides est ainsi garantie.

Les résultats

Complets et détaillés, ils ont été présentés à la conférence de presse par Mme Dr Nicole von Wurmb-Schwark qui a souhaité ainsi engager la réputation de rigueur scientifique du laboratoire ForGen. Ils ne sont donc pas le fruit d’une interprétation par les éleveurs eux-mêmes. Dans la quasi-totalité des analyses des échantillons prélevés en France, le laboratoire allemand a retrouvé des allèles génétiques relatifs à des origines russes, lettones et baltes. ForGen a également analysé dix crottes de loups prélevées dans les Abruzzes. Celles-ci ont révélé, comme en France, des allèles spécifiques de loups russes. Elles ont détecté un allèle «80» inconnu pour le laboratoire et absent dans les analyses faites en France, ni recensé dans la base de données de ForGen qui comporte pourtant cent vingt loups de différentes origines géographiques, avec quatre sous-espèces. S’il s’agit d’une spécificité du loup italien présent dans les Abruzzes, la conclusion est qu’aucune trace d’origine italienne n’a été découverte sur les loups français qui ont fait l’objet des analyses confiées à ForGen. Concernant le Plateau du Larzac, les vingt analyses complètes basées sur les échantillons remis par les éleveurs ont démontré vingt hybrides. L’analyse morphologique d’un crâne, retrouvé en zone loups (Var, France) le 7 juillet 2017 et réalisée indépendamment des analyses génétiques, a confirmé par l’appréciation de Kaj Grandlund, un scientifique international, qu’il s’agissait aussi d’un loup hybride. Tous ces résultats corroborent les intuitions des éleveurs.

Dr Nicole von Wurmb-Schwark présente les résultats du laboratoire ForGen.

Conséquences

L’ONCFS est ainsi interpellée sur plusieurs questions. Cet office affirme prendre au sérieux ces résultats et les prémices d’un dialogue constructif semblent s’engager. Un premier pas pourrait se dessiner par la volonté de mettre en relation les laboratoires Antagene, qui ont effectué les analyses pour l’ONCFS, et ForGen. Le Premier ministre français a été interpellé par les sociétés d’élevage de France car le Plan Loup 2018 / 2023 est en préparation. Ces résultats posent les mêmes questions sur la situation suisse. D’autre part, les loups hybrides ne sont pas protégés par la Convention de Berne qui souhaite même leur éradication.

Affaire à suivre.

Texte Chasie, photos Jean Bonnard

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.