J’ai envie de vous parler de lui au présent, comme s’il était simplement parti faire des courses pour nous concocter un magnifique repas dont il a le secret, ou bien qu’il soit descendu à la cave pour choisir la meilleure bouteille qui devra accompagner son œuvre culinaire.

Sincèrement, parler de Michel c’est comme ouvrir un puits de connaissances diverses qu’il sait dispenser généreusement à qui veut bien lui prêter attention. C’est, par exemple, prendre de bonnes leçons de pêche à la truite dans le cadre idyllique des petits ruisseaux qu’il se plaît à fréquenter hors de la vue de concurrents qui ne sauraient pas en tirer le meilleur profit. Lui va te parler de ses «jus» qui coulent en serpentant au travers d’un environnement alpin, là où la reine des truites, la fario, va grandir tranquillement au rythme des saisons. Il te dira que ce milieu est magnifique, coloré et offre à l’eau une belle limpidité, où le poisson noble devra se nourrir le mieux possible pendant la belle période, car souvent l’hiver se prolonge ici et les proies peuvent être rares. En feuilletant sa dernière œuvre littéraire, Sur la trace du lièvre, Editions du Dojo, on se rend vite compte que l’eau, l’élément liquide indispensable à toute vie sur cette terre, le fascine pour ce qu’elle est capable de donner et d’abriter. Dans un passage des premières lignes du bouquin, Michel évoque justement tout ce qui le fascine : En plein dans la tourbe et les sphaignes juteuses, «la trace du lièvre», une trace de lièvre se remplit lentement d’un mince filet d’eau trouble… Sa passion pour l’excellence du naturel aiguise son don d’observation, titille ses neurones et lui permet d’aligner les beaux mots et les belles phrases, pour le plus grand plaisir de celui qui les découvre, confortablement installé dans son fauteuil. Pour mieux arriver à te faire comprendre ce qu’il vit et ce qu’il ressent, Michel manie avec art les pinceaux, couche sur le papier ce qu’il a découvert, avec délicatesse et amour. Ses aquarelles sont criantes de vérité, mais surtout elles révèlent en couleur la sincérité et la grande sensibilité de sa personnalité.

Qu’est-ce qu’il y a sous «la galette» ?

Le «tendre rocher» valaisan que Michel incarne par ses allures, en raccourci «Le Breg», cache sous sa «galette», entendez par là son grand béret noir qu’il porte sitôt le pas de porte franchi, une chevelure en bataille où le peigne pourrait parfois se casser les dents et abrite en cas de pluie une barbe hirsute et bouclée. En permanence, ses yeux pétillent de malice lorsqu’il évoque ses histoires vécues, ses blagues parfois acidulées, mais aussi chaque fois qu’il prend plaisir à te rencontrer. Indépendamment de sa «bien-portance» visible, Michel recèle énormément de sentiments et sait cultiver l’amitié qu’il te porte indéfectiblement ! Ensemble et avec d’autres amis dévoués, nous avons tenté d’animer, sans fausse pudeur et avec sincérité, notre revue romande pendant vingt ans et plus. En prenant les rênes de la rédaction, Le Breg guide admirablement le journal mois après mois, dispense son savoir et son expérience tout en motivant ses aides avec fermeté, mais aussi avec énormément de respect. Sauf lorsqu’il s’adresse aux adversaires de notre belle chasse, Michel met en valeur notre activité cynégétique, se reposant toujours sur la compétence des auteurs qui l’accompagnent. Pour le gibier et sa biologie, il utilise toujours le vrai vocabulaire, celui qui porte aux nues le bouquetin vaillant et fier, le chamois habile, le fringant chevreuil, le lièvre malin devant les chiens, et tous les beaux oiseaux tels le tétras-lyre, le lagopède ou la bécasse. Mais il est vrai aussi que Le Breg les vénère encore plus lorsqu’il leur a fait partager ses heures en cuisine et augmente encore plus la reconnaissance qu’il porte aux belles et bonnes choses que la nature lui offre. Quand il m’explique au téléphone, avec force détails, ce qu’il a réservé à ses amis qui se sont chargés de prélever le bouquetin auquel il a droit, l’art culinaire arrive rapidement au sommet du respect et de l’amour qu’il offre généreusement aux «bons morceaux» et du coup, mes papilles jouissent des goûts et saveurs sauvages. En revanche, s’il n’est pas forcément doué pour conduire un chien d’arrêt à la chasse, il me régale de ses propos en me racontant les aventures qu’il a vécues avec l’un ou l’autre de ses pointers.

Michel, c’est tout cela à la fois, condensé dans ces quelques lignes sans prétention, mais sincères.

Je propose à tous ceux qui, comme moi, ont eu le privilège de le côtoyer en société, sur le terrain de chasse ou au bord de la rivière, de s’adresser à lui le plus souvent possible, comme s’il était là au moment présent.

Je suis certain qu’il saura encore prendre part à la conversation et qu’il n’oubliera jamais de nous rappeler qu’il nous porte une INDÉFECTIBLE AMITIÉ, ce que nous lui devons bien !

Texte et photo Alain Rossier

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