Il y a quarante ans, en 1977, la Suisse devait affronter une redoutable maladie virale frappant les mammifères, et donc les humains: la rage. Et cette année-là, pour la première fois depuis la guerre, trois personnes décédaient de la rage en Suisse.

Les gardes-faune, en première ligne pour tenter d’enrayer «sa progression tel un incendie», en gardent un souvenir indélébile: «Je n’ai jamais oublié cette folle année 1977» confesse le garde-chasse vaudois Bernard Raymond, un acteur qui nous rappelle ce combat (page 6).

«Les surveillants auxiliaires et les chasseurs ont réalisé un immense travail» déclare l’ancien garde permanent vaudois. Et de nous raconter le stress, les hésitations face au choix du vaccin pour les gardes, les captures de chiens et chats, ou encore ce bricolage d’un porte-bagage sur le toit de sa WV Coccinelle pour transporter par centaines des animaux pour analyses vers l’institut Galli-Valerio, ou très souvent directement vers les centres d’incinération.

«Ces animaux victimes de la rage, dans la dernière phase de la maladie, souffraient énormément. Les délivrer rapidement et proprement était une nécessité et nos calibres 12 ont rendu de bons services. En l’absence du garde et du gendarme, le chasseur local était le mieux habilité à régler l’affaire…»

A quelque chose malheur est bon: «La même année, le peuple vaudois était amené à voter une initiative (l’initiative Teuscher, ndlr) visant à interdire la chasse. La plupart des gens avaient pu se rendre compte que les grands idéaux de protection totale étaient une utopie complète. Ils ont aussi compris le rôle utile joué par les chasseurs durant cette crise». L’initiative vaudoise de 1977 fut largement rejetée, trois ans après que Genève avait interdit la chasse. En fait, avec le recul, on constate que Genève n’a pas vraiment interdit la chasse mais plutôt les chasseurs, remplacés par des gardes professionnels…

La lutte contre la rage fut un succès retentissant, du fait de l’engagement des gestionnaires de la faune (gardes et chasseurs) sur le terrain et aussi grâce à une campagne de vaccination originale des renards, préconisée par un chercheur et professeur de l’Université de Berne, Franz Steck, qui a mis au point le système de vaccination au moyen de sachets cachés dans des cous de poulets. Malheureusement, la campagne fut dramatiquement endeuillée par un accident d’hélicoptère qui coûta la vie à six personnes, dont le professeur Steck, le vétérinaire cantonal valaisan et son adjoint, le chef pilote d’Air-Glaciers Fernand Martignoni et deux autres personnes.

NB: Aujourd’hui, la rage revient depuis l’Europe de l’Est. Elle est présente au nord-est de l’Italie. Les autorités helvétiques sont en contact étroit avec leurs homologues italiens­: «Si la rage devait se rapprocher, la Suisse analyserait l’opportunité de répandre des appâts pour les renards» confiait en août dernier la porte-parole de l’Office vétérinaire fédéral.

Jean Bonnard, rédacteur de «Diana Chasse et Nature»

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