De la plaine jusqu’aux neiges éternelles, l’avifaune varie selon l’altitude, l’orientation des pentes et les saisons. Certains oiseaux qui vivent à l’étage montagnard s’observent également en plaine. Mais au-dessus, plus spécialement depuis la limite supérieure des forêts, la végétation qui se réduit amène une inévitable sélection.

Le venturon montagnard s’active à la limite supérieure des forêts.

Paradis des passereaux

Les Alpes comptent une trentaine d’espèces considérées comme montagnardes, mais à la limite de l’étage nival, vers les derniers gazons entrecoupés d’éboulis et de rochers, les conditions de vie sont extrêmement difficiles, ce qui limite considérablement leur nombre. A cette altitude, les nuits sont particulièrement fraîches et la neige peut tomber en plein été, durant la période de nidification. Pourtant, des oiseaux ont réussi, petit à petit, à s’adapter à ce milieu hostile. C’est le cas du lagopède, relique de l’époque glaciaire, qui ne descend jamais au-dessous de la lisière supérieure de la forêt, même lors des grosses chutes de neige. Il en va de même pour le chocard à bec jaune. En période hivernale, ce dernier qui vit en colonie s’approche des agglomérations pour quémander de la nourriture, mais remonte toujours dans son domaine pour y passer la nuit.

Ils sont peu nombreux, mais d’autres petits passereaux, prodiges d’adaptation, fréquentent ces hauteurs dénudées. Tout d’abord, l’accenteur alpin qui évolue avec aisance parmi les quartiers de rocs et les pierriers, saisissant lestement insectes, araignées, petits lépidoptères et graines diverses. Son habitat de prédilection s’étale entre 2000 et 3000 mètres d’altitude. Il y voisine avec la niverolle, le pipit spioncelle et le traquet moteux. En altitude, la végétation est restreinte. Les accenteurs alpins et les niverolles édifient leur nid dans des failles rocheuses inaccessibles, bien abritées des intempéries, alors que les traquets moteux et les pipits spioncelles nichent plutôt au sol, dans le creux des hauts pâturages ou dans les éboulis.

Le merle à plastron affectionne les zones de combat.

Noir en été, le bec de la niverolle devient jaune en hiver.

L’accenteur alpin, un familier des hautes altitudes.

Survivre à 2500 mètres

En juin, lors d’une excursion dans la combe de l’A, à plus de 2400 mètres d’altitude, un pipit spioncelle prend son envol juste devant mes pieds. Je découvre alors, sous une grosse touffe d’herbe, un nid en forme de coupe dans lequel quatre œufs de couleur beige ont été déposés. Dix jours plus tard, je retrouve le nid, curieux de savoir si les oisillons étaient sortis de leur coquille, cela d’autant plus qu’en quittant les lieux, lors de ma précédente visite, j’avais failli marcher sur une vipère aspic lovée à une trentaine de mètres de là. Mais, bien camouflée, la couvée a échappé au reptile et ce sont quatre gosiers rouges grands ouverts attendant la becquée que j’aperçois sous la touffe d’herbe.

Certains oiseaux marquent une prédilection pour les pentes qui se situent juste au-dessus des forêts. Dans cette zone de combat qui s’étend sur 100 à 150 mètres d’altitude, des arbres rabougris aux allures de bonzaïs, quelques mélèzes et des arolles résistent aux intempéries. C’est le domaine des tétras lyres qui, en mai, s’affrontent lors des pariades, mais aussi celui de petits passereaux qui atteignent la limite supérieure de leur aire de répartition sur ces pelouses mêlées de rocailles, blocs pierreux, myrtilliers, rhododendrons et autres arbustes rampants. Au printemps, les merles à plastron de retour de migration, en compagnie des grives draines et musiciennes, déterrent les lombrics sur les bandes de terrain parsemées de crocus où l’herbe commence tout juste à reverdir. D’autres oiseaux, familiers des forêts hautes, le casse-noix, la linotte mélodieuse, la mésange boréale, la mésange huppée, le bec-croisé des sapins, le tarin des aulnes, le venturon alpin, le sizerin flammé qui marque sa préférence pour les forêts de mélèzes, ou encore le rouge-queue noir que l’on observe également en plaine, affectionnent cette zone de combat qui, en belle saison, leur procure une nourriture abondante et variée ainsi que des abris sûrs en terrains découverts, au-dessus de la limite supérieure des forêts.

Texte et photos Georges Laurent

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