Lvif, par définition, est un poisson soit naturellement de petite taille, soit l’alevin d’une espèce qui devrait grandir. Cet appât est un attractif irrésistible pour un poisson carnivore comme le brochet, les salmonidés dont la truite, la perche, le sandre et même le silure, là où il y en a. Le vif est la nourriture habituelle de son milieu, même s’il s’agit d’un petit de sa propre espèce; le cannibalisme est assez courant chez les poissons. Il m’est arrivé de pêcher la grosse perche avec pour vif de la «cocassette» (très petite perche).

On peut pêcher avec le fretin de plusieurs espèces: le vairon, l’ablette, le gardon, etc., celles-ci étant considérées comme du poisson blanc de moindre qualité et même incomestibles pour bien des gens; grossière erreur de piètres amateurs sans génie culinaire. On peut utiliser aussi des poissons morts comme l’anchois, l’éperlan que l’on trouve en frai dans les poissonneries.

La truite au vairon tournant

Cette technique de pêche s’apparente au vif mort manié. Il s’agit de tuer un vairon de 3 à 5 centimètres, de passer un hameçon sur bas de ligne dans la bouche et de sortir par l’ouïe une première fois, puis de repasser dans la bouche en faisant une boucle autour de la tête et, perçant le corps jusque vers la queue, le disposer de façon que celle-ci soit un peu de travers.

Lorsque l’on ramène la ligne par à-coups, le vairon tournoie sur lui-même en remontant vers la surface tout comme un poisson malade en train de passer de vie à trépas. L’utilisation du cadre est souveraine dans ce cas, car la récupération du fil est parfaitement rythmée.

La plupart du temps, l’attaque du prédateur est extrêmement violente et il n’est pas besoin de ferrer; tandis que, d’autres jours, il faut ruser et manier son appât avec finesse et de plus, le laisser engamer à loisir avant de ferrer. Hélas! Personne ne peut prédire quoi que ce soit; il y a des jours avec et des jours sans… C’est la pêche…

Une sérieuse difficulté: avoir des vairons vivants. En effet, il faut trouver un endroit où ce petit poisson abonde (ceux-ci sont rares), les capturer avec un gobe-mouche et les conserver dans un vivier pour en avoir dès l’ouverture.

Quant au transport à la pêche, une bouteille étanche fait l’affaire pour autant qu’on l’ait remplie à moitié et avec une dizaine de poissonnets. Le flic-flac engendré par les pas du pêcheur suffit à oxygéner les bestioles, surtout si l’on prend la précaution de changer l’eau de temps à autre.

02

C’est juste avant que la nature ne s’endorme. Et si elle ne se réveillait pas au printemps?

Tout s’allume…

Vous ne savez pas pêcher.

Entre l’embouchure du Grand Canal (Sion-Riddes) et le pied de la Salentse, une centaine de mètres les séparent, l’eau du Rhône était immensément poissonneuse, mais il y a bien des années de cela. A l’ouverture, des centaines de truites étaient prises par une centaine de pêcheurs au coude à coude. C’était «la guerre»! Enfin pas vraiment, puisque les amis dressaient une ou deux tables abondamment approvisionnées en victuailles diverses et surtout en bouteilles. On est en Valais… Ainsi, l’ouverture était une joyeuse fête qui se prolongeait et la rentrée était largement repoussée tard dans l’après-midi. La famille attendait fébrile ces premières truites pour la dégustation comme on attend le printemps.

Malheureusement, les effluents de la station d’épuration se déversent maintenant entre les deux embouchures. Certes épurées, ces eaux ont néanmoins fait fuir le poisson et seules quelques rares truites y font étape sans jamais faire souche. Ainsi, les belles ouvertures avec une foule de pêcheurs et encore plus de poissons ont disparu. O tempora, O mores!

Mais pendant bien quelques années, une brochette de pêcheurs opiniâtres, pour ne pas dire un peu têtus, y attaquaient l’ouverture envers et contre tout. Nous n’étions plus qu’une petite dizaine dont l’amitié avait pris le dessus en laissant temporairement les appétits piscivores de côté. Le plus important était de partager l’instant.

Cette ouverture-là, j’avais décidé de pêcher au vif et plus particulièrement, avec des anchois achetés chez le poissonnier. La saison précédente, cet appât avait offert quelques belles mises à l’épuisette. Sur les bords de ce Rhône, nous nous répartissons chacun de son côté de prédilection pour tenter les hypothétiques belles. Et au moment de jeter le fil à l’eau, en guise de vœux pour mes amis, je leur lance, ma traditionnelle boutade éculée comme ce n’est pas possible: «De toute façon, vous ne savez pas pêcher…»

01

Le vairon tournant monté… avec évidemment, un faux puisque nous sommes en janvier. La queue est de travers et provoque la rotation du petit poisson sur lui-même. 

Je monte un anchois sur un hameçon de 03 en cachant aux copains cet appât très attractif. Les minutes passent et même un bon paquet, voire des quarts d’heure, quand ma ligne passant en plein Rhône à la hauteur d’un ancien épi, le seul du coin rescapé, une branlée monstre secoue ma vieille «berclure». Il faut laisser prendre, la proie est grosse, et je compte les secondes… A dix, je ferre et me fais démonter le bras par un bolide qui se rend après un combat dantesque: une fario entre la livre et le kilo.

On répète et sa sœur qu’on ne peut pas qualifier de petite, rejoint son frangin dans le panier.

Ce furent les deux seules prises ce jour-là et mon excellent ami Manu, parti fureter Dieu sait où, revenant bien chargé de poissons, et sans doute averti par les copains, m’aborde et me dit: «Toi, tu as une tête à pêcher à l’anchois.»

J’en ris encore…

Texte, images et aquarelle Michel Bréganti

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