La rudesse du sol et la rigueur du climat dictent à elles seu-les la liste des espèces animales qui s’y prêtent. La première impression fait croire à une faune sauvage aussi rare que la population humaine. Le promeneur attentif ne tarde pas à s’émerveiller de la richesse des espèces et surtout de leur capacité à s’adapter à ce biotope exigeant.

Le bouquetin est à l’aise dans les parois rocheuses.

Marmottes en aval d’Arolla, aux abords de Pitépra.

Les quatre races d’ongulés alpins se répartissent le territoire selon leurs besoins :

• Le cerf et le chevreuil occupent les régions boisées propres à leur recherche de tranquillité dans l’ombre. Plus répandus qu’il n’y paraît, ils sont visibles à l’aube et au crépuscule dans les clairières ensoleillées dont l’herbe leur convient en priorité.

• Le chamois occupe la totalité du territoire, particulièrement dans les zones interdites de chasse.Son biotope favori borde les lisières supérieures de la forêt qui lui fournit la protection contre le soleil, l’homme et les prédateurs ailés. Certains groupes, en nombre forcément restreint, s’installent à demeure en haute montagne où ils se couchent à l’abri des rochers et se rafraîchissent en plein été sur les névés.

• Le bouquetin trouve son biotope idéal dans les parois rocheuses entrecoupées de pentes riches en fétuque, plante indispensable à sa survie en hiver grâce à ses deux particularités : elle conserve sa valeur nutritive en hiver et n’attache pas la neige que le bouquetin fait glisser à coups de pattes. Cette manœuvre le fait parfois déclencher une avalanche au-dessus de lui et entraîner tout un groupe au bas de la paroi. Malgré la rudesse des lieux, les bouquetins du val d’Arolla sont en nombre suffisant et en bonne santé. Les vieux mâles sont souvent porteurs d’une paire de cornes massives et atteignant 90 cm. Leur apparition imprévue à proximité des promeneurs ou varappeurs est impressionnante et met en action immédiate les appareils photographiques.

Les rongeurs alpins sont également bien présents :

• La marmotte, à la légendaire capacité de survie malgré six mois d’hibernation dans son terrier hivernal, sait choisir les rares biotopes qui lui conviennent. Ses effectifs sont suffisants pour assurer l’avenir de l’espèce malgré la lourde prédation de l’aigle royal et du renard. La marmotte est l’âme vivante de la montagne pour le promeneur qui ne se sent pas offusqué même s’il se fait siffler.

• Le lièvre offre aussi la présence des deux espèces. Le lièvre commun habite la zone forestière dont les clairières lui assurent sa pitance. Le lièvre variable se cantonne sur les hauteurs où son mimétisme en toute saison est sa meilleure protection, sauf lorsque son habit blanc hivernal le rend fort visible sur le sol encore privé de neige.

L’aigle royal niche dans les parois en surplomb du vallon.

Le casse-noix moucheté, hôte familier des forêts d’aroles.

Le tétras lyre à la lisière supérieure de la forêt.

Les oiseaux sont les êtres vivants les plus visibles tant par leurs mouvements que par leurs manifestations gutturales :

• A tout seigneur tout honneur, l’aigle royal le mérite en toute primeur. Un couple nicheur assure en tout temps sa primauté dans le val d’Arolla. Malgré la présence de plusieurs aires connues dans des parois en surplomb et même dans l’enfourchure d’un vieux mélèze, le couple maître des lieux ne tolère aucun intrus, sauf s’il y succombe lui-même. Son propre rejeton est chassé du territoire avant son premier hiver qui lui sera pénible et souvent mortel car tous les biotopes valaisans propices à l’aigle sont occupés par un couple nicheur et seigneurial.

• D’autres rapaces, diurnes et nocturnes, hantent également le val d’Arolla. Buses, autours et faucons planent régulièrement dans le ciel ; hiboux et chouettes se font entendre en pleine nuit. Même le gypaète barbu s’y fait souvent admirer grâce à son envergure proche de trois mètres.

• Les vieux arbres constituent également un biotope idéal pour les pics. Les coups de bec à répétition dignes d’un marteau piqueur facilitent la découverte de son auteur qui s’appelle pivert, pic noir ou pic épeiche, aussi beaux les uns que les autres.

• Les éboueurs de la nature sont les plus nombreux. Le val d’Arolla entretient la majeure partie des corvidés connus en montagne. Les diverses versions de corbeaux, allant du grand corbeau au chocard, sont bien représentées dans le vallon. Tout animal touché par la mort est aperçu dans le plus bref délai et blanchi en un temps record, sauf si l’aigle, le renard ou un autre prédateur y réclame sa première part.

• Le casse-noix moucheté n’est ni tueur ni éboueur, sauf en cas de nécessité alimentaire qui le fait imiter tous les autres corvidés. Son bec puissant le fait porter son intérêt sur les graines forestières. Le val d’Arolla lui convient particulièrement grâce aux forêts d’aroles qui lui fournissent à profusion les pins d’arole dont les amandes sont extraites à grands coups de bec. Certaines sont consommées immédiatement mais la majorité est stockée dans son jabot dont le contenu est déposé précieusement dans des cachettes destinées à son alimentation hivernale. Cet oiseau est admiré pour sa mémoire qui lui permet de découvrir ses cachettes, plusieurs mois plus tard et même sous un mètre de neige, qu’il traverse en creusant des galeries. Il se servira de ses réserves même jusqu’en juin pour nourrir ses oisillons.

• Gardons pour le dessert les tétraonidés dont au moins deux espèces sont bien répandues dans le val d’Arolla. Le tétras lyre occupe la lisière supérieure des forêts, riche en baies qui constituent sa pitance préférée. Quelle agréable découverte lorsqu’un coq, qui a tablé sur son abri buissonneux, s’envole à quelques mètres du promeneur ébahi pour piquer à une vitesse folle jusqu’au bas de la pente ! Les vrais connaisseurs jouiront même de l’un des plus beaux spectacles que puisse offrir la faune sauvage alpine : le bal du tétras lyre, dans la quinzaine de mai. Moins visible et surtout plus calme, le lagopède est bien connu sur les pentes rocailleuses supérieures à la forêt. A l’instar du lièvre variable et de l’hermine, le lagopède qui a revêtu son habit blanc avant l’apparition de la neige est particulièrement aisé à découvrir en cet état passager.

Les prédateurs sont également bien connus dans le val d’Arolla. Le lynx, nocturne et taciturne, y laisse ses traces régulières depuis une trentaine d’années. Le loup occupe aussi régulièrement ce biotope idéal dont la majeure partie productive d’ongulés est protégée.

Le renard s’y porte fort bien, tant en hiver qu’en bonne saison. Ces animaux, dont les incidences sur les autres espèces sont importantes, échappent à la régulation pratiquée sur les autres espèces aussi bien qu’aux promeneurs qui ne les voient jamais.

Bijou privilégié par la nature, le val d’Arolla mérite une attention particulière afin que les générations futures jouissent des mêmes merveilles que celles d’aujourd’hui.

Texte Narcisse Seppey, photos Georges Laurent

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