Se faire mener en bateau! Quoi de plus reposant que de voguer sur les ondes voluptueuses des calmes eaux estivales. Ce ne sont pas quelques tempêtes qui affolent les marins. Mais parfois, se faire mener en bateau n’est malheureusement pas aussi agréable.

Dans le livre « Le retour du loup », nous écrivions « Se retrancher derrière la Convention de Berne pour assurer la protection absolue du loup n’est plus fondé ». Et pourtant, les responsables de l’Office fédéral concerné juraient que si le loup ne pouvait pas être régulé c’est bien parce que cela aurait été contraire à la Convention. La Suisse effectuait une première demande d’amendement en 2004 afin de tenter de transférer le loup de l’Annexe II à l’Annexe III de la Convention et faciliter ainsi la gestion du prédateur en Helvétie. Refus du Comité permanent de Strasbourg, chargé notamment du suivi et de la mise en œuvre des aspects juridiques ». Selon cet organe, « la gestion du niveau des populations de loups peut être effectuée par des mesures autres qu’un changement de statut de protection de l’espèce ». C’était une décision de novembre 2006.

Dès lors, se mettait en route l’arsenal politique, appuyé notamment par les chasseurs et éleveurs, pour solliciter la dénonciation de la Convention. Finalement, se concrétisait l’acceptation par les Chambres fédérales de la motion Fournier. Le Conseil fédéral se voyait investi de la lourde tâche de demander une nouvelle fois une modification de la Convention, faute de quoi la dénonciation devait être réalisée. Nouveau refus de Strasbourg. C’était en novembre 2012. Il ne restait donc qu’à demander le retrait de la Suisse de la Convention de Berne.

Depuis, la croisière s’est poursuivie, bravant quelques remous avec des marins suffisamment expérimentés pour les anticiper et s’en détourner.

Les « plans » allaient régler tous les problèmes. Les exigences de ChasseSuisse se sont vues confrontées aux opinions des puissants organes de protection intégrale et aux tergiversations des politiques. Le Conseil fédéral pouvait patienter. La Convention de Berne était sauvée. Le bateau pouvait continuer à naviguer, certes à vue et en eaux troubles, mais les marins s’en contentaient et le loup se servait. Puis un jour, la tourmente s’est manifestée par de nouveaux dégâts. Plusieurs dizaines de chèvres et de moutons se voyaient inscrites sur la liste des victimes dans le Haut-Valais. Le plan loup ne permettait pas le tir du prédateur car les moyens de prévention n’avaient pas été suffisants. En même temps, en France voisine, la ministre de l’Écologie augmentait les possibilités de régulation par les tirs. Pourquoi donc cela n’est-il pas possible en Suisse ? Toujours la fameuse Convention de Berne ? Non.

Non, car l’Office fédéral de l’environnement avoue. Une dénonciation de la Convention de Berne serait inutile. Hormis sa crainte d’un nouveau mauvais signal à l’adresse de l’Europe, le représentant de l’OFEV aurait déclaré à un important quotidien romand « Notre loi sur la chasse et la protection des mammifères et des oiseaux sauvages est beaucoup plus stricte que la Convention de Berne. Si l’on veut pouvoir tirer plus facilement le loup, c’est notre loi qu’il faut changer ».

On en perd le cap mais le bateau n’est toujours pas revenu au port car il faut bien que croisière continue.

Chasie

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