Depuis la nuit des temps, la chasse a été l’activité principale de l’homme, qui avait la charge d’apporter de la nourriture aux femmes et aux enfants et ainsi assurer leur survie. Tous les moyens et astuces étaient bons pour prendre des proies, abondantes dans ces temps-là. Parfois, les chasseurs partaient plusieurs jours, mais pas trop, afin d’assurer le ravitaillement en protéines animales, alors que les femmes entretenaient le feu, récoltaient les produits de la flore, tout en s’occupant de leur progéniture. Heureux temps, me direz-vous, mais c’est sans compter sur tous les aléas de cette quête sauvage, sur l’inconfort des nuits à la belle étoile ou le partage d’une grotte avec des ours affamés, sans oublier que l’homme pouvait régulièrement jouer le rôle de la proie! L’évolution humaine a vu le début de la fabrication des armes utiles à la chasse, l’utilisation d’aides auxiliaires sous la forme d’animaux comme les chiens, puis l’élevage des bêtes de rente et la culture de végétaux ont facilité la vie de nos ancêtres. Il a été notoire pendant longtemps que la femme restait au foyer et avait la garde des enfants, en même temps qu’elle les surveillait, participait à leur éducation et à leur instruction. L’homme avait la responsabilité d’entretenir ce petit monde en apportant le fruit de son travail. Au fil du temps, la pêche et la chasse sont devenues des activités de second plan et, de nos jours, elles sont considérées comme des loisirs. Pour la chasse, on oublie toutefois qu’elle entre dans les actions nécessaires à l’équilibre de la faune et de la protection des cultures lorsque le grand gibier devient pléthorique.

Place à l’égalité!

L’organisation de la société humaine évolue sans arrêt: après le refus des royautés exclusives, la lutte contre la tyrannie, contre les mouvements politiques extrémistes et l’abolition de l’esclavagisme, on est arrivé à la recherche de l’égalité pour tous. Vaste sujet qui n’a pas fini de nous tourmenter. Le monde de la recherche scientifique et technique a pris son essor à la vitesse grand «V», mais en ce qui concerne l’égalité entre les hommes et les femmes, la donne n’est pas la même et l’obtention de résultats prend beaucoup plus de temps! Certes, on vote au féminin, on peut s’adresser souvent à des «cheffes», des directrices, des présidentes, c’est bien ainsi, mais j’éviterai de parler de l’égalité des salaires!

Dans le domaine de la chasse, il y a toujours eu des femmes qui chassaient dans les milieux privilégiés mais, actuellement, elles sont souvent présentes en terrains ouverts et pas toujours accompagnées de leur conjoint! Cet état de fait agace certains opposés à la cynégétique et qui, sans autre forme de procès, voudraient renvoyer Diane à ses fourneaux plutôt que de la voir chasser en toute légalité et égalité de droit. Que ces opposants se rassurent, la sensibilité féminine reste bien en évidence et est même parfois exacerbée par des gestes et des actions très subtiles. J’ai eu assez souvent l’occasion de voir des femmes à la chasse et jamais elles ne  m’ont donné l’impression de «garçons manqués» dans leur manière de participer à l’action. Souvent et principalement dans les chasses de battues, les chasseresses en devenir commencent par se joindre aux traqueurs. Certes, lorsque les battues ne sont pas silencieuses, le ton de leur voix n’est pas forcément grave et agressif, mais on peut aussi imaginer que le gibier, trop habitué à fuir devant les voix des stentors, soit aussi bien dérangé par les récris aigus de ces dames!

Pas seulement armées d’un bâton!

C’est l’évidence, dans notre pays les femmes ne sont pas nombreuses à la chasse (il y en aurait 1500) et on peut le regretter. Toutefois, il y a une amorce dans la formation d’équipes féminines sur le terrain, telle celle qui a été mentionnée dans le journal Coopération du 25.08.2014, richement illustrée par Nicolas de Neve. Trois dames passionnées participent à la chasse haute en Valais et n’oublient pas les reconnaissances d’avant l’ouverture, prennent du temps pour jumeler le grand gibier et quelques heures pour entraîner les chiens qui les accompagneront en chasse basse. Christine, biologiste, Nathalie, employée de commerce, et Jocelyne, assistante dentaire, ne se contentent pas de travailler dans leur ménage et pour la collectivité. Elles chassent avec justesse et compétence, prennent leur droit à l’égalité et participent ainsi à une cynégétique raisonnée et raisonnable, nécessaire à l’équilibre de la faune. Pour en arriver là, il est évident qu’elles manient les armes de chasse sans problème et savent tirer juste, au bon moment et au bon endroit. Les chasseurs doivent en être fiers!

En Moselle, elles chassent au féminin!

En France, les femmes se sont regroupées en une Association Nationale de La Chasse au Féminin, ANLCF, créée par Martine Pion.

Buts de l’Association:

– Créer une dynamique féminine dans le monde de la chasse.

– Défendre notre passion en nous regroupant et apporter notre soutien aux instances cynégétiques lors des différentes manifestations visant à la pérennité de la chasse.

– Sensibiliser l’opinion publique sur le fait que les femmes sont peut-être, par leur différence, plus aptes à faire comprendre aux non-chasseurs ce que représente la chasse dans un monde rural actuellement si menacé et à expliquer cette convivialité qui permet de rassembler les générations.

Toutes ces motivations sont à prendre au sérieux et l’ANLCF 57 (Moselle) se donne tous les moyens pour mettre en valeur l’esprit de la chasse au féminin. Lors d’une battue dans ce département, un certain nombre de chasseresses étaient invitées à participer à la journée et nous avons pu prendre conscience de l’attachement qu’elles portaient à notre activité. «Nous participons et sommes invitées à de nombreuses sorties. Notamment cette année: brame du cerf, chasse du petit gibier et sauvagines, chasses au sanglier dans le Midi de la France, chasse chez les militaires de Thionville, en Belgique sur cervidé, nombreuses battues en Meurthe et Moselle.»

Plus proches…

La corporation des chasseurs de notre pays vieillit et ses rangs ont plutôt tendance à se restreindre, peut-être par la faute au coût de la chasse, au fait qu’elle ne se déroule qu’en semaine et que le chasseur suisse n’est, peut-être, pas encore prêt au partage et à l’égalité! Je connais quelques chasseresses romandes qui ne voudraient, pour rien au monde, manquer une ouverture, ne pas pouvoir découpler, pour les unes un chien courant ou faire le pied avec un spécialiste, pour les autres chasser la bécasse avec un bon chien d’arrêt. Celles-ci sont des convaincues, rouées aux sorties dans les milieux forestiers pas toujours faciles à pénétrer, entraînées au tir à balle comme à grenailles. N’est-ce pas Gisèle, Brigitte, Michèle, Sylvie(s), Gabrielle, Jacqueline, Annick, Anne-Marie et toutes les autres? J’en connais bien une, Anne «kifaitdeskakes», debout avant l’heure, elle sait tout faire à la chasse avec tact, détermination et élégance, elle sait faire le pied, traquer et mener les chiens, éviscérer un grand gibier, chauffer le pique-nique de son homme et tout et tout! J’en côtoie une autre depuis plusieurs décennies qui, certes, n’a jamais chassé dans le sens complet du terme, mais m’a très souvent accompagné et pas toujours au soleil! Ma femme peut parler de chasse, elle aime le travail des chiens, connait bien le gibier et comprend la motivation qui fait qu’une gestion et une régulation sont nécessaires pour garder une faune sauvage saine et équilibrée. Toutes ces constatations nous amènent à penser qu’en matière de recherches vives pour grossir les rangs des chasseurs, la filière de la chasse au féminin devrait être mieux explorée, n’en déplaise aux machos!

Rossier 2

Anne et un excellent coup de carabine!

Texte et photos Alain Rossier

Une réponse

  1. NOZAY

    Bonjour
    Je suis Marina NOZAY, enseignante et responsable du programme Erasmus + au niveau de mon lycée.
    Il y a quelques semaines une amie allemande a assisté à une rencontre visant la mise en place d’un réseau européen de femmes qui vont à la chasse. Une initiative finlandaise a été lancée dans le cadre d’un programme LEADER européen. Un groupe allemand est en train de se créer. A présent nous nous demandons s’il serait éventuellement possible d’y intégrer un groupe de femmes chasseurs françaises. Il s’agirait de mettre en place des actions communes autour de différents thèmes –cuisine, dressage de chien, chasse, communication etc . Vous serait-il possible d’identifier une interlocutrice qui serait intéressée par ce projet européen autour de la chasse au féminin ?
    Cordialement

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