L’idée de créer un Musée suisse de la chasse est née peu après la Seconde Guerre mondiale et il n’est pas surprenant de trouver à l’origine de cette initiative plusieurs chasseurs de renom. C’est donc sous la houlette de Mauritz Lustenberger, chasseur lucernois bien connu, membre de l’ordre international du «Rameau d’Argent», député au Grand Conseil, colonel et directeur, que les initiateurs se sont efforcés de trouver un lieu adéquat pour héberger leur projet. Au fil des recherches, le château de Heidegg, à Gelfingen, dans le Seetal lucernois, s’est profilé comme lieu idéal. Cet édifice qui appartenait depuis 1949 au canton de Lucerne, proposait alors une exposition consacrée à l’habitat de ses anciens propriétaires.

Mauritz Lustenberger.

Coïncidence heureuse, le conservateur du château, le très entreprenant et historien de l’art Gottfried Bösch, cherchait justement à compléter son activité, afin d’améliorer les recettes et garantir la viabilité du site. Le projet des chasseurs tombait à point nommé et le Musée suisse de la chasse ouvrit ses portes en 1956. Son inauguration fut célébrée en présence du conseiller fédéral Philipp Etter.

Le 26 mai de la même année, la «Gesellschaft zur Förderung des Schweizerischen Museums für Jagd und Wildschutz und seiner Bestrebungen», société visant à soutenir le Musée suisse de la chasse et de la protection de la faune dans ses efforts, fut parallèlement fondée à Gelfingen (LU). Ses objectifs ont été clairement énoncés : développer le Musée suisse de la chasse et de la protection de la faune de façon à promouvoir le respect de l’ensemble du milieu naturel, encourager la compréhension de la chasse dans un sens éthique, former des chasseurs, permettre aux organisations cynégétiques de donner des cours, promouvoir l’éducation des chiens de chasse et atténuer les oppositions entre, d’un côté, l’agriculture et la sylviculture et, de l’autre côté, la chasse. Des expositions temporaires devaient être organisées et complétées par des manifestations, des conférences et des publications.

Utilisée pour la chasse au gibier d’eau entre le XIXe et le XXe siècle, la canardière n’est heureusement plus qu’une pièce de musée.

L’ambition était bien présente, et de nombreux objets ont pu être collectés, notamment la collection Laroche, une très vaste et très riche collection d’armes et d’instruments de chasse française du XVIIe siècle ; toute une série de trophées de chasse issus de différentes sources et, enfin, une collection sur le retour du cerf élaphe en Suisse. Les espaces se sont très vite remplis, contrairement aux caisses et la fréquentation est restée en deçà des attentes. Parallèlement aux difficultés financières, une controverse quant à l’attribution de l’espace, entre celui consacré au patrimoine et celui dédié à la chasse, a éclaté, mettant le conservateur et la Société en conflit.

L’apparition de la biologie du gibier

Bien qu’il existât, avant la Seconde Guerre mondiale, des instituts forestiers qui étudiaient les animaux sauvages indigènes dans les pays au nord de la Suisse, ce domaine de recherche n’a trouvé son véritable essor qu’à partir des années 1950. Des établissements universitaires ont ainsi vu le jour à Göttingen, Giessen et surtout à Munich, mais aussi à Vienne. D’autres furent ensuite inaugurés dans les universités suisses, à Bâle, Zurich, Neuchâtel, Lausanne et Berne.

Ce développement important s’explique par le fait que les résultats des recherches académiques ont eu des répercussions directes sur la pratique de la chasse, mais aussi sur sa législation. Le grand public a également commencé à s’intéresser à la faune sauvage. Les membres du comité de la Société ont donc vite compris qu’un musée d’importance nationale se devait de présenter, à côté des trophées et du matériel de chasse, les animaux sauvages vivant en Suisse.

Les expositions traitent de la chasse sous tous ses aspects, notamment des chiens.

Le problème de l’espace n’était toutefois pas résolu, et une alternative au château de Heidegg devait être trouvée. C’est alors que les membres du Rameau d’Argent se sont distingués par leur dynamisme, comme les présidents ultérieurs de la Société, Hans Baumann de Thoune et Erwin Lüscher d’Ortsschwaben, mais aussi le biologiste du gibier et futur directeur du parc animalier Dählhölzli, à Berne, Hannes Sägesser.

Grâce à leur excellent réseau, à la Bourgeoisie de Berne, au Musée d’histoire naturelle, ainsi qu’au gouvernement du canton, un nouveau site adapté, très pittoresque et porteur d’histoire a pu être trouvé au château de Landshut, à Utzenstorf. Un contrat réglant le droit de jouissance fut négocié avec le canton, propriétaire des lieux. Et le comité s’est doté de fondements solides pour veiller à ce que l’ensemble puisse être géré de manière professionnelle.

Les armes anciennes intéressent toutes les générations.

Le Musée de la faune et de la chasse au château de Landshut

Le nouveau musée du château de Landshut a pu ouvrir ses portes en 1968, après avoir déménagé armes et instruments de l’ancien château. Une collection sur la faune sauvage indigène, complétée plus tard par une présentation de la fauconnerie et la collection des cors de chasse de Werner Flachs, a été ajoutée. Peter Lüps, zoologue responsable des vertébrés au Musée d’histoire naturelle de Berne, fut nommé conservateur, grâce à son profil complet, tant dans la biologie que dans la muséographie.

Dans les années 1990, une rénovation et modernisation a été réalisée sous l’impulsion du Musée d’histoire naturelle et avec la participation de la commission, composée de membres de la Société et de la Bourgeoisie de Berne.

En 1997, la Société, notamment via son vice-président Kurt Müller, a lancé une grande campagne d’appel aux dons auprès des chasseurs mais également de la Confédération et des cantons. Celle-ci a permis de récolter plus de 600 000 francs qui ont financé l’exposition permanente inaugurée en 1999, et toujours actuelle. Celle-ci est complétée chaque année, parfois tous les deux ans, par des expositions temporaires sur des thèmes d’actualité.

Aujourd’hui, le musée accueille plus de 10 000 visiteurs par an. Et dans le sillage des transformations, la Société a été rebaptisée «Société du Musée suisse de la faune et de la chasse du château de Landshut». L’exposition permanente et les expositions temporaires sont toujours encadrées par le Musée d’histoire naturelle de la Bourgeoisie de Berne, via Andreas Ryser, qui a remplacé Peter Lüps après son départ à la retraite.

La Bibliothèque suisse de la chasse

Au château de Heidegg déjà, un fonds de plus de quatre cents livres spécialisés, dont certains d’une grande valeur, avait été collecté. Ce fonds a été déplacé au château de Landshut, mais ne constituait pas une bibliothèque proprement dite, car les livres n’étaient pas inventoriés, ne pouvaient être ni consultés ni prêtés. Les choses ont changé en 1981, quand la belle-fille d’Eugen Wyler, un des fondateurs de l’ordre du Rameau d’Argent, écrivain et chasseur célèbre, fit cadeau de la bibliothèque privée de son beau-père à la Société. Ainsi, la première pierre d’une bibliothèque digne de ce nom était posée. Ce d’autant plus que la même année, la gestion de ce patrimoine put être confiée à une professionnelle en la personne d’Ursula Lüthi-Lindt.

Ueli Lienhard, alors administrateur de la chasse et de la pêche du canton d’Argovie et lecteur passionné, a chapeauté les activités de la bibliothèque depuis le comité. Le projet n’a toutefois pas été mené sans heurts, et d’âpres discussions sur le sens et la finalité des investissements à consentir ont été menées au sein de la Société.

Erwin Lüscher, alors président, aurait affirmé à l’occasion d’un de ces débats, que les chasseurs ne lisent pas, hormis les règlements annuels de chasse.

Fort heureusement, son raisonnement n’a pas convaincu, et la Bibliothèque de la chasse peut se féliciter depuis d’un vif succès. Des chasseuses et chasseurs se défont régulièrement de leurs bibliothèques privées et en font cadeau, ce qui permet d’étoffer le fonds.

Anna Hofer et Marianne Blankenhorn.

Physiquement, les livres ont d’abord trouvé refuge dans le bureau du Musée d’histoire naturelle, dont les limites spatiales se sont très vite fait ressentir, de même que celles du système de gestion par fiches. Heureusement, Kurt Müller, ancien président de l’Association des chasseurs suisses, et élu au comité de la Société en 1986, s’est investi pour le passage à la gestion électronique des données, opérationnelle dès 1989. Marianne Blankenhorn, qui a succédé à Ursula Lüthi-Lindt en 1987, a ainsi pu poursuivre son travail avec des outils adéquats. La question de la place a également trouvé réponse, en 1999, avec la rénovation des anciens locaux de nidification et d’élevage de la faisanderie cantonale, qui accueille encore aujourd’hui la bibliothèque.

En 2010, Marianne Blankenhorn a remis les clés de la bibliothèque, garnie de plus de cinq mille volumes, à Anna Hofer, d’Utzenstorf qui avait témoigné de son intérêt pour cette mission. Depuis, la Bibliothèque de la chasse continue à grandir et constitue, avec près de neuf mille livres, un des piliers de l’activité de la Société. Les archives de nombreuses organisations suisses de chasse comme ChasseSuisse, SPW, le Rameau d’Argent et Diana Romande y sont en outre hébergées.

Perspectives

Voilà donc cinquante ans cette année que le Musée suisse de la chasse s’est installé au château de Landshut. Plusieurs choses ont changé depuis, avec notamment, en 1988, le transfert de la propriété du château du canton de Berne à la Fondation Château de Landshut. Celle-ci compte des représentants du canton de Berne, de la commune d’Utzenstorf, du Musée d’histoire naturelle, de la Bourgeoisie de Berne et de la Société. Elle constitue pour ainsi dire le toit sous lequel se trouvent le Musée de la faune et de la chasse, et la Société, avec sa Bibliothèque de la chasse. Les objectifs de la fondation englobent notamment la création d’une exposition historico-culturelle sur la vie et l’habitat au XVIIe siècle. Et bien que la Société soit représentée au Conseil de fondation, le Musée de la faune et de la chasse n’est pas mentionné dans les statuts de celle-ci. Ses membres espèrent que cette omission pourra être corrigée lors de la prochaine révision des statuts de la fondation. Indépendamment, cet objectif de la fondation débouche sur une situation qui n’est pas sans rappeler celle qui donna lieu à d’intenses controverses au château de Heidegg à propos de la répartition des espaces entre les deux musées. Mais bien heureusement, jusqu’à ce jour, à la faveur d’une excellente collaboration, les problèmes ont pu être évités.

Peter Lüps.

Depuis 1968, le château de Landshut est également le siège de l’ordre international du Rameau d’Argent, et la Société du Musée suisse de la faune et de la chasse du château de Landshut est membre de ChasseSuisse depuis 1998.

Un réaménagement complet de l’exposition permanente du Musée de la faune et de la chasse est prévu ces prochaines années, ce qui représente une tâche et un défi important, tout particulièrement en ce qui concerne le financement et l’agencement du projet. Celui-ci sera sans aucun doute relevé avec brio, comme l’ont été tous les autres depuis un demi-siècle.

Cet article est un extrait du travail retraçant l’histoire du Musée de la chasse, réalisé en allemand par Hansjörg Blankenhorn, ancien inspecteur fédéral de la chasse.

Texte Hansjörg Blankenhorn, adaptation française Jean-Pierre Boegli,
photos DR, collection Fondation Château de Landshut

 

 

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