Venue de ciel, je suis l’eau, fraîche et vive, issue du sommet des monts, je suinte sous la roche, goutte de la mousse, filtre des marais, émerge en gros bouillons d’entre les blocs, jaillis en cascades au flanc des monts, chute dans la pente, coule dans les herbes, ruisselle dans les rigoles, m’infiltre dans la terre pour resurgir plus loin, formant rus, ruisseaux, torrents, rivières, fleuves et lac, et finir ma vie liquide dans la mer.

Ce long périple, je l’accomplis en quelques mois, puis le renouvelle sans cesse depuis la nuit des temps, soit dès la naissance de la planète Terre. C’est dire que je fais corps avec elle et j’en suis indissociable.

Homme ! Tu me crois insouciante, frivole et capricieuse, parfois colérique mais en fait, j’ai de lourdes responsabilités et tu ne t’en soucies guère. Je mouille les prairies alpines, j’arrose les forêts, j’alimente les nappes souterraines, j’irrigue la plaine fertile et distille de la fraîcheur lors des chaudes journées d’été et le meilleur : je dépose toutes les nuits de beau temps mes fines gouttelettes de rosée sur les feuilles des plantes.

Je suis source de vie et surtout de ta vie

Hélas ! Tu ne m’estimes pas à ma juste valeur, tu me salis, me maltraites, tu cherches à me faire passer là où tu veux pour satisfaire ton appétit inextinguible de terres à cultiver ou pire : à bétonner. Tu endigues mes flots au risque d’affronter mes colères dévastatrices. Depuis des centaines d’années, tu rejettes sans souci dans mes cours des amas d’immondices de toutes sortes, tes propres excréments, des produits toxiques qui tuent mes plantes et mes poissons.

Je te suis essentielle pour ta santé et ton bien-être. Tu profites de mes bienfaits à toutes les heures du jour et de la nuit et tout au long de ton existence. Mais n’oublie jamais que là où je passe maintenant, je passerai encore pendant des siècles en dépit de tes désirs et décisions arbitraires. J’y coulerai toujours quand ton espèce aura depuis longtemps disparu…

Et tu trouveras un bonheur quasi parfait le jour où, après une bonne grimpée dans les alpages en plein été, tu tendras le gobelet, avec un «fond de bleue», à la source glacée, sur le coup de midi : l’extase.

L’eau c’est la vie

La planète doit faire vivre actuellement quelque 8 milliards d’individus. S’ils consommaient tous comme en Suisse 300 litres d’eau potable par jour, cela représenterait 2400 milliards de litres sans compter l’utilisation industrielle. Ce volume doit obligatoirement circuler et se retrouver à la mer, pollué par notre action.

Mais 10 200 hectares de forêts sont détruits tous les jours ; 1 400 000 hectares de terre arables disparaissent chaque jour, tandis que sont créés 2 400 000 hectares de déserts.

L’eau consommée sur la planète et toutes populations confondues dépasse 17 000 000 000 000 000 de litres, soit 17 millions de milliards de litres, alors que 600 millions d’humains n’ont pas accès à un point d’eau potable.

Et le pire, vous n’avez pas encore versé une seule larme sur mon triste sort !

(Statistiques tirées de www.worldometers.info/fr/)

Texte et photos Michel Bréganti

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