David Gerke n’est pas facilement joignable. Et pour cause, le Soleurois passe une bonne partie de son temps en forêt ou en montagne. Dans ces deux environnements, il peut soit pratiquer la chasse, l’une de ses activités favorites, ou exercer sa profession de berger. De retour à la ville, le trentenaire reprend néanmoins son rôle de président du groupe Loup Suisse.

Occasionnellement sous les feux des projecteurs outre-Sarine, l’association menée par l’ancien étudiant en géographie et en biologie n’hésite pas à se faire remarquer. A la fin 2013, les défenseurs du loup avaient notamment offert une récompense de 10 000 francs pour identifier la personne ayant abattu illégalement un loup à Tamins (GR). Cinq ans après ce coup d’éclat, David Gerke poursuit sans répit son activité de défense de cet animal.

Les opposants au loup font valoir que cet animal cause des dégâts et fait peser une grosse pression sur les éleveurs. Que répondez-
vous ?

David Gerke : C’est effectivement le cas. La pression que fait peser le loup sur les bergers et les agriculteurs est importante. Cependant, il existe des mesures pour protéger le bétail et éviter que des animaux ne soient tués par le loup. Les chiens de protection des troupeaux, les clôtures électrifiées, la présence de personnes : tous ces moyens existent et peuvent être mis en place. Ils sont aussi soutenus par la Confédération et par les départements cantonaux en charge de ces questions. Leurs coûts sont donc couverts.

Cela ne change toutefois rien au fait que le loup ne jouit pas d’une bonne image et que certaines personnes en ont peur. Est-ce compréhensible ?

Je comprends ces craintes et je trouve même logique qu’un éleveur soit opposé à la présence du loup. J’ai de la compréhension pour sa situation, car c’est dans son intérêt de protéger et de garder ses bêtes. C’est également compréhensible que des gens se trouvant confrontés à l’arrivée du loup dans une région soient gagnés par l’incertitude. Leur crainte pour leur sécurité est aussi normale. Il existe toutefois des solutions pour que l’on puisse vivre avec le loup, sans pour autant devoir complètement éradiquer cet animal.

Ces solutions ont pourtant un coût. Des frais trop élevés, diront certains…

Il est évident que les coûts de protection des troupeaux doivent être pris en charge. La Confédération et peut-être aussi les Cantons peuvent aussi y contribuer davantage. Ces coûts sont d’ailleurs très facilement calculables. En ce moment, les frais de protection des troupeaux s’élèvent à 3 millions de francs en Suisse. C’est un montant peu important, surtout si l’on compare aux montants consacrés par la Confédération à l’agriculture. Même si la Confédération devait consacrer 3 millions de plus à ces mesures, cela resterait toujours un montant peu élevé en comparaison de son budget global. Ma position est donc que ces coûts, permettant au loup de rester, sont tout à fait raisonnables et finançables.

Vous estimez que chaque animal a sa raison d’être et cela inclut le loup. Est-ce que cela ne se fait pas aux dépens des éleveurs ?

Le loup a dans tous les cas le droit d’être là. En effet, il était déjà là auparavant en Suisse, avant d’être éradiqué au XIXe siècle. C’est un animal indigène qui a fait son retour dans notre pays. Ce caractère indigène lui donne donc le droit d’exister en Suisse. De plus, comme société, nous devons essayer de vivre au mieux avec cet animal.

En tant que berger, avez-vous déjà subi des attaques du loup ?

Mon emploi saisonnier m’amène en effet à m’occuper de troupeaux dans le canton des Grisons. Je travaillais auparavant en Valais. Dans tous les cas, je n’ai jamais subi de dégâts de la part du loup. Cela fait pourtant douze ans que j’ai commencé cette activité. Au début, je n’avais pas de protection du troupeau. J’aurais donc pu être malchanceux et subir des attaques du loup. A l’heure actuelle, je m’occupe d’un troupeau avec des chiens de protection et ça fonctionne.

Le groupe Loup Suisse est très actif et n’hésite pas à faire des coups médiatiques. Pourquoi avoir adopté cette stratégie ?

Le mouton et le loup sont pour moi tous deux importants et intéressants. Cet intérêt partagé pour le loup et les ovins est venu simultanément. Je ne me suis pas intéressé en premier lieu au loup, puis au mouton. Il a toujours été clair pour moi qu’il y a de la place pour l’un et l’autre. Mon engagement pour le groupe Loup Suisse a donc débuté, parce que j’avais de la peine vis-à-vis de la politique menée contre le loup. Cette image contestée du loup m’a incité à me mobiliser. Il n’y a pas de bons ou de mauvais animaux dans la nature. La nature est simplement la nature. Il y a donc des prédateurs cherchant à se nourrir, de la même manière que je suis aussi un prédateur. J’ai donc toujours eu la conviction qu’une cohabitation était possible avec le loup.

Votre objectif est donc de donner une voix au loup, notamment sur le plan politique. Est-ce exact ?

Absolument. En principe, les animaux ne peuvent pas s’exprimer. Des paysans ou des protecteurs des animaux se mobilisent en faveur des troupeaux. Les animaux sauvages ont aussi besoin d’une organisation défendant leurs intérêts. A cet égard, nous collaborons beaucoup avec Pro Natura, mais nous pourrions faire encore davantage.

Propos recueillis par Vincent Bürgy, photos Gruppe Wolf Schweiz

 

 

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