Yves était le fils de… «A onze ans la passion des reptiles a commencé à m’habiter: j’en avais marre d’être seulement le fils de… mon père.» François, le père, était un professeur de mathématiques apprécié au collège de Sion, archiconnu et grand spécialiste des champignons. «Un jour, je lui ai dit: ‹Je serai aussi un spécialiste, mais un spécialiste des serpents.› J’ai commencé à les étudier sur la colline de Valère à Sion, au pied de laquelle nous habitions.»

Une passion était née, qui allait devenir dévorante: Yves Brunelli a quasiment consacré 40 ans, jusqu’à aujourd’hui donc, à étudier les serpents, les vipères surtout. Sa photo­thèque doit renfermer au moins 35 000 photos de reptiles, toutes soigneusement datées. «Je note aussi le sexe, la région d’observation, ainsi que l’altitude. Je photographie de même le motif de la tête de chaque individu, c’est la carte d’identité de la vipère: jamais deux fois le même dessin. On est loin de la croyance populaire qui dit que la vipère à un V sur la tête… cela existe mais ce n’est de loin pas la majorité.»

A 51 ans, Yves Brunelli sillonne toujours le Valais, un canton qui abrite de grandes populations de reptiles et plus particulièrement de vipères aspic atra. Il vit de sa passion: il donne des conférences, organise des excursions pour approcher le monde des vipères et collabore à des études scientifiques à la demande de certains biologistes: «Je travaille aussi sur mandat pour le Service des forêts et du paysage, pour la police, les hôpitaux, ainsi que le Service de la chasse et le 144 (le numéro de l’Organisation cantonale valaisanne des secours). Observer les serpents me fascine. Dès la fin de l’hiver, quand la neige commence à fondre sur les pentes tournées au sud, je guette la sortie d’hibernation des serpents. Ma quête se prolonge au printemps, dans des endroits secrets où ils ont l’habitude de se réfugier. Les chaleurs excessives de l’été n’étanchent pas ma soif de découvertes. Ce n’est qu’avec les premières gelées que je consens à quitter enfin ces biotopes tellement riches en rencontres diversifiées. De la plaine jusqu’en haute montagne, je cherche, je scrute…»

Variation de coloris de la vipere aspic atra(20) Variation de coloris de la vipere aspic atra(17) Variation de coloris de la vipere aspic atra(2)SONY DSCDes vipères de toutes les couleurs…

 

Qui habite chez qui ?

Plusieurs dizaines de fois par an, il est sollicité pour intervenir afin d’essayer de résoudre un problème de voisinage: «Les gens m’appellent en me disant: ‹Nous avons des vipères près de chez nous… que faut-il faire?› Le problème est que les gens ne comprennent pas que ce sont eux qui ont construit près de chez elles. Inutile donc d’essayer de les faire partir ou, encore pire, de les tuer, elles sont protégées, comme tous les reptiles, amphibiens et autres…»

Mais que faire alors, vous pouvez comprendre que tout le monde ne partage pas votre passion pour un animal qui inspire encore souvent la crainte? «La solution qui marche le mieux, c’est de les inciter, mais intelligemment, à aller ailleurs… Les tas de bois par exemple, elles adorent ça, pour peu qu’ils soient exposés au soleil. Déplacez le bois au nord, à l’ombre et il y a de fortes chances qu’elles aillent chercher un autre endroit plus chaud. Souvent les gens m’appellent surtout pour être rassurés, et souvent une discussion constructive et claire règle les problèmes rapidement.»

Se faire mordre par une vipère, c’est mortel ?

«Non, depuis des décennies, on ne connaît plus de cas mortel en Suisse. Ce qui est dangereux, c’est d’avoir été mordu plusieurs fois: les réactions allergiques s’amplifient avec la répétition, car le corps n’arrive pas à éliminer rapidement le venin, ce qui peut à court terme provoquer de graves complications et t’amener à faire un choc anaphylactique ­(réaction allergique exacerbée pouvant entraîner la mort). J’en parle en connaissance de cause, la dernière fois que j’ai été mordu, c’était en 2007; je m’étais fait attaquer trois fois en un mois et demi, j’ai eu de gros problèmes à cette troisième morsure: étourdissements, problèmes cardiaques, diarrhées, maux d’estomac… Depuis, je porte toujours un gant, type gant de soudeur, pour les manipuler; elles mordent parfois mais le gant me protège de toutes complications…»

Quels sont vos coins pour trouver des vipères ?

«Des vipères, il y en a partout en Valais, je dirai que deux régions de plaine leur conviennent bien: le coude du Rhône, entre Collonges et Fully, avec un domaine de prédilection: la région de Martigny. Dans le Valais central, il y en a pas mal le long du bisse de Claveau (région de Sion), mais pas de danger pour les promeneurs, les vipères sont sourdes mais réagissent aux vibrations du sol puisqu’elles possèdent des écailles ventrales qui font office d’oreilles, donc marcher d’un pas lourd fera fuir la majorité des serpents qui pourraient être sur votre chemin, ils évitent d’ailleurs les ­passages fréquentés. Les plus grosses populations de vipères, je ­dirai les 90 à 95%, sont installées en altitude, dans les vallées et les vallons latéraux, entre 1200 et 1800 m.»

La vipère est-elle agressive ?

«Non, la vipère est plutôt du genre timide, elle cherche à éviter les hommes, les couleuvres – qui, elles, ne sont pas venimeuses – sont plus agressives. La majorité des gens mordus par des vipères en Valais sont des personne qui essayaient de les attraper ou, pire, de les tuer, ce qui est vraiment très stupide. Autre danger de se faire mordre, c’est quand on récolte du foin fauché et chauffé au soleil: les rongeurs se réfugient dans ce foin et les vipères les chassent. En ­ramassant une grosse brassée de
foin, on risque malheureusement de serrer une vipère qui pourra vous mordre au bras…»

Les chiens de chasse en première ligne

Souvent ce sont les chiens de chasse qui se font mordre à la truffe. «Normal, car ils flairent les odeurs, le nez au ras du sol et parfois ils suivent l’odeur d’une vipère. Ils s’en sortent généralement, mais malheureusement pas toujours… En revanche, les chats semblent mieux résister: mordus, ils enflent à l’endroit de la morsure, mais en réchappe en général relativement bien. D’ailleurs beaucoup de chats sont de redoutables chasseurs de reptiles en tout genre, ce qui est une des raisons de la raréfaction de certains d’entre eux comme le lézard des murailles, quelques chats les ramènent parfois à la maison…»

Texte Jean Bonnardphotos Yves Brunelli

2 Réponses

  1. GERMANAUD

    Bonjour.
    J’essaye de contacter Monsieur BRUNELLI pour participer à une de ses balades herpétologique par chez lui.
    Merci à tous ceux qui pourront m’aider à rentrer en contact avec lui.
    J’ai déjà envoyé quelques mails mais pas de réponse.
    A très bientôt.
    C. G.

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