Le grand tétras est le plus gros des galliformes d’Europe. Farouche, le grand coq de bruyère est très sensible aux dérangements liés aux randonnées hors des chemins, aux chiens sans laisse et aux sorties en raquettes hors sentiers balisés. Des zones de tranquillité régionales lui assurent le calme nécessaire. Mais ce n’est pas suffisant. La forêt où il vit doit aussi être claire et ouverte, ce qui favorise une végétation dense de myrtilles, sa nourriture principale.

Les inventaires nationaux de 1968-71, 1985 et 2001 ont révélé que les populations sont en recul depuis des décennies et que leur zone de répartition ne cesse de rétrécir. En 2008, l’estimation des effectifs pour la Suisse retenait le chiffre de 450 à 500 couples. Les effectifs européens sont estimés entre 760000 et un million. Au plan européen, le grand tétras n’est pas considéré comme menacé, mais en Suisse il figure sur liste rouge.

Traces ADN

Le suivi de l’évolution des populations de grands tétras est difficile : comment mesurer l’efficacité des mesures de protection pour un oiseau qui se dérobe à l’observation ? Pour évaluer les populations, la Station ornithologique suisse a aujourd’hui recours à des méthodes génétiques modernes : «des prélèvements de fientes contiennent des traces d’ADN qui permettent d’identifier individuellement les grands tétras. Nous déterminons la taille de la population grâce au nombre de modèles d’ADN différents. Le résultat est encourageant : les effectifs à Schwytz et à Saint-Gall ne sont plus en baisse, et ceux de Vaud et du Jura français voisin ont même légèrement augmenté» constate la Station ornithologique de Sempach.

La femelle, rousse barrée de noir et de blanc, caroncules peu visibles et bec gris.

Dimorphisme sexuel

Le mâle, imposant avec sa taille de 75 à 90 cm et une envergure de 125 cm, pèse près de 4 kg. Sombre avec un menton noir, il se reconnaît facilement à ses caroncules rouges très visibles, ses ailes marron et son croupion noir et blanc. La femelle, plus petite (54 à 63 cm pour un poids de 1,5 à 2 kg) est rousse barrée de noir et de blanc, ses caroncules rouges sont peu visibles.

Places de chant

L’espèce est polygame et les individus se retrouvent au printemps sur des places de chant. Les coqs, sexuellement matures dès l’âge de 2 à 4 ans, paradent, queue déployée, ailes pendantes et barbe hérissée. Les poules, fécondables dès l’âge d’une année, se promènent sur ces places de chant et choisissent le coq, généralement ce sera le coq dominant.

Entre mai et juillet, la poule pondra de quatre à huit œufs dans une petite cuvette aménagée et garnie d’herbes et de feuillages au pied d’un arbre ou à l’abri d’un rocher. La couvaison durera environ quatre semaines, les petits, nidifuges, resteront avec leur mère jusqu’à l’automne.

Les œufs. © photo de René de Naurois, Museum de Toulouse

Grand Tétras MHNT

Prédation

La prédation sur les pontes et les jeunes de grand tétras, en particulier par la martre et le renard, est le principal facteur limitant la reproduction. Bernard Reymond, ancien garde-faune vaudois, relevait dans Chasse et Nature de novembre que la rage qui avait décimé les populations de renards avait eu un effet positif  : «Les comptages de gibier ont démontré que les populations de lièvres avaient profité de la situation. On peut faire les mêmes remarques concernant les gallinacés de montagne. Les comptages de grand tétras ont donné des résultats presque inespérés au début des années 80.»

Source Station ornithologique de Sempach et ONCFS

Texte Jean Bonnard, photos Henry Ausloos

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