Elles feront merveille en période de disette, lors des grandes chaleurs, quand les poissons ont le «bec cloué», soit le ventre plein ou alors pris de lassitude et de torpeur. Quand le Stock­alper bout, tout le monde se cache et roupille, c’est la bredouille assurée… Mais quelques vieux braconniers m’ont donné de profitables leçons pour chercher, trouver et utiliser des amorces qui vivent à proximité du poisson que l’on convoite, c’est-à-dire dans l’eau. Rien ne vaut les larves, vers et autres bestioles aquatiques, qui s’abritent sous les pierres, entre les graviers ou dans la végétation, pour servir aux poissons, notamment les truites: un menu de roi, ou plutôt, de reine sans qu’elles aient à se fatiguer. C’est d’une évidence incontournable.

Je ne m’attacherai qu’à trois «petites bêtes», dont les talents d’appât ont conservé depuis la nuit des temps toute leur actua­lité… Pour autant qu’on en trouve. J’y ajoute un ver, qui m’est inconnu du point de vue scientifique, mais qui m’a permis la prise de deux truites dignes de figurer sur une table de fête.

La patraque

La patraque est la larve aquatique d’un insecte volant de l’ordre des plécotères. Elle est sans doute la proie favorite des truites de rivières. Il suffit de retourner les pierres qui baignent dans une trentaine de centimètres d’eau pour les débusquer. Dans une boîte à amorces assez plate, genre clic-clac, on dispose de la mousse bien humide et y loge les patraques au frais qui ne vivront que quelques heures; elles sont fragiles. Brunes, plus ou moins foncées, elles ont une taille de 2 centimètres variable. C’est une amorce très prenante. L’insecte adulte, une longue mouche est aussi une esche redoutable pour la pêche à la surprise, la ligne non plombée laissant la bête sur l’hameçon effleurer la surface. On fait aussi des mouches artificielles à son image.

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Le pêcheur est invisible mais la patraque est en vedette!

 

Le gammare

Le gammare est un petit crustacé qui peuple les eaux douces de bonne qualité. Sa longueur ne dépasse guère les deux centimètres et, comme il pullule dans les herbes et les mousses, il fait un appât de choix. Il suffit de cueillir les touffes d’herbes et de laisser «dégouliner» les gammares dans une boîte. On fait alors le tri en ne gardant que les plus gros. S’ils sont un peu petits, il faut garnir ­l’hameçon avec plusieurs de ces «petites crevettes». C’est très prenant même par grosse chaleur…

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Le gammare, petit crustacé d’eau douce semblable à une crevette.

 

Les phryganes

Encore des insectes volants mais de l’ordre des trichoptères dont aussi le stade larvaire se déroule sous l’eau. C’est sans doute la proie la plus familière car ses nombreuses espèces occupent toutes les sortes de cours d’eau. La femelle adulte pond à la surface de l’eau et la larve, un ver, sécrète un liquide qui agglutine et colle soit des petits cailloux, soit des brindilles de bois, voire de tout petits coquillages. Cela fait une sorte de tube dans lequel la bestiole vit. On les appelle des portefaix, des porte-bûches, etc. Amorce courante pour les batailleurs de flotte, elle peut se conserver sur un lit très humide au frigo deux ou trois jours. C’est probablement celle qui prend le mieux au cœur de l’été, les jours de grande chaleur.

Tout s’allume…

Un matin d’hiver, c’était la belle époque où la pêche au Rhône ouvrait le premier janvier, j’étais en retard, sans doute un «lendemain d’hier» un peu chargé. Il gelait à pierre fendre. Arrivé au pied de la Dranse à Martigny, je constate que mon père et mon frère, accompagnés d’un pêcheur genevois, se congèlent lentement sans rien prendre. Rien que pour les narguer, je leur dit:

– Vous ne savez pas pêcher… Je vais vous montrer, moi…

Sur une canne de lancer, je monte un hameçon directement sur le fil, un quatorze centièmes, y fixe une toute petite grenaille de plomb. N’ayant que des vers de terre dans ma boîte, dont le succès frisait la détresse sur les lignes de mes coreligionnaires, je me résous à soulever les pierres du bord pour chercher quelques appâts. Tout à coup, je déniche une sorte de ver de trois centimètres, mince et annelé, verdâtre fluo et l’accroche à l’hameçon.

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Ver à anneaux non identifié par l’auteur mais très efficace comme amorce.

 

Je lance ma ligne en plein courant de la rivière à l’endroit où elle se jette tumultueusement dans le Rhône au risque de perdre le matériel entre les gros boulets que le flot déplace. Dans les secondes qui suivent, le fil s’arrête. Bigre, déjà coincé! Mais quelques petites saccades déclenchent mon réflexe de ferrer, et c’est un bolide de truite qui saute et ressaute sur la flotte, me forçant à la course. Le poisson mis au sec, je nargue le collègue et la famille…

– Je vous avais dit que vous ne saviez pas pêcher…

Mes trois gaillards de grommeler et de tenter quelques insultes.

Je recommence et ça se répète exactement de la même façon. En quelques minutes, j’ai mis sur le sable deux truites de presque un kilo chacune. Mais le miracle s’est arrêté là. Deux ou trois autres tentatives furent infructueuses. De toute façon, il m’a fallu partir, car mon frère avait dans les yeux des envies de meurtre… ou tout au moins de me foutre à l’eau!

Texte et aquarelles Michel Bréganti

Une réponse

  1. Jean Bonnard

    Bravo Michel Breganti!

    a quand une exposition de tes aquarelles?

    belle journée

    Jean

    Répondre

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