Quand Nérée, dieu grec de la mer et des eaux, vint en basse plaine du Chablais, il laissa sur les bords de la Greffaz une de ses filles: la nymphe Amphitrite, une des cinquante Néréides. C’était la meilleure d’entre elles car elle épousa plus tard Poséidon et eut trois enfants dont Triton qui resta chez nous dans les gouilles, tourbières et vasières de la basse plaine du Rhône.

Fermeture

Mais pourquoi donc les eaux sont-elles plus belles en période de fermeture? Il est vrai que la canne à peine posée, les mains fourmillent et la cervelle bout; c’est l’absence. Et ce n’est pas le traditionnel apéro dominical après la partie de pêche qui nous manque, à Francis et à moi, mais bien cette passion viscérale de tremper la ligne et, des fois, juste pour voir si c’est habité.

Ce manque est si cruel à nos cœurs de dévoreurs de poiscaille que, tous les dimanches matin, nous allons quand même scruter la flotte pour tenter de les voir. Au moins ça… Avec l’apéro à la clef bien entendu.

Pourtant durant cette période «sèche», il faut retrousser ses manches, revoir le matériel, le compléter et peaufiner quelques nouvelles combines.

Les amorces qui ont fait leurs preuves, mais…

Chaque pêcheur a ses prédilections mais aussi ses petites manies, notamment en matière d’amorces. Si la diversité est grande, les difficultés de leur recherche ou de leur conservation le sont tout autant. De plus, l’offre commerciale, assez rare elle aussi, ne se résume souvent qu’à quelques espèces: teignes, vers et asticots… Or les meilleures amorces sont celles qui peuplent les eaux dans lesquelles on pêche, mais encore faut-il en trouver ou pouvoir les atteindre. Ainsi les vers d’eau (tubes contenant les larves de phryganes) qui pullulaient jadis sont devenus rares tout comme les gammares. Les perlides, larves de plécoptères sous les pierres immergées, ou les adultes, insectes volants, ont quasiment disparu. Il en va ainsi pour toute la gent aquatique consécutivement à la désastreuse qualité des eaux.

Des leurres de plus en plus ­efficaces

Procédant d’une autre approche des poissons, notamment des carnassiers, les leurres artificiels sont nombreux et leur offre est vaste. Maintenant, les engins tendent à remplacer les cuillers qui ont eu leurs heures de gloire et encore actuellement un grand succès. Certes coûteux, ils ont l’avantage d’être indestructibles sauf à la perte par accrochage, mais toujours à disposition dans l’étui. Leur diversité est telle que chaque pêcheur peut y trouver ses leurres de prédilection et qui peuvent travailler dans toutes les eaux.

Mais il y a un peu plus d’une dizaine d’années sont apparus des leurres souples étonnants. Créé par les Américains pour le black-bass au départ, ces «drôles de bêtes» se sont diversifiées et surtout ont évolué vers des imitations de nos amorces naturelles tout à fait réalistes.

02Des vifs artificiels plus vrais que les vrais.

 

Un vif artificiel très attractif

Je suis un fervent adepte du vairon ou même du vif d’ablette, voire du petit anchois acheté chez le poissonnier, avec beaucoup de plaisir et surtout de réussite. Mais les difficultés d’en avoir m’ont souvent fait y renoncer, me rabattant à regret invariablement sur la teigne. Cela dit, une amorce tout à fait acceptable. Or j’ai dégoté et expérimenté il y a peu des vifs artificiels en «plastique» souple ressemblant à s’y méprendre à des vrais et, de plus, chargés de produits attirants tant par l’odeur qu’au goût. La photo ci-dessus en montre un qui présente des caractéristiques me semble-t-il idéales.

C’est un petit poisson en matière très souple (élastomère silicone) de 8 centimètres, dos foncé et ventre clair (comme tout le fretin), argenté et moiré, avec un amincissement au milieu (genre articulation). La queue est légèrement tordue pour faire tourner la bestiole sur elle-même. Dans le thorax de ce vif quatre fentes et dans la queue trois trous, tous destinés à être garnis d’une pâte parfumée susceptible d’attirer les carnassiers aquatiques. Divers parfums et goûts sont disponibles, notamment crustacés, écrevisse, sardine, etc.

Ce leurre appât travaillé à l’aide d’une canne de 3 mètres 30, bien maniable, d’une ligne fine et souple, monté sur un hameçon simple ou sur une dandinette ou une monture Drachkovitch, est redoutable et fait sortir les mémères de leur trou. Personnellement, je préfère l’hameçon simple car on accroche moins et, comme l’attaque est très violente, la bête est généralement bien ­agrippée, car le leurre est engamé profondément.

03Une imitation de crustacé.

 

Autre fantaisie attractive…

Voici un leurre souple du même acabit: une imitation de crustacé ­basée plus sur les mouvements voire l’agitation que sur l’aspect (forme et couleur) mais dont la masse est ­imprégnée de substances attractives. Encore en test! Les résultats partiels sont encourageants. Il ne faut rien négliger en période de disette…

 

Photos et texte Michel Bréganti

 

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